Le cofondateur de Ledger, Eric Larchevêque, a annoncé ce mercredi 27 mai 2026 un revirement stratégique majeur pour The Bitcoin Society (TBSO). Selon Cryptoast, il renonce à faire de cette entité une trésorerie en Bitcoin (BTC), un projet qu’il avait pourtant présenté comme « le plus important de sa vie » lors de son lancement fin 2025. Ce changement intervient alors que le marché des cryptomonnaies traverse une période de forte volatilité et de baisse des cours, rendant les levées de fonds institutionnelles difficiles.

Ce qu'il faut retenir

  • TBSO ne sera pas une trésorerie en Bitcoin, contrairement à l’annonce initiale de fin 2025.
  • Eric Larchevêque lance deux nouveaux projets sous cette entité : SKL, une IA agentique pour entrepreneurs, et NVST, une plateforme d’investissement dans des actifs alternatifs.
  • Une levée de fonds de 8 millions d’euros est lancée pour racheter NVST, avec un apport personnel de 3,8 millions d’euros de la part de Larchevêque.
  • Les abonnements pour SKL varient de 3 500 à 30 000 € par an, tandis que ceux pour NVST s’échelonnent de 1 500 à 10 000 €.
  • Larchevêque précise que sa conviction envers le Bitcoin reste intacte, mais que le timing n’était pas adapté pour le modèle de trésorerie.

Lors d’une conférence de presse restreinte organisée ce 27 mai, Eric Larchevêque a détaillé les raisons de ce virage à 180 degrés. « Ma conviction envers le Bitcoin ne change pas, mais j’ai pris le point de vue d’un entrepreneur », a-t-il déclaré. Il assume pleinement ce revirement, reconnaissant avoir « complètement conscience de faire autre chose que ce [qu’il] avait dit initialement ».

Un marché en déclin et un écosystème saturé

Deux facteurs principaux expliquent ce changement de cap. D’abord, le contexte économique défavorable. Depuis le début de l’année 2026, le cours du Bitcoin recule, et sa volatilité reste élevée. Résultat : les levées de fonds auprès des investisseurs institutionnels se sont raréfiées. « On est arrivé au moment où tout le monde voulait faire sa Bitcoin Treasury Company, et ça commençait déjà à se tarir », a reconnu Larchevêque. « On a fait le tour du marché et on s’est aperçu que c’était difficile. » Le modèle des entreprises détenant des bitcoins en trésorerie repose sur des levées de fonds régulières et importantes, un schéma qui s’est essoufflé.

Ensuite, la saturation du marché des sociétés de trésorerie en Bitcoin. Lorsque TBSO a été lancé fin 2025, ce segment était déjà très concurrentiel, avec une multitude de projets similaires et peu de différenciation. Deux options s’offraient alors à l’équipe : attendre une reprise d’intérêt dans un an ou deux… ou pivoter vers un modèle différent. Larchevêque a choisi la seconde voie. « On a décidé de partir sur une société opérationnelle », explique-t-il. « On a créé de la valeur, et il aurait été dommage qu’elle ne soit pas utilisée. »

« Ce n’est pas que je crois plus au Bitcoin, c’est que ce n’était pas le bon moment. Ma conviction envers Bitcoin ne change pas. »
— Eric Larchevêque, cofondateur de Ledger et de TBSO

Deux nouveaux projets sous la bannière TBSO

Pour remplacer le modèle de trésorerie en Bitcoin, Eric Larchevêque a annoncé deux initiatives distinctes, qui s’appuieront sur une levée de fonds de 8 millions d’euros pour racheter NVST, une société déjà détenue par le même entrepreneur. Larchevêque s’engage à investir personnellement 3,8 millions d’euros dans cette opération, avec une possibilité d’augmenter sa contribution jusqu’à 6 millions d’euros si nécessaire. Les deux projets seront regroupés sous la même entité juridique.

Le premier projet, SKL (prononcé « Skal »), est une intelligence artificielle agentique destinée aux dirigeants de petites et moyennes entreprises, aux artisans et aux freelances. Selon Larchevêque, cette IA assistera les entrepreneurs dans la prise de décision et l’exécution de tâches, en s’appuyant sur des grands modèles de langage « sans les concurrencer ». « Tout ce que j’aurais voulu trouver quand j’étais entrepreneur », précise-t-il. SKL est déjà en phase de test auprès de 300 clients, mais la levée de fonds permettra d’accélérer son développement.

Le second projet, NVST (prononcé « N-vest »), est une plateforme d’investissement dans des actifs alternatifs. Ouverte à tous les particuliers souhaitant « construire de la valeur » et préparer leur retraite, NVST proposera notamment des investissements en Bitcoin, en altcoins, en métaux précieux, en or, en catalogues musicaux, en cartes Pokémon ou encore dans le secteur de la santé. « Il n’y a pas trop d’offre sur ces marchés », souligne Larchevêque. Pour l’achat de Bitcoin, NVST passera par des partenaires tiers afin de négocier des tarifs avantageux pour ses utilisateurs, sans prélever de commission. La plateforme vise une commercialisation à l’horizon 2028.

Un modèle économique ambitieux

Les abonnements pour accéder à ces services seront payants. Pour SKL, les tarifs annuels (hors taxes) s’échelonneront de 3 500 à 30 000 €, tandis que ceux pour NVST iront de 1 500 à 10 000 €. Larchevêque insiste sur le fait que ces montants reflètent une valeur ajoutée concrète pour les utilisateurs, que ce soit en termes de gain de temps, d’aide à la décision ou d’accès à des opportunités d’investissement diversifiées.

Concernant le Bitcoin, Eric Larchevêque a tenu à préciser qu’il n’envisageait pas d’en acquérir massivement pour lever des fonds, comme le faisaient certaines sociétés de trésorerie. En revanche, il n’exclut pas d’utiliser d’éventuels excédents de trésorerie pour en acheter, uniquement dans une logique de placement et non de levée. « Je ne crois pas à l’idée de faire une levée de fonds en Bitcoin », a-t-il affirmé.

Et maintenant ?

La levée de fonds pour NVST est ouverte jusqu’au 10 juin 2026. Si elle atteint son objectif de 8 millions d’euros, TBSO devrait accélérer le développement de SKL et finaliser les préparatifs de NVST en vue de son lancement prévu pour 2028. Reste à voir si le marché répondra positivement à ces nouveaux produits, dans un contexte où la méfiance envers les cryptomonnaies reste élevée après plusieurs années de volatilité marquée. Le succès de ces projets dépendra aussi de la capacité de Larchevêque à convaincre les investisseurs et les particuliers de la pertinence de ces solutions alternatives.

Ce revirement stratégique marque une nouvelle étape pour Eric Larchevêque, qui diversifie ainsi ses activités au-delà du secteur des cryptomonnaies pures. Alors que TBSO devait initialement se concentrer sur le Bitcoin, l’entrepreneur mise désormais sur des outils technologiques et des plateformes d’investissement plus larges, reflétant une adaptation aux réalités du marché.

Selon ses explications, deux raisons principales ont conduit à ce revirement : d’une part, la baisse des cours du Bitcoin et la volatilité du marché ont rendu les levées de fonds institutionnelles quasi impossibles, et d’autre part, le secteur des sociétés de trésorerie en Bitcoin était déjà saturé et peu différencié fin 2025. Larchevêque a donc choisi de pivoter vers un modèle opérationnel, jugé plus viable à court terme.