Deux cent soixante-deux écrivains turcs, dont les romancières Aslı Erdoğan et Buket Uzuner, ont publié une déclaration commune pour dénoncer la destitution par la justice du dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, élu à la tête de la principale formation d’opposition. Selon Le Monde, cette initiative collective reflète les tensions croissantes entre le pouvoir exécutif et les institutions judiciaires, accusées d’être soumises à des pressions politiques.

Ce qu'il faut retenir

  • 262 auteurs, dont Aslı Erdoğan et Buket Uzuner, ont signé une déclaration contre la destitution d’Özgür Özel.
  • La justice turque a révoqué le dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), principale opposition au gouvernement.
  • Cette décision est perçue comme une preuve de l’ingérence du pouvoir politique dans le système judiciaire.
  • Les signataires dénoncent un « système judiciaire aux ordres du pouvoir », selon leur déclaration.
  • Le CHP, fondé en 1923, reste le principal parti d’opposition face à l’AKP au pouvoir depuis 2002.

Une déclaration collective pour défendre l’indépendance de la justice

Dans leur texte, rendu public le 31 mai 2026, les 262 signataires rappellent que la destitution d’Özgür Özel, intervenue le 28 mai 2026, s’inscrit dans un contexte de « dérive autoritaire ». « La justice ne peut être un instrument de répression contre l’opposition politique », a déclaré Aslı Erdoğan, ancienne prisonnière politique et figure de la défense des droits humains. D’après Le Monde, cette affaire illustre les craintes d’une justice instrumentalisée, un sujet récurrent depuis des années en Turquie.

Les écrivains soulignent que cette décision judiciaire intervient après des années de réformes controversées du système judiciaire turc, notamment depuis la tentative de coup d’État de 2016. « Ces pratiques menacent non seulement la démocratie, mais aussi la liberté d’expression, pilier de notre société », a ajouté Buket Uzuner, auteure reconnue de romans historiques et engagés.

Le CHP, cible récurrente des tensions politiques

Le Parti républicain du peuple (CHP), dirigé historiquement par Kemal Kılıçdaroğlu jusqu’en 2023, puis par Özgür Özel, incarne la principale force d’opposition face au Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan. Selon Le Monde, la destitution d’Özel, prononcée par un tribunal d’Ankara, intervient dans un contexte de montée des tensions avant les prochaines élections législatives et présidentielles prévues pour 2028.

Les observateurs politiques notent que cette affaire s’ajoute à une série de mesures judiciaires ciblant des figures de l’opposition. En 2020, Osman Kavala, philanthrope et défenseur des droits humains, avait été condamné à la prison à perpétuité pour son rôle supposé dans les manifestations de 2013. « Chaque attaque contre l’opposition affaiblit un peu plus les garde-fous démocratiques », a rappelé Le Monde dans un éditorial.

« Nous ne pouvons accepter que la justice serve à museler la voix du peuple. Cette décision est un coup porté à l’État de droit. »
— Déclaration des 262 écrivains, publiée le 31 mai 2026

Et maintenant ?

La publication de cette déclaration pourrait relancer le débat sur l’indépendance de la justice en Turquie, alors que les organisations internationales, comme Reporters sans frontières ou Amnesty International, ont déjà alerté à plusieurs reprises sur la dérive autoritaire du régime. Une mobilisation supplémentaire des intellectuels et des partis d’opposition est attendue dans les prochaines semaines, avant les prochaines échéances électorales. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pourrait également être saisie, comme elle l’a déjà été dans des affaires similaires. Reste à voir si cette pression collective aura un impact sur les décisions judiciaires à venir.

Cette affaire survient alors que la Turquie prépare la commémoration du centenaire de sa fondation en 2023, un anniversaire qui coïncide avec des débats sur l’héritage kémaliste et les valeurs démocratiques du pays. Pour les signataires de la déclaration, cette destitution est un symbole de plus d’un système politique où l’équilibre des pouvoirs est mis à mal.