Les Enhanced Games, compétition sportive inédite où le dopage est autorisé, s’ouvrent ce dimanche 24 mai à Las Vegas (Nevada) sous le slogan : « Ces Jeux améliorés marquent un tournant pour passer de la sanction à la protection, du secret à la transparence, et de la peur imposée à la liberté d’information », comme le rapporte Franceinfo – Sport. Avec un prize money de 21 millions d’euros et 42 athlètes engagés — sprinteurs, nageurs et haltérophiles — la compétition promet de bousculer les codes traditionnels du sport. Pourtant, derrière l’image de modernité et de transparence, les détails du protocole médical suivi par les participants restent largement méconnus du grand public.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Enhanced Games, lancés le 24 mai 2026 à Las Vegas, autorisent le dopage sous couvert d’un protocole médical encadré par deux commissions « indépendantes ».
  • 42 athlètes, dont le Français Mouhamadou Fall, ont suivi un protocole d’amélioration de la performance aux Émirats arabes unis de janvier à mai 2026.
  • Le protocole inclut des stéroïdes anabolisants, hormones de croissance, EPO et modulateurs hormonaux — substances interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA).
  • Les commissions médicales et scientifiques sont dirigées par des experts comme le cardiologue Guido Pieles et le « spécialiste de la performance » Dan Turner, dont les liens avec les organisateurs ont suscité des interrogations.
  • L’étude clinique, validée par un comité d’éthique des Émirats arabes unis, n’est pas enregistrée auprès des standards internationaux, ce qui limite la transparence et le contrôle extérieur.

Un protocole médical opaque malgré les promesses de transparence

Présentés comme une révolution dans le monde sportif, les Enhanced Games promettent une « utilisation sûre, responsable et sous surveillance clinique » des substances utilisées. Deux commissions, l’une médicale et l’autre scientifique, composées d’une dizaine de médecins et chercheurs chacune, sont chargées de superviser le protocole. Parmi elles figure le professeur Guido Pieles, cardiologue ayant travaillé pour la Fifa et Manchester United, et le Britannique Dan Turner, spécialiste de la performance ayant collaboré avec l’équipe olympique britannique et des athlètes de haut niveau.

Pourtant, malgré ces garanties affichées, peu d’informations précises ont été communiquées sur le contenu exact du protocole. Les organisateurs évoquent des « évaluations cardiologiques, des tests respiratoires, une imagerie des organes, des analyses de biomarqueurs » et un suivi par le Sheik Shakmout Medical Center (SSMC) d’Abu Dhabi, présenté comme « l’un des premiers centres de médecine de longévité au monde ». Cependant, les substances autorisées — stéroïdes anabolisants, hormones de croissance, EPO, stimulants ou modulateurs hormonaux — restent confidentielles, tout comme leurs dosages. Seule une liste partielle a été dévoilée en mai 2026 sur le site ClinicalTrials.org, sans précision sur les quantités administrées.

Des commissions « indépendantes » et des experts aux profils controversés

Les commissions médicales et scientifiques des Enhanced Games sont censées garantir la sécurité des athlètes. Pourtant, certains experts interrogés par Franceinfo – Sport soulignent les ambiguïtés entourant leur indépendance. Le professeur Guido Pieles, par exemple, n’a pas affiché publiquement son engagement avec les Enhanced Games sur son profil LinkedIn jusqu’à début 2026. Son nom a depuis disparu des références de la clinique Aspetar au Qatar, où il travaillait auparavant — une clinique réputée pour la rééducation des sportifs de haut niveau. « Son profil est sérieux », reconnaît un scientifique engagé dans la lutte antidopage, mais son implication dans un projet aussi controversé interroge.

Du côté de Dan Turner, ses réseaux sociaux regorgent d’affirmations sur ses collaborations avec « 310 athlètes et olympiens », des « neurochirurgiens de New York » ou des « acteurs hollywoodiens ». Dans une vidéo promotionnelle, il assure que « la valeur première, c’est la sécurité avant la performance » et promet un suivi médical « jusqu’au niveau cellulaire ». Pourtant, les athlètes engagés, dont certains n’ont pas officiellement pris leur retraite, restent soumis à des risques sanitaires majeurs — un point que les organisateurs semblent minimiser en les présentant comme des « athlètes à la retraite ».

Une étude clinique aux contours flous et sans cadre international

Les Enhanced Games se présentent comme une « étude clinique » visant à « évaluer la sécurité et la tolérance de certains composés médicaux approuvés » sur des athlètes adultes. Selon le communiqué transmis par les organisateurs, l’objectif principal est d’analyser les « changements physiologiques et liés à la performance » après un traitement pouvant durer jusqu’à 25 semaines. Pourtant, cette qualification d’« étude clinique » est contestée par plusieurs experts. « Nous ne sommes pas du tout dans ce registre-là. On est dans l’augmentation de performance, chez des sujets sains », souligne Hervé Martini, médecin du sport et addictologue spécialisé dans la prévention du dopage.

Le protocole soulève également des questions éthiques et méthodologiques. Les Émirats arabes unis, pays hôte du protocole médical, ne sont pas signataires des standards du comité international des éditeurs de revues médicales (ICMJE). Résultat : l’étude n’est pas enregistrée publiquement avant son lancement, et aucune autorité occidentale — y compris l’Agence européenne du médicament — n’a accès aux données en temps réel. L’AMA confirme à Franceinfo – Sport n’avoir « aucun rôle » dans ce protocole et ne disposer que des informations publiques.

« C’est pour minimiser un peu la situation, en les présentant comme des personnes qui ont fini leur carrière, qui ne vont pas aller chercher des médailles. C’est un argument pour dire qu’ils ne reviendront pas dans le système. »
Hervé Martini, médecin du sport et addictologue, sur le statut des athlètes engagés

Des substances interdites et un suivi post-compétition jugé insuffisant

Parmi les substances utilisées figurent des produits strictement prohibés par l’AMA, comme les stéroïdes anabolisants, l’EPO ou les hormones de croissance. Certaines, comme le clomiphène ou l’hCG, sont même typiquement employées en « thérapie post-cycle » (PCT), une pratique courante dans le dopage pour relancer la production naturelle de testostérone après un cycle de stéroïdes. Leur mention explicite dans le protocole confirme que les organisateurs anticipent des effets secondaires majeurs chez les participants — un point en contradiction avec leur discours sur la sécurité des substances.

Autre point de friction : le suivi post-compétition, limité à cinq ans. Pour les experts, cette durée est largement insuffisante. « Les effets délétères du dopage se constatent généralement plus de dix ans après, chez des sujets jeunes et sains », rappelle Hervé Martini. Entre-temps, certains athlètes pourraient revenir à la compétition dans le circuit traditionnel, où les contrôles antidopage sont stricts. L’AMA rappelle qu’elle n’est pas l’autorité décisionnelle : « Elle encourage les gouvernements et services chargés de l’application de la loi à examiner si les athlètes ou médecins enfreignent la législation pénale ou les règles déontologiques. » Les fédérations nationales et internationales restent libres de sanctionner les participants en cas de retour à la compétition officielle.

Et maintenant ?

Les Enhanced Games devraient se poursuivre jusqu’à leur clôture prévue ce week-end à Las Vegas. D’ici là, les organisateurs pourraient être amenés à préciser certains aspects du protocole, notamment sur les substances utilisées et les résultats des examens médicaux. Les athlètes participants, quant à eux, devront gérer les potentielles conséquences sanitaires à long terme, dans un cadre où les garanties extérieures restent limitées. Pour les fédérations sportives traditionnelles, la question se posera : faut-il sanctionner les athlètes ayant pris part à cette compétition, ou privilégier une approche préventive via un suivi médical renforcé ? La réponse pourrait dépendre des retours d’expérience dans les mois à venir.

Réactions et prises de position

Interrogée sur l’avenir des athlètes ayant participé aux Enhanced Games, l’AMA insiste sur son rôle de conseil : elle « encourage les gouvernements à examiner les éventuelles infractions légales » et laisse les fédérations internationales décider des sanctions. « Les organisations nationales antidopage pourront cibler les contrôles sur ces athlètes s’ils envisagent de reprendre la compétition officielle », précise-t-elle.

Du côté des experts, la critique est sévère. Pour Martine Duclos, endocrinologue spécialisée dans le sport et auteure d’une étude de référence sur les effets des substances dopantes (2012), « jamais un comité d’éthique occidental ne permettrait d’utiliser les hormones de croissance ou des cocktails de substances dopantes ». Elle souligne l’absence de méthodologie standardisée : « On ne fait pas ce que l’on veut. Tout est travaillé pendant 10, 15, 20 ans, avec une rigueur scientifique. Ici, on n’a pas vu ces éléments. »

Les organisateurs des Enhanced Games ont sélectionné les Émirats arabes unis car ce pays n’est pas signataire des standards du comité international des éditeurs de revues médicales (ICMJE). Cela permet à l’étude de ne pas être enregistrée publiquement avant son lancement, limitant ainsi la transparence et le contrôle extérieur. Aucune autorité occidentale, comme l’Agence européenne du médicament, n’a donc accès aux données en temps réel.

Parmi les substances utilisées figurent des produits strictement prohibés par l’AMA, comme les stéroïdes anabolisants, l’EPO, les hormones de croissance, des stimulants et des modulateurs hormonaux. Certaines, comme le clomiphène ou l’hCG, sont même typiquement employées en « thérapie post-cycle » (PCT) pour relancer la production naturelle de testostérone après un cycle de stéroïdes.