Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution historique qualifiant la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité ». Une condamnation symbolique, portée par le Ghana, qui vise à ouvrir la voie à des réparations financières, mais qui occulte volontairement deux autres volets tout aussi déterminants de l’esclavage : la traite arabo-musulmane et la traite intra-africaine, selon Le Figaro.
Si la résolution onusienne a suscité de nombreuses réactions dans la presse internationale, rares sont ceux qui soulignent les responsabilités africaines dans ce trafic. Pourtant, comme le rappelle Marie-Claude Mosimann-Barbier, maître de conférences honoraire à l’École normale supérieure de Paris-Saclay et membre du GRER (Groupe de recherche sur le racisme et l’eugénisme), le Ghana, qui a initié le texte, joue un rôle ambigu. L’article du Figaro met en lumière un « deuxième tabou encore mieux gardé » : le rôle actif de certaines ethnies africaines dans la traite transsaharienne et interne au continent.
Ce qu’il faut retenir
- Le 25 mars 2026, l’ONU a adopté une résolution qualifiant la traite atlantique et l’esclavage des Africains de « plus grave crime contre l’humanité », selon Le Figaro.
- Cette résolution, portée par le Ghana, vise à ouvrir la voie à des réparations financières, mais ignore délibérément la traite arabo-musulmane et la traite intra-africaine.
- L’anthropologue algérien Malek Chebel qualifie la traite arabo-musulmane de « tabou bien gardé ».
- Marie-Claude Mosimann-Barbier, historienne, souligne que le rôle de certaines ethnies africaines dans la traite reste un sujet occulté.
Une résolution onusienne aux angles morts
La résolution adoptée le 25 mars par l’Assemblée générale de l’ONU marque une étape symbolique dans la reconnaissance des crimes liés à l’esclavage. Pour ses partisans, elle représente une avancée majeure, susceptible d’entraîner des réparations financières à l’échelle internationale. Pourtant, comme le souligne Le Figaro, cette condamnation se limite à un seul aspect du phénomène : la traite transatlantique, principalement organisée par les puissances européennes. Les autres formes de traite, tout aussi brutales, sont passées sous silence.
Parmi elles, la traite arabo-musulmane, qui a duré plus de douze siècles et concerné des millions d’Africains, est souvent qualifiée de « tabou bien gardé » par les spécialistes. L’anthropologue algérien Malek Chebel, spécialiste de l’islam, a maintes fois pointé cette invisibilisation, sans que ses travaux ne suscitent de débats publics approfondis. Autant dire que la résolution onusienne, si elle marque un progrès, reste incomplète.
Le Ghana, initiateur du texte, et ses responsabilités historiques
Le rôle du Ghana dans l’adoption de cette résolution a été salué par de nombreux observateurs. Pourtant, comme le révèle Le Figaro, ce pays d’Afrique de l’Ouest a une histoire complexe avec la traite. Au XIXe siècle, des royaumes comme celui d’Ashanti ont participé activement à la capture et à la vente d’esclaves, non seulement vers l’Europe et l’Amérique, mais aussi vers le monde arabo-musulman. Ces pratiques, bien que moins documentées que la traite transatlantique, ont contribué à déstabiliser durablement le continent.
Marie-Claude Mosimann-Barbier rappelle que plusieurs ethnies africaines ont joué un rôle central dans ce trafic. Les Dahoméens, les Yorubas ou encore les Peuls ont, à différentes époques, organisé des razzias et des marchés d’esclaves, alimentant aussi bien les réseaux transsahariens que ceux de l’océan Indien. Ces réalités historiques, bien que documentées par des chercheurs, restent peu évoquées dans les débats publics. Bref, l’occultation de ces responsabilités africaines dans l’esclavage participe d’un récit historique tronqué.
Traite intra-africaine : un pan méconnu de l’histoire
La traite intra-africaine désigne l’esclavage organisé entre communautés du continent, bien avant l’arrivée des Européens. Selon les estimations des historiens, elle aurait concerné plusieurs millions d’individus, réduits en esclavage pour des raisons de dettes, de guerres ou de punitions. Ces pratiques, souvent localisées, ont persisté jusqu’au XXe siècle dans certaines régions.
Contrairement à la traite transatlantique, qui a été documentée par les archives coloniales, la traite intra-africaine repose principalement sur des traditions orales et des récits locaux. Pourtant, des travaux comme ceux de l’historien Ibrahima Thioub ont permis de reconstituer une partie de ce passé. Malgré ces avancées, ce pan de l’histoire reste largement ignoré, y compris dans les discussions sur les réparations. Comme le note Le Figaro, cette invisibilisation interroge : pourquoi certaines responsabilités africaines sont-elles si peu discutées ?
Cette résolution marque donc un début, mais son efficacité dépendra de sa capacité à embrasser la complexité historique de l’esclavage, sans omissions. L’enjeu n’est pas seulement mémoriel : il s’agit aussi de définir les contours d’une justice réparatrice qui tienne compte de tous les acteurs impliqués.
Selon l’anthropologue Malek Chebel, cité par Le Figaro, cette traite reste peu discutée en raison de préjugés culturels et politiques. Elle est souvent minimisée au profit d’une focalisation sur la traite transatlantique, alors qu’elle a duré plus de douze siècles et concerné des millions de personnes.
