En Tunisie, des passionnés se mobilisent pour préserver des races de chiens et chevaux héritées des tribus berbères. Selon France 24, ces initiatives visent à protéger des espèces locales uniques, comme le sloughi, un lévrier emblématique du Maghreb, dont les origines remontent à plusieurs siècles.

Ce qu'il faut retenir

  • Des groupes de passionnés en Tunisie protègent des races de chiens et chevaux d'origine berbère, dont le sloughi.
  • Ces races, transmises depuis des générations, risquent de disparaître en raison du croisement avec des animaux importés.
  • Plusieurs associations locales et éleveurs s'engagent dans des programmes de conservation.
  • Le sloughi, lévrier nord-africain, est reconnu pour sa vitesse et son agilité, des qualités recherchées depuis l'Antiquité.
  • Ces efforts s'inscrivent dans une démarche plus large de préservation du patrimoine animalier tunisien.

Un patrimoine animalier en danger

La Tunisie abrite plusieurs races de chiens et chevaux dont les origines remontent à l'époque des tribus berbères. Parmi elles, le sloughi, un lévrier au pelage beige ou fauve, est particulièrement menacé. Selon les éleveurs locaux, cette race, autrefois utilisée pour la chasse et la garde des troupeaux, voit sa population décliner en raison du croisement avec des chiens importés. « Le sloughi est un symbole de notre patrimoine culturel et historique », a déclaré Ahmed Ben Salah, président de l'Association tunisienne pour la protection du sloughi, à France 24. « Sans une action urgente, cette race pourrait disparaître d'ici une génération. »

Les chevaux, eux aussi, font l'objet d'une attention particulière. La Tunisie compte plusieurs races équines locales, comme le Barbe tunisien, réputé pour sa robustesse et son adaptabilité aux climats arides. Pourtant, ces animaux, autrefois indispensables aux tribus berbères, sont aujourd'hui menacés par l'abandon des pratiques traditionnelles et la concurrence des races modernes. « Ces chevaux sont le fruit d'un savoir-faire ancestral », a expliqué Nadia Khemiri, éleveuse et membre de l'Association de préservation des races équines tunisiennes. « Leur disparition signifierait la perte d'une partie de notre identité. »

Des initiatives locales pour sauvegarder les races

Face à cette situation, plusieurs associations et éleveurs se sont mobilisés pour préserver ces races. À Tunis, Sfax et Kasserine, des programmes de croisement sélectif et de sensibilisation sont mis en place. « Nous travaillons avec des éleveurs pour identifier les animaux porteurs des traits caractéristiques des races locales », a précisé Ben Salah. « L'objectif est de créer des registres généalogiques pour éviter les croisements non contrôlés. »

Les autorités tunisiennes commencent également à s'impliquer dans ces efforts. Le ministère de l'Agriculture a lancé un projet pilote pour financer des élevages de sloughis et de chevaux Barbe. « Nous soutenons ces initiatives car elles contribuent à la préservation de la biodiversité animale en Tunisie », a indiqué Mohamed Ali Hamdi, directeur général de l'élevage au ministère. « C'est aussi une façon de valoriser notre patrimoine culturel. »

Un défi à la fois culturel et scientifique

La préservation de ces races ne se limite pas à un enjeu animalier. Elle touche également à l'histoire et à la culture des tribus berbères. Le sloughi, par exemple, était autrefois utilisé pour chasser le lièvre et le renard dans le désert. Son déclin reflète ainsi la disparition progressive des modes de vie traditionnels. « Ces animaux sont liés à notre mémoire collective », a souligné Khemiri. « Les perdre, c'est effacer une partie de notre histoire. »

Sur le plan scientifique, les défis sont nombreux. Les programmes de conservation nécessitent des analyses génétiques pour identifier les animaux purs et éviter les croisements non désirés. « Nous collaborons avec des laboratoires universitaires pour étudier l'ADN des sloughis et chevaux », a expliqué Ben Salah. « Cela nous permet de confirmer leur origine berbère et de les distinguer des autres races. »

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour ces programmes de conservation. Une réunion est prévue en mai 2026 entre les associations, les éleveurs et le ministère de l'Agriculture pour évaluer les progrès réalisés et ajuster les stratégies. « Si les résultats sont positifs, nous pourrons étendre ces initiatives à d'autres régions du pays », a indiqué Hamdi. Cependant, le succès de ces efforts dépendra de la mobilisation continue des acteurs locaux et du soutien des autorités. Bref, la course contre la montre est lancée.

Pour l'instant, les passionnés restent mobilisés. « Chaque animal que nous sauvons est une victoire pour notre patrimoine », a conclu Khemiri. « Mais le travail ne fait que commencer. »

Les principales menaces sont les croisements non contrôlés avec des races importées, l'abandon des pratiques traditionnelles et le manque de programmes de conservation structurés. Selon les éleveurs, ces facteurs accélèrent le déclin des races locales.