Depuis le printemps 2025, l’administration américaine dirigée par Donald Trump a mis en place une politique d’expulsion de migrants vers des pays tiers avec lesquels ces derniers n’ont aucun lien, selon Courrier International, qui relaie une enquête de USA Today. Cette méthode, jusqu’alors marginale, a été massivement étendue, entraînant le transfert de plusieurs dizaines de personnes vers près d’une trentaine de destinations à travers le monde.
Parmi les cas les plus marquants figure celui de Pheap Rom, un réfugié cambodgien de 43 ans. En automne 2025, alors qu’il croyait être transféré vers un autre centre de détention aux États-Unis, il découvre avec stupéfaction le nom d’Eswatini sur ses papiers. Il est alors contraint de monter à bord d’un avion à destination de ce petit royaume africain, où il a été détenu pendant plusieurs mois dans une prison de haute sécurité. Pheap Rom s’est retrouvé sans aucun statut juridique sur place, sans chef d’accusation formel et sans possibilité réelle de contester sa privation de liberté.
Ce qu'il faut retenir
- Une pratique systématisée depuis le printemps 2025, sous l’administration Trump, visant à expulser des migrants vers des pays tiers sans aucun lien avec eux.
- Près de 30 pays** ont servi de destinations, dont Eswatini pour Pheap Rom, un réfugié cambodgien.
- Pheap Rom a été détenu sans statut juridique** dans une prison de haute sécurité en Eswatini pendant plusieurs mois avant d’être libéré en mars 2026.
- Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre lui** sur place, et il ne pouvait contester sa situation.
- Cette méthode reste opaque** : les migrants sont « embarqués, jetés dans un avion et envoyés » sans transparence sur les accords sous-jacents.
Une expulsion vers des pays inconnus : le cas emblématique de Pheap Rom
Pheap Rom a partagé son témoignage lors d’un appel vidéo avec USA Today depuis le Cambodge, où il vit depuis mars 2026. Selon ses déclarations, il est « le deuxième seulement » à avoir été libéré du centre correctionnel de Matsaph en Eswatini, où il a passé des mois sans savoir pourquoi il y avait été envoyé. « On m’a dit que j’étais transféré, mais personne ne m’a expliqué où ni pourquoi », a-t-il raconté, soulignant l’absence totale de lien entre son profil et la destination choisie.
Cette pratique, qualifiée d’« obscure » par les observateurs, repose sur des accords bilatéraux négociés pendant le second mandat de Donald Trump. Les migrants concernés, souvent des demandeurs d’asile ou des personnes en situation irrégulière aux États-Unis, se retrouvent ainsi dans des pays où ils n’ont ni famille, ni réseau, ni statut légal. Les conditions de leur détention varient : certains sont placés dans des hôtels, d’autres dans des foyers ou des prisons, sans que les motifs de leur présence ne soient clairement établis.
Des accords secrets et une logique difficile à cerner
Les négociations ayant conduit à ces expulsions restent largement opaques. Selon USA Today, les accords auraient été conclus dans le cadre de pressions diplomatiques ou économiques, sans que les populations concernées n’aient été consultées. « Elles sont embarquées, jetées dans un avion et envoyées dans ces pays », a résumé Pheap Rom, décrivant un processus expéditif et dénué de toute clarté juridique.
Cette méthode soulève des questions sur la légalité internationale des expulsions vers des pays tiers. En effet, le droit international, notamment la Convention de Genève relative aux réfugiés, interdit les refoulements vers des territoires où les personnes risquent des persécutions ou des traitements inhumains. Pourtant, les migrants envoyés en Eswatini ou ailleurs ne bénéficient d’aucune protection de ce type, faute de lien préalable avec le pays de destination.
Pour les défenseurs des droits humains, cette pratique s’apparente à une forme de « déportation extra-territoriale », où les États-Unis externalisent leur gestion migratoire sans assumer leurs responsabilités légales. « C’est une manière de contourner les obligations internationales en matière d’asile », a indiqué un expert en droit des migrations sous couvert d’anonymat.
Un bilan humain et politique encore flou
Le nombre exact de migrants concernés par ces expulsions reste difficile à établir. Les autorités américaines n’ont pas communiqué de chiffres officiels, et les données disponibles proviennent principalement de témoignages comme celui de Pheap Rom ou d’ONG locales. Selon USA Today, des cas similaires ont été signalés dans des pays aussi variés que le Rwanda, l’Ouganda, ou encore des États insulaires du Pacifique.
Sur le plan politique, cette stratégie s’inscrit dans la continuité de la ligne dure adoptée par l’administration Trump sur l’immigration. Depuis 2025, les expulsions vers des pays tiers ont été présentées comme un moyen de « décourager les flux migratoires » en rendant les États-Unis moins attractifs pour les candidats à l’exil. Pourtant, les résultats concrets de cette politique restent contestés, d’autant que les pays de destination ne disposent pas toujours des infrastructures pour accueillir ces populations.
Pour l’heure, aucune décision n’a été annoncée pour mettre fin à cette politique, qui s’inscrit dans une logique de durcissement déjà observée lors du premier mandat de Donald Trump. Les prochaines élections américaines, prévues en novembre 2026, pourraient cependant modifier la donne, si un changement de majorité venait à s’opérer à la Maison-Blanche.
Réactions et perspectives
Les organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International ou Human Rights Watch, ont déjà condamné ces expulsions, les qualifiant de « violations flagrantes du droit international ». Une pétition circule également aux États-Unis pour demander l’arrêt immédiat de ces transferts, sans que les autorités n’aient encore réagi publiquement.
Du côté des pays concernés, peu de réactions officielles ont été enregistrées. L’Eswatini, par exemple, n’a pas communiqué sur sa participation à ces accords, laissant planer le doute sur les conditions réelles de détention des migrants qui y sont envoyés.
Selon les informations rapportées par USA Today et relayées par Courrier International, cette pratique s’inscrit dans une stratégie de durcissement de la politique migratoire américaine. L’administration Trump vise à dissuader les flux migratoires en rendant les États-Unis moins accessibles, notamment en externalisant la gestion des migrants vers des pays sans lien avec eux. Les accords sous-jacents restent opaques, mais ils permettraient aux États-Unis de se décharger de la responsabilité du traitement des demandeurs d’asile ou des personnes en situation irrégulière.
Ces expulsions pourraient être considérées comme des refoulements contraires au droit international, notamment à la Convention de Genève de 1951, qui interdit le renvoi de réfugiés vers des territoires où leur vie ou leur liberté serait menacée. Les pays de destination, souvent des États en développement, pourraient également être poursuivis pour non-respect des droits fondamentaux, en l’absence de statut juridique clair pour les migrants expédiés. Des recours devant les instances onusiennes ou régionales ne sont pas exclus si la pratique persiste.