L’ancien garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a été condamné, ce lundi 22 juin 2026, à une amende de 500 euros avec sursis pour diffamation envers un magistrat, Edouard Levrault. Selon Franceinfo - Politique, cette décision a été rendue par le tribunal correctionnel de Paris, qui a estimé que l’ex-ministre avait tenu des propos diffamatoires dans son livre J’ai dit oui, publié en 2023. Dupond-Moretti y accusait l’ancien juge d’instruction d’avoir violé le secret de l’instruction dans un dossier où il était intervenu en tant qu’avocat.
Ce qu'il faut retenir
- Condamnation : Eric Dupond-Moretti écope de 500 euros d’amende avec sursis pour diffamation envers Edouard Levrault.
- Montant des dommages et intérêts : L’ex-garde des Sceaux et son éditeur, Michel Lafon, doivent verser 4 000 euros à Edouard Levrault, qui réclamait initialement 30 000 euros.
- Contexte : Le conflit oppose les deux hommes depuis une affaire impliquant un commissaire de police monégasque, défendu par Dupond-Moretti et instruit par Levrault.
- Relaxe partielle : Dupond-Moretti a été relaxé pour des écrits dans un autre ouvrage, Juré, craché, ainsi que pour des propos similaires tenus lors de son spectacle.
- Recours : L’ex-ministre dispose de dix jours pour faire appel de cette décision.
Un conflit judiciaire vieux de plusieurs années
L’affaire remonte à une enquête menée à Monaco dans les années 2010, impliquant un commissaire de police monégasque. À l’époque, Eric Dupond-Moretti, alors avocat, assurait la défense du policier, tandis qu’Edouard Levrault, en tant que juge d’instruction détaché à Monaco, supervisait l’enquête. Après avoir quitté ses fonctions judiciaires mais alors que l’instruction était toujours en cours, Levrault avait participé à une émission de France 3 où il évoquait ce dossier.
Selon l’avocat du magistrat, Me François Saint-Pierre, l’Inspection générale de la justice avait conclu qu’Edouard Levrault n’avait « pas commis de violation du secret professionnel ou du secret de l’instruction ». De son côté, le Conseil supérieur de la magistrature avait également estimé que le juge n’avait « pas dépassé les limites de sa liberté d’expression ».
Des accusations enflammées et leurs conséquences
Dans son livre J’ai dit oui, Eric Dupond-Moretti avait écrit que Edouard Levrault avait « violé le secret de l’instruction », une affirmation qui a valu au magistrat de déposer plainte pour diffamation. Lors de l’audience en avril 2026, le magistrat avait dénoncé « la malveillance et la hargne fielleuse » de l’ex-ministre, selon les termes rapportés par Franceinfo - Politique. Dupond-Moretti, qui réclamait des sanctions disciplinaires contre Levrault après son passage dans les médias, avait alors exigé une réparation morale et financière.
La citation directe déposée par Edouard Levrault a finalement été annulée pour vice de forme, notamment en raison de propos similaires tenus par Dupond-Moretti lors de son spectacle J’ai dit oui, joué à Paris en 2025. L’ex-garde des Sceaux a en revanche été relaxé pour d’autres passages de ses ouvrages, comme ceux de Juré, craché.
Un feuilleton judiciaire aux répercussions politiques
Ce conflit entre les deux hommes dépasse le cadre d’un simple litige personnel. En 2023, alors qu’il était ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti avait engagé des poursuites disciplinaires contre Edouard Levrault, l’accusant de manquement à ses obligations professionnelles. Cette décision avait conduit à un renvoi de l’ex-garde des Sceaux devant la Cour de justice de la République (CJR), qui l’avait finalement relaxé pour conflit d’intérêts, en novembre 2024.
Cette affaire illustre les tensions persistantes entre le pouvoir politique et l’autorité judiciaire en France. Elle rappelle aussi les risques encourus par les responsables politiques lorsqu’ils s’attaquent publiquement à des magistrats, un sujet régulièrement débattu dans le débat public. Pour Edouard Levrault, cette condamnation constitue une victoire symbolique, même si le montant des dommages et intérêts accordés reste inférieur à ses demandes initiales.
L’ancien garde des Sceaux, connu pour son franc-parler et ses prises de position musclées, devra désormais composer avec cette condamnation, qui s’ajoute à une longue série de conflits judiciaires et médiatiques. Pour Edouard Levrault, cette décision marque la fin d’un contentieux de plusieurs années, mais elle pose aussi la question de l’impact réel des réparations financières dans ce type de litiges.
Cette affaire rappelle enfin que les tensions entre politique et justice, déjà vives sous la Ve République, continuent de structurer les débats institutionnels en France.
L’ancien ministre dispose de dix jours pour faire appel de la décision. S’il ne se pourvoit pas en appel, il devra payer l’amende de 500 euros avec sursis ainsi que les 4 000 euros de dommages et intérêts à Edouard Levrault.
Le CSM a considéré que les propos tenus par Edouard Levrault lors de son passage dans les médias ne dépassaient pas « les limites de sa liberté d’expression ». L’Inspection générale de la justice avait également conclu qu’il n’y avait pas eu de violation du secret professionnel ou de l’instruction.