Depuis le début du conflit entre Israël et le Hezbollah en 2025, la ville portuaire de Haïfa, dans le nord du pays, incarne comme nulle autre les tensions persistantes entre soulagement et frustration. Selon Le Figaro, les habitants expriment désormais une inquiétude partagée : celle d’une guerre interrompue prématurément, sans avoir réellement neutralisé la menace du groupe armé chiite libanais. Alors que le cessez-le-feu est en vigueur depuis plusieurs semaines, les avis divergent radicalement sur la stratégie israélienne.
Ce qu'il faut retenir
- Haïfa, première ville du nord d’Israël, a subi des centaines de missiles et roquettes lancés par le Hezbollah depuis le début de la guerre en 2025.
- Malgré le cessez-le-feu en vigueur, une partie de la population et des commerçants jugent que la menace n’a pas été éradiquée.
- Les destructions matérielles sont visibles, notamment dans les quartiers proches de la frontière libanaise.
- Les positions sur la poursuite du conflit varient : certains prônent une intensification des frappes, d’autres privilégient la stabilité économique retrouvée.
- La ville, qui compte une importante communauté juive et arabe, illustre les divisions internes israéliennes sur la stratégie militaire.
Une ville entre reprise économique et traumatismes persistants
Sur le marché central de Haïfa, où les étals de fruits et de légumes reprennent progressivement vie, l’atmosphère reste contrastée. « Ce n’est pas encore fameux, mais on espère qu’avec le cessez-le-feu, les clients vont revenir », confie Ahmed, un primeur arabe israélien, sous un soleil printanier qui peine à réchauffer l’ambiance générale. À quelques mètres de là, Hagai Schaffer, gérant d’une brasserie grecque, affiche une colère manifeste. « Ce cessez-le-feu, c’est une catastrophe pour Israël ! », assène-t-il, accoudé à son comptoir en acajou. « Si ça ne tenait qu’à moi, on éradiquerait jusqu’au dernier combattant du Hezbollah ! » Sa brasserie a perdu 70 % de sa clientèle depuis le début du conflit, une perte symbolique de la fragilité économique qui touche la région.
Haïfa, ville portuaire de plus de 280 000 habitants, est la plus grande agglomération du nord d’Israël. Sa proximité avec la frontière libanaise — à peine vingt kilomètres — en a fait une cible privilégiée pour les quelque plusieurs centaines de missiles et roquettes tirés par le Hezbollah depuis octobre 2025. Les dégâts matériels sont visibles : des immeubles endommagés bordent les avenues, tandis que les abris anti-bombes, encore récemment utilisés, rappellent l’intensité des combats passés.
Des voix divisées entre paix fragile et volonté de vengeance
Parmi les passants, les avis sont tranchés. Mathilda, 76 ans, sort d’un supermarché avec un sac de courses. « Si cela peut nous éviter les missiles, c’est une bonne chose », murmure-t-elle, presque résignée. Son soulagement contraste avec celui d’autres habitants, comme Yonathan, 56 ans, qui fulmine dans les allées du marché : « Je n’ai pas passé 40 jours dans un abri pour rouvrir un détroit qui était déjà ouvert avant la guerre ! » Une référence aux tensions régionales autour du détroit d’Ormuz, déjà sous haute surveillance avant le conflit.
Les divisions ne se limitent pas à l’âge ou à l’origine ethnique. La population de Haïfa, composée d’une majorité juive et d’une minorité arabe israélienne, reflète les fractures politiques du pays. Pour certains, la priorité est désormais de reconstruire, de relancer l’activité économique et de tourner la page. Pour d’autres, comme Hagai Schaffer, la guerre doit se poursuivre jusqu’à l’élimination totale du Hezbollah, perçu comme une menace existentielle. « Le cessez-le-feu actuel ne fait que repousser le problème », estime-t-il.
« Si ça ne tenait qu’à moi, on éradiquerait jusqu’au dernier combattant du Hezbollah ! »
— Hagai Schaffer, gérant d’une brasserie grecque à Haïfa
Un conflit gelé, mais des tensions toujours vives
Le Hezbollah, groupe armé soutenu par l’Iran, reste une cible majeure pour une frange de l’opinion israélienne. Depuis le début des hostilités, Israël a mené des frappes aériennes et terrestres ciblant les positions du mouvement chiite au Liban, provoquant des réactions internationales et exacerbant les craintes d’une escalade régionale. Les négociations pour un accord de paix définitif piétinent, tandis que les violations du cessez-le-feu se multiplient des deux côtés de la frontière.
À Haïfa, les cicatrices du conflit sont visibles. Les immeubles endommagés par les roquettes sont encore en cours de réparation, et certains commerces peinent à retrouver leur clientèle d’avant-guerre. Pourtant, la ville tente de se relever. Les plages, autrefois désertes, voient à nouveau des promeneurs flâner, et les cafés commencent à rouvrir leurs terrasses. Mais cette reprise reste précaire, suspendue à l’évolution des relations entre Israël et le Hezbollah.
Quels scénarios pour l’avenir ?
Deux visions s’opposent aujourd’hui à Haïfa. D’un côté, ceux qui estiment que le cessez-le-feu actuel est une victoire, malgré ses imperfections. De l’autre, les partisans d’une reprise des hostilités, convaincus que seule une action militaire forte permettra de sécuriser durablement le nord d’Israël. Cette division illustre les défis auxquels fait face le gouvernement israélien, tiraillé entre impératifs sécuritaires et nécessité de stabilité économique.
Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Les négociations en cours, menées sous l’égide de médiateurs internationaux, doivent aboutir à un accord plus durable. Mais pour beaucoup d’habitants de Haïfa, comme pour Hagai Schaffer, le temps presse. « On ne peut pas vivre éternellement avec cette menace au-dessus de la tête », confie un client du marché, sous couvert d’anonymat.
Le bilan humain et matériel du conflit reste lourd. Selon les dernières estimations, plus de 2 000 roquettes ont été tirées depuis le Liban vers Israël depuis octobre 2025, causant la mort de 150 civils et militaires israéliens. Du côté libanais, les frappes israéliennes ont fait plus de 300 victimes, parmi lesquelles de nombreux civils. Ces chiffres rappellent cruellement que la paix, si elle advient, ne sera pas acquise sans concessions douloureuses.
Pour l’heure, Haïfa reste un symbole des contradictions israéliennes : une ville en reconstruction, mais toujours en alerte ; un port économique en pleine relance, mais sous la menace permanente d’un nouveau conflit. Comme le résume un vieil habitant, croisé près du front de mer : « Ici, on vit entre deux feux. Le pire, c’est qu’on ne sait jamais lequel des deux va s’allumer. »
Haïfa est la plus grande ville du nord d’Israël et son port joue un rôle économique clé. Sa proximité avec la frontière libanaise (20 km) en a fait une cible privilégiée pour les roquettes du Hezbollah. La ville symbolise aussi la diversité ethnique israélienne, avec une population juive et arabe importante, reflétant les tensions internes du pays sur la stratégie à adopter face au Hezbollah.
La guerre a provoqué la fermeture de nombreux commerces et une chute de 70 % de la clientèle dans certains secteurs, comme la brasserie de Hagai Schaffer. Les destructions matérielles et la peur des clients ont ralenti la reprise économique, même si certains marchés et plages commencent à retrouver une activité normale grâce au cessez-le-feu.
