Comme le rapporte Le Monde, la Suède met en avant une nouvelle norme masculine : celle du père engagé, disponible, souvent aperçu attablé en terrasse avec un matcha latte, son enfant endormi dans la poussette à proximité. Ce phénomène, baptisé « Latte Dads » par les médias scandinaves, symbolise-t-il une véritable transformation des rôles parentaux ou n’est-il qu’une réinvention médiatique de la figure du père moderne ?
Ce qu'il faut retenir
- Les « Latte Dads » incarnent une tendance suédoise valorisant la présence et l’attention des pères auprès de leurs enfants
- Ce modèle repose sur des stéréotypes visuels, comme la consommation de boissons tendance en public avec une poussette
- Les données statistiques manquent pour confirmer l’impact réel de ce phénomène sur les pratiques parentales
Depuis quelques années, les réseaux sociaux nordiques, notamment en Suède, regorgent de clichés d’hommes attablés dans des cafés, un verre de matcha latte à la main, leur enfant confortablement installé dans une poussette à côté d’eux. Ce tableau, popularisé sous le terme de « Latte Dads », s’inscrit dans une volonté affichée de promouvoir une masculinité plus douce et plus impliquée dans la parentalité. Le phénomène, bien que médiatisé, reste cependant difficile à quantifier.
Selon plusieurs observateurs cités par Le Monde, cette tendance refléterait une évolution des attentes sociales envers les pères. « Le père idéal n’est plus seulement celui qui rapporte un salaire à la maison, mais aussi celui qui participe activement aux soins et à l’éducation des enfants », a expliqué un sociologue suédois interrogé par le quotidien. Pourtant, malgré cette image idéalisée, les statistiques officielles peinent à corroborer l’ampleur réelle de ce changement.
Les enquêtes disponibles, comme celles menées par l’Institut suédois pour la famille, indiquent que les pères suédois passent en moyenne 1,5 fois plus de temps avec leurs enfants qu’il y a vingt ans. Cependant, cette augmentation reste modeste et ne permet pas d’affirmer qu’une majorité d’entre eux adoptent le modèle du « Latte Dad ». Autant dire que la réalité est plus nuancée que ce que suggèrent les images virales.
« Ce phénomène est avant tout une construction médiatique. Il y a une forme d’exagération dans la représentation de ces pères parfaitement zen, consommant des boissons bio en terrasse. La vie familiale, surtout avec de jeunes enfants, est souvent bien moins glamour. »
— Un chercheur en sociologie de l’université de Stockholm, cité par Le Monde
Les « Latte Dads » s’inscrivent également dans un contexte plus large de promotion du bien-être et de la parentalité positive en Scandinavie. Les politiques publiques suédoises, depuis des décennies, encouragent une répartition plus équitable des congés parentaux entre les sexes. Depuis 2016, le congé parental est ainsi partagé en trois parties : 90 jours réservés à la mère, 90 jours réservés au père, et 90 jours librement répartis. Une mesure qui vise à encourager les pères à s’investir davantage dès la naissance de l’enfant.
Pourtant, malgré ces avancées législatives, les inégalités persistent. Les dernières données de l’Agence suédoise des affaires sociales révèlent que seulement 30 % des pères prennent la totalité de leur congé parental, contre 75 % des mères. Des chiffres qui montrent que l’écart entre l’image projetée et la réalité reste significatif.
Si le modèle du père attentif et disponible gagne en visibilité, son ancrage dans la société suédoise reste à confirmer. Les prochaines enquêtes sur les congés parentaux et les enquêtes de temps d’usage (comme celles menées par Statistiska centralbyrån) seront déterminantes. En attendant, le « Latte Dad » reste avant tout une image, aussi séduisante soit-elle, dont la portée réelle reste à démontrer.
Bien que le terme et l’image aient émergé en Suède, des tendances similaires sont observées dans d’autres pays nordiques comme la Norvège ou le Danemark, où la promotion d’une masculinité plus impliquée dans la parentalité est également mise en avant. Cependant, la Suède reste le pays où ce phénomène est le plus médiatisé et associé à une identité culturelle forte.