Au-delà d’un seuil d’alarme de 29 °C, le cœur des daurades royales ne parvient plus à s’adapter à la hausse de leurs besoins en oxygène, comme le rapporte Le Monde. Selon une étude récente, ces poissons emblématiques des lagunes méditerranéennes entament alors des « migrations de refuge » pour échapper à la surchauffe des eaux, un phénomène qui illustre les conséquences directes du changement climatique sur la biodiversité marine.

Ce qu'il faut retenir

  • Les daurades royales voient leur fréquence cardiaque atteindre un plateau au-delà de 29 °C, limitant leur capacité à répondre à leurs besoins en oxygène.
  • Ces poissons migrent vers des eaux plus fraîches, un comportement qualifié de « migrations de refuge » par les scientifiques.
  • La surchauffe des lagunes méditerranéennes, liée au réchauffement climatique, menace directement les populations de daurades.
  • Ce phénomène s’ajoute aux pressions déjà existantes sur les écosystèmes lagunaires, comme la pollution ou la surpêche.

Des lagunes méditerranéennes en surchauffe

Les lagunes du pourtour méditerranéen, ces étendues d’eau saumâtre séparées de la mer par des cordons littoraux, subissent une hausse progressive de leur température moyenne. D’après Le Monde, cette élévation est directement corrélée au réchauffement climatique, qui accentue les vagues de chaleur estivales. Les daurades royales (*Sparus aurata*), poissons emblématiques de ces milieux, y sont particulièrement vulnérables. Leur métabolisme, déjà sollicité par les faibles concentrations en oxygène des eaux lagunaires, peine à s’adapter lorsque le thermomètre dépasse le seuil critique.

Les chercheurs soulignent que, au-delà de 29 °C, le cœur des daurades ne peut plus compenser l’augmentation de leurs besoins en oxygène. « Leur fréquence cardiaque atteint un plateau, avec un cœur qui n’est plus en mesure de répondre à la demande », explique un spécialiste cité par Le Monde. Ce dysfonctionnement physiologique les pousse à quitter les lagunes pour des zones plus fraîches, un mouvement que les scientifiques qualifient de « migrations de refuge ».

Un phénomène déjà observé, mais qui s’aggrave

Les « migrations de refuge » des daurades ne sont pas un phénomène nouveau, mais leur intensité et leur fréquence augmentent avec la hausse des températures. Les pêcheurs méditerranéens rapportent depuis plusieurs années des prises de plus en plus rares dans certaines lagunes, notamment en Camargue ou dans l’étang de Thau, où les températures dépassent régulièrement 28 °C en été. « On observe des poissons qui quittent les lagunes dès le mois de juin, alors qu’ils y restaient habituellement jusqu’en septembre », témoigne un professionnel du secteur interrogé par Le Monde.

Cette migration précoce perturbe les cycles de reproduction des daurades, qui dépendent des eaux chaudes et peu profondes des lagunes pour frayer. Les juvéniles, moins mobiles, sont particulièrement menacés. Leur survie dépend de leur capacité à trouver des zones refuges avant que les eaux ne deviennent asphyxiantes. Les scientifiques craignent que, à terme, certaines populations ne disparaissent localement, faute de pouvoir s’adapter assez vite au réchauffement.

Et maintenant ?

Les experts appellent à une meilleure gestion des lagunes méditerranéennes pour limiter les effets du réchauffement. Parmi les pistes évoquées figurent la restauration des herbiers marins, qui jouent un rôle de régulateur thermique, ou la création de zones protégées plus fraîches. Une étude pilotée par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) devrait rendre ses conclusions d’ici fin 2026 sur les mesures à mettre en place pour préserver ces écosystèmes. Reste à voir si les politiques de protection des milieux lagunaires parviendront à inverser la tendance avant que les migrations de survie ne deviennent la norme.

Des enjeux qui dépassent les daurades

Le cas des daurades royales illustre plus largement la vulnérabilité des écosystèmes méditerranéens face au changement climatique. Les lagunes, déjà soumises à la pression humaine (urbanisation, agriculture intensive, surpêche), voient leur équilibre écologique menacé par la hausse des températures. Les scientifiques s’inquiètent des répercussions en cascade : disparition d’espèces clés, prolifération d’algues toxiques, ou encore perturbation des chaînes alimentaires.

« Ces migrations de refuge ne sont qu’un symptôme d’un problème bien plus large », souligne un écologue de l’Université de Montpellier. « Si les lagunes méditerranéennes deviennent inhabitables pour les daurades, elles le deviendront aussi pour de nombreuses autres espèces, avec des conséquences économiques et sociales majeures pour les populations locales. » Un enjeu qui dépasse le simple cadre environnemental pour toucher à la sécurité alimentaire et à la culture méditerranéenne.

Les lagunes, peu profondes et partiellement isolées de la mer, accumulent la chaleur plus rapidement. Leur eau se renouvelle lentement, ce qui limite la dissipation de la chaleur. En été, ces étendues peuvent atteindre des températures bien supérieures à celles de la Méditerranée environnante, parfois jusqu’à 5 °C de plus.