Trois volontaires de la Croix-Rouge en République démocratique du Congo sont morts après avoir contracté une forme suspecte d’Ebola dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie actuelle dans le pays, a annoncé l’organisation samedi 23 mai 2026, selon Euronews FR.

Dans un communiqué, la Croix-Rouge a précisé que les victimes — Alikana Udumusi Augustin, Sezabo Katanabo et Ajiko Chandiru Viviane — auraient été infectées lors de la prise en charge de dépouilles, dans le cadre d’une mission humanitaire menée sans que la communauté locale n’ait conscience de l’épidémie en cours. « Au moment de l’intervention, la communauté n’était pas au courant de l’épidémie de maladie à virus Ebola, et celle-ci n’avait pas encore été identifiée », a indiqué l’organisation.

Ce qu’il faut retenir

  • Trois volontaires de la Croix-Rouge en RDC décédés après avoir contracté une forme suspecte d’Ebola dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie.
  • Les victimes — Alikana Udumusi Augustin, Sezabo Katanabo et Ajiko Chandiru Viviane — seraient mortes après avoir manipulé des dépouilles sans connaître l’existence de l’épidémie.
  • L’épidémie est provoquée par la souche Bundibugyo, rare et particulièrement virulente, selon les autorités sanitaires.
  • En RDC, 82 cas confirmés et 204 décès suspects sont recensés, mais l’OMS estime que le nombre réel de cas pourrait atteindre 750 cas suspects et 177 décès suspects.
  • L’épidémie s’étend désormais à l’Ouganda voisin, avec cinq cas confirmés dont trois signalés samedi.
  • Le niveau de risque sanitaire en RDC a été relevé de « élevé » à « très élevé » par l’OMS, tandis que le risque mondial reste qualifié de « faible » par l’agence onusienne.

Des volontaires décédés en intervenant sans connaissance de l’épidémie

Les trois volontaires de la Croix-Rouge ont succombé à une infection suspecte d’Ebola après avoir participé à des opérations de prise en charge de dépouilles dans la province de l’Ituri, région du nord-est de la RDC où l’épidémie s’est déclarée. Selon le communiqué de l’organisation, leurs missions n’étaient initialement pas liées à la lutte contre l’épidémie, car celle-ci n’avait pas encore été identifiée par les autorités sanitaires locales.

« La communauté n’était pas au courant de l’épidémie de maladie à virus Ebola, et celle-ci n’avait pas encore été identifiée », a confirmé la Croix-Rouge, soulignant que les victimes avaient agi « avec courage et humanité » dans le cadre de leurs missions humanitaires. Leurs décès comptent parmi les premières victimes officiellement recensées dans cette flambée épidémique.

Une souche rare et virulente en cause

L’épidémie actuelle en RDC est provoquée par la souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007 avant d’être détectée en RDC. Cette souche, bien que moins fréquente que d’autres variants d’Ebola, présente un taux de mortalité élevé et des symptômes comparables aux autres formes du virus : fièvre intense, fatigue extrême, diarrhées et vomissements. Identifiée en 1976, Ebola reste l’une des maladies les plus redoutées sur le continent africain en raison de sa rapidité de propagation et de son taux de létalité.

Le virus se transmet principalement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou d’un cadavre, ce qui explique le risque accru pour les équipes médicales et les bénévoles en première ligne, comme les trois volontaires de la Croix-Rouge.

Une situation épidémiologique qui s’aggrave

Selon les dernières données communiquées vendredi par le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, 82 cas confirmés et sept décès sont officiellement recensés en RDC. Cependant, l’OMS estime que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être bien plus importante, avec environ 750 cas suspects et 177 décès suspects à travers le pays. Le ministère congolais de la Communication et des Médias, quant à lui, évaluait vendredi le nombre de décès suspects à 204.

Cette divergence dans les chiffres reflète les défis logistiques et humains auxquels font face les autorités sanitaires pour recenser et confirmer les cas, notamment dans des zones reculées et en proie à l’instabilité. L’OMS a d’ailleurs relevé cette semaine le niveau de risque pour la santé publique en RDC, le faisant passer de « élevé » à « très élevé ». Malgré cette escalade, l’agence onusienne estime que le risque mondial reste « faible » en raison des mesures de contrôle mises en place.

L’Ouganda touché à son tour par la flambée

L’épidémie ne se limite plus à la RDC : l’Ouganda voisin a signalé samedi trois nouveaux cas confirmés d’Ebola, portant à cinq le nombre total de personnes testées positives dans le pays. Cette extension géographique soulève des craintes quant à une propagation transfrontalière difficile à contenir, d’autant que les systèmes de santé des deux pays sont déjà sous pression.

Face à cette situation, l’OMS a rappelé l’importance de deux mesures clés pour enrayer la transmission : « L’identification précoce des cas et une prise en charge rapide sauvent des vies et sont essentielles pour maîtriser cette flambée », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il a également insisté sur le rôle crucial des enterrements sûrs et dignes, qui permettent de limiter la propagation du virus lors des rites funéraires traditionnels.

« Les volontaires de la Croix-Rouge ont payé le prix ultime dans l’exercice de leurs fonctions. Leur sacrifice rappelle l’urgence d’agir collectivement pour mettre fin à cette épidémie. »
— Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour contenir la flambée. Les autorités sanitaires congolaises, soutenues par l’OMS et ses partenaires, devraient intensifier les campagnes de sensibilisation dans les zones touchées afin d’informer les populations sur les risques et les mesures de prévention. Une réunion d’urgence du Comité d’urgence de l’OMS, prévue dans les prochains jours, pourrait conduire à une déclaration d’urgence de santé publique de portée internationale, comme ce fut le cas pour d’autres épidémies d’Ebola par le passé. Par ailleurs, la coordination entre la RDC et l’Ouganda sera renforcée pour éviter une propagation transfrontalière incontrôlée.

L’épidémie actuelle rappelle aussi les faiblesses structurelles des systèmes de santé en Afrique centrale, où les ressources humaines et financières sont souvent insuffisantes pour faire face à des crises sanitaires de cette ampleur. Pour l’instant, la priorité reste l’identification et l’isolement rapide des cas, ainsi que la protection des personnels de santé en première ligne, dont le rôle est plus que jamais crucial.

La souche Bundibugyo, identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, présente un taux de mortalité élevé — estimé entre 30 % et 50 % selon les épidémies — et des symptômes comparables à ceux des autres variants d’Ebola, avec une forte fièvre, une faiblesse extrême et des troubles digestifs sévères. Sa rareté relative limite cependant l’expérience accumulée dans la gestion de cette souche, ce qui complique la réponse sanitaire.