L’avocat d’Amir Boukhors, influenceur algérien enlevé fin 2024 en France, s’est inquiété mardi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) d’un possible « troc » impliquant un agent consulaire algérien incarcéré dans cette affaire. Selon Me Éric Plouvier, défenseur d’Amir Boukhors – également surnommé Amir DZ –, la libération de cet agent pourrait être envisagée comme monnaie d’échange pour obtenir celle de Christophe Gleizes, journaliste français détenu en Algérie. Le Figaro rapporte cette déclaration, qui intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Paris et Alger.
Ce qu'il faut retenir
- Un agent consulaire algérien, mis en examen en avril 2025 pour son implication présumée dans l’enlèvement d’Amir Boukhors, fait l’objet d’une demande de libération de la part de sa défense.
- Me Éric Plouvier craint que sa libération ne serve de levier pour négocier celle de Christophe Gleizes, journaliste condamné à sept ans de prison en Algérie.
- L’affaire de l’enlèvement d’Amir Boukhors, survenu en mai 2024 en France, a déjà alimenté des tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie.
- Le juge des libertés et de la détention a rejeté la demande de mise en liberté sous contrôle judiciaire, mais l’intéressé a fait appel.
- Christophe Gleizes, arrêté en Kabylie en mai 2024 et condamné en juin 2025, bénéficie désormais d’une voie judiciaire ouverte pour une éventuelle grâce présidentielle.
Un enlèvement aux conséquences diplomatiques
L’enlèvement d’Amir Boukhors en mai 2024 à Paris avait marqué un tournant dans les relations franco-algériennes. Selon les éléments judiciaires, l’influenceur, connu pour ses prises de position politiques, aurait été drogué et séquestré avant d’être libéré après quelques jours. Dès avril 2025, un agent consulaire algérien était mis en examen pour son rôle présumé dans cette affaire, aux côtés d’autres personnes. Le Figaro souligne que cette mise en cause a immédiatement exacerbé les tensions entre les deux pays, alors que les relations diplomatiques entre Paris et Alger connaissaient déjà des difficultés.
Me Éric Plouvier, avocat d’Amir Boukhors, a dénoncé mardi auprès de l’AFP une manœuvre visant à « échanger » Christophe Gleizes contre l’agent consulaire algérien. «
L’agente du contre-espionnage algérien impliqué dans un crime commis sur le territoire français contre Amir DZ a certes le droit d’être libéré avant jugement, mais le risque de fuite est majeur, tout comme les risques de pression», a-t-il déclaré. Pour l’avocat, cette hypothèse de « marchandage » créerait un précédent dangereux, ouvrant la voie à des « trocs intercontinentaux » échappant à tout contrôle judiciaire.
Un agent consulaire au cœur d’une bataille judiciaire
La défense de l’agent consulaire algérien a sollicité sa remise en liberté dès le 10 juin dernier, selon une source judiciaire citée par Le Figaro. « Au regard des pièces justificatives fournies, le parquet national antiterroriste a requis la mise en liberté et le placement sous contrôle judiciaire de l’intéressé », a indiqué cette source. Cependant, Me Plouvier conteste cette demande, la jugeant « soudaine et sans motivation sérieuse ». Une semaine plus tard, le juge des libertés et de la détention, saisi par le juge d’instruction, a finalement rejeté la requête. L’intéressé a depuis interjeté appel, prolongeant ainsi la procédure.
Pour l’avocat de l’influenceur, la situation est d’autant plus préoccupante que la libération de l’agent consulaire algérien pourrait servir de levier dans les négociations autour de Christophe Gleizes. Ce dernier, arrêté en mai 2024 en Kabylie alors qu’il réalisait un reportage sur une équipe de football locale, a été condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Son cas est depuis devenu un symbole des frictions persistantes entre la France et l’Algérie, malgré un début de dégel diplomatique amorcé en février 2026.
Christophe Gleizes, otage d’une affaire aux enjeux politiques
Le sort de Christophe Gleizes, journaliste sportif français, s’inscrit dans une dynamique plus large de tensions entre Paris et Alger. Début juin 2026, ses avocats ont annoncé que la voie judiciaire était désormais dégagée pour que le président algérien Abdelmadjid Tebboune lui accorde une grâce présidentielle. Cette perspective, bien que positive pour la famille du journaliste, reste suspendue à des décisions politiques complexes. Le Figaro rappelle que les relations entre les deux pays oscillent entre coopération et crispations, notamment sur les questions de sécurité et de droits de l’homme.
Me Plouvier, avocat d’Amir Boukhors, a tenu à préciser que son client n’est pas indifférent au sort de Christophe Gleizes. « Le sort de Christophe Gleizes ne laisse pas Amir DZ indifférent, bien au contraire », a-t-il souligné. Cependant, il met en garde contre toute tentative de négociation extrajudiciaire, qui, selon lui, légitimerait des pratiques de « barbouzeries » et affaiblirait l’indépendance de la justice. «
Cela donnerait un blanc-seing aux barbouzes de tous les États voyous», a-t-il affirmé. De son côté, Me Emmanuel Daoud, avocat de Christophe Gleizes, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet auprès de l’AFP.
Cette affaire illustre les défis posés par les enlèvements transnationaux et les détentions politiques, qui dépassent souvent le cadre judiciaire pour s’inscrire dans des stratégies de pression géopolitique. Pour l’heure, ni Paris ni Alger n’ont officiellement commenté les craintes d’un éventuel « troc », mais les observateurs s’attendent à ce que le sujet soit au cœur des échanges lors des prochaines rencontres diplomatiques.
L’agent consulaire algérien, mis en examen en avril 2025, est soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement d’Amir Boukhors, survenu fin 2024 en France. Selon les éléments de l’enquête, il aurait joué un rôle dans l’organisation ou la coordination de cet enlèvement, aux côtés d’autres personnes.
Christophe Gleizes, journaliste français, a été condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». Son arrestation en mai 2024 en Kabylie, alors qu’il réalisait un reportage, avait été suivie d’accusations liées à ses prises de position perçues comme favorables à des groupes armés.