L’Espagne a officiellement retiré Gibraltar de sa liste des juridictions non coopératives en matière fiscale, une décision publiée samedi 5 juillet 2026 au Bulletin officiel de l’État, comme le rapporte Euronews FR. À l’inverse, Moscou y fait son entrée, s’alignant ainsi sur les positions européennes déjà établies en février 2023. Cette mise à jour ministérielle intervient dans un contexte de renforcement des normes fiscales internationales et de stabilisation des relations post-Brexit entre le territoire britannique et l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Gibraltar n’est plus considéré comme un paradis fiscal par l’Espagne après 35 ans de classement dans cette catégorie, grâce à un accord bilatéral de coopération fiscale signé en 2019.
  • La Russie intègre pour la première fois la liste espagnole des juridictions non coopératives, en cohérence avec la décision de l’UE prise en février 2023.
  • L’impact économique direct de l’entrée de la Russie sur la liste reste limité, en raison des sanctions liées à la guerre en Ukraine qui ont déjà réduit les échanges commerciaux entre Madrid et Moscou.
  • Gibraltar respecte désormais les critères de l’OCDE en matière de transparence fiscale et applique un impôt minimum mondial de 15 % pour les multinationales.

Gibraltar sort de la liste espagnole après des décennies de controverse

L’arrêté ministériel publié ce week-end acte une décision technique, validée après vérification des engagements pris par Gibraltar. Selon Euronews FR, « The Rock » a signé en 2019 un accord bilatéral de coopération fiscale avec l’Espagne, entré en vigueur en mars 2021. Les autorités espagnoles ont confirmé que son application répondait aux exigences fixées, notamment en matière d’échange d’informations et de lutte contre l’évasion fiscale.

Ce retrait n’est pas un geste diplomatique, mais bien la reconnaissance que Gibraltar respecte désormais les standards internationaux. Le territoire participe au Forum mondial sur la transparence fiscale, au cadre inclusif BEPS, et a ratifié le Pilier II de l’OCDE, qui impose un taux minimal d’imposition de 15 % aux multinationales. Fabian Picardo, chef du gouvernement gibraltarien, a salué cette décision comme une « correction qui aurait dû intervenir depuis longtemps », dénonçant une « injustice historique de plus de 30 ans ».

Une décision alignée sur les nouvelles normes européennes

Cette mise à jour s’inscrit dans un cadre réglementaire en pleine évolution. En février 2026, la Commission européenne a présenté un accord au Conseil visant à renforcer la fiscalité équitable et les mécanismes de lutte contre l’évasion fiscale, en phase avec les critères de l’OCDE. Gibraltar, qui entretient des relations complexes avec l’UE depuis le Brexit, voit ainsi son statut fiscal clarifié, au moment où les tensions post-sécession se résorbent progressivement.

Pour autant, cette décision ne fait pas l’unanimité. Des organisations comme Tax Justice Network classent toujours Gibraltar au 37e rang de leur index des paradis fiscaux pour les entreprises. Elles estiment que le territoire provoque une perte annuelle de 7 354 millions de dollars pour d’autres États, en raison de pratiques jugées avantageuses. Certains experts rappellent par ailleurs que les listes officielles ne reflètent que les engagements formels en matière d’échange d’informations, sans garantir l’absence de pratiques fiscales agressives.

La Russie intégrée à la liste espagnole des juridictions non coopératives

À l’autre bout du spectre, l’Espagne a décidé d’inscrire la Russie sur sa liste des juridictions non coopératives en matière fiscale, une première. Cette mesure s’ajoute à celle déjà prise par l’Union européenne en février 2023, en raison du manque de coopération de Moscou avec les normes fiscales européennes. Selon Euronews FR, l’Espagne justifie cette décision par l’existence d’un régime fiscal russe jugé préjudiciable aux standards internationaux.

Sur le plan économique, l’impact de cette inclusion reste limité. Les sanctions imposées à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine ont déjà drastiquement réduit les flux commerciaux entre les deux pays. En pratique, cette inscription renforce les contrôles sur les capitaux russes présents en Espagne et complique les transactions financières, y compris pour les entreprises espagnoles encore actives sur le marché russe. Les relations économiques entre Madrid et Moscou, déjà fortement affectées, voient ainsi une nouvelle couche de restrictions s’ajouter.

« Cette décision s’ajoute aux multiples sanctions déjà en place, mais elle envoie un signal clair quant à la volonté espagnole de se conformer aux normes européennes en matière de fiscalité. »
— Analyste en droit fiscal international, cité par Euronews FR

Un bilan contrasté et des enjeux persistants

Cette révision de la liste espagnole illustre les tensions persistantes entre les impératifs de souveraineté fiscale et les réalités géopolitiques. D’un côté, Gibraltar bénéficie d’une reconnaissance technique de sa conformité aux règles internationales, après des décennies de suspicion. De l’autre, la Russie se retrouve isolée sur le plan fiscal, dans un contexte où ses marges de manœuvre économiques se réduisent sous l’effet des sanctions.

Les spécialistes soulignent que cette mise à jour reflète une tendance de fond : l’alignement progressif des législations nationales sur les critères de l’OCDE, poussé par la nécessité de lutter contre l’évasion fiscale à l’échelle mondiale. Reste à savoir si ces mesures suffiront à combler les lacunes des listes officielles, souvent critiquées pour leur manque de granularité dans l’évaluation des pratiques réelles.

Et maintenant ?

Cette révision de la liste espagnole pourrait servir de référence pour d’autres États membres de l’UE, qui pourraient adopter une approche similaire d’ici la fin de l’année. La Commission européenne, qui a présenté son cadre réglementaire en février 2026, devrait poursuivre ses travaux pour harmoniser les listes noires des juridictions non coopératives d’ici 2027. Pour Gibraltar, cette décision pourrait faciliter les échanges commerciaux avec l’Espagne et le reste de l’UE, tandis que la Russie devra composer avec des contraintes supplémentaires pour contourner les restrictions financières.

Les prochaines étapes dépendront de l’évolution des relations entre Bruxelles, Londres et Moscou, ainsi que des ajustements apportés aux listes européennes. Une chose est sûre : la fiscalité internationale reste un terrain de tensions permanentes, où les décisions techniques côtoient les enjeux politiques.

Gibraltar a été retiré de la liste espagnole après la vérification de l’application d’un accord bilatéral de coopération fiscale signé en 2019 et entré en vigueur en mars 2021. Le territoire respecte désormais les critères de transparence de l’OCDE, participe au Pilier II (impôt minimum de 15 % pour les multinationales) et applique un régime fiscal conforme aux standards internationaux.

L’impact économique direct reste limité en raison des sanctions déjà en place contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Cependant, cette inscription renforce les contrôles sur les capitaux russes en Espagne et complique les transactions financières avec les entités russes, y compris pour les entreprises espagnoles encore actives sur place.