Le gouvernement américain, dirigé par Donald Trump, envisage d’envoyer en quarantaine au Kenya les ressortissants des États-Unis ayant été exposés au virus Ebola, ou même ceux déjà infectés, selon Courrier International.

Une décision inhabituelle qui tranche avec les pratiques habituelles de rapatriement vers les États-Unis ou l’Europe des cas confirmés, comme c’est le cas actuellement pour un médecin traité à Berlin. Cette mesure, rapportée par le New York Times et le Wall Street Journal, s’inscrit dans une stratégie visant à éviter l’entrée sur le territoire américain de porteurs potentiels du virus.

Ce qu'il faut retenir

  • Les autorités fédérales américaines prévoient d’envoyer en quarantaine au Kenya les Américains exposés ou infectés par le virus Ebola, une approche inédite.
  • Plusieurs professionnels de santé américains ont déjà reçu l’ordre de se déployer, sous réserve de l’accord final du gouvernement kényan.
  • Les malades initialement destinés à l’Europe pourraient être redirigés vers le Kenya, où les États-Unis promettent une prise en charge de pointe.
  • Le gouvernement Trump a déjà interdit l’entrée sur le sol américain aux étrangers ayant séjourné récemment en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud.
  • À ce jour, aucun cas n’a été recensé au Kenya, mais la flambée épidémique s’étend en RDC et touche également l’Ouganda.

Une mesure exceptionnelle, loin des pratiques habituelles

Jusqu’à présent, en cas d’épidémie d’Ebola, les autorités américaines avaient pour habitude de rapatrier leurs ressortissants contaminés ou exposés vers des centres spécialisés aux États-Unis ou en Europe. Pourtant, dans le cadre de cette nouvelle stratégie, Washington envisage d’envoyer les personnes à risque ou infectées au Kenya, où des installations de quarantaine seraient mises en place en urgence.

Cette approche, qualifiée d’« inhabituelle » par le New York Times, marque un tournant dans la gestion des crises sanitaires internationales. Les deux quotidiens américains soulignent que cette méthode contraste fortement avec les réponses apportées lors des précédentes épidémies, où le rapatriement vers des structures médicales adaptées était la norme.

Un déploiement déjà lancé, sous réserve de l’accord kényan

Selon des sources citées par le Wall Street Journal, des professionnels de santé de l’État fédéral ont déjà reçu pour consigne de se préparer à une éventuelle mission au Kenya. Cependant, cette opération reste conditionnée à l’approbation finale du gouvernement kényan, dont la réponse était attendue mardi 26 mai 2026.

Les autorités américaines assurent que les infrastructures mises en place sur place offriront une prise en charge de haute qualité, avec pour objectif de faciliter une évacuation plus rapide des ressortissants en provenance de République démocratique du Congo (RDC). Un argument qui, selon certains experts, pourrait ne pas tenir ses promesses.

Des doutes exprimés par les spécialistes

Plusieurs médecins et spécialistes de santé publique, interrogés par le New York Times, expriment des réserves quant à la faisabilité et à l’efficacité de cette initiative. Parmi eux, Craig Spencer, expert en santé publique à l’université Brown et survivant d’Ebola en 2014, s’interroge sur la capacité des États-Unis à mettre en place un système aussi performant en quelques semaines ou mois.

« J’ai du mal à croire qu’on va pouvoir mettre sur pied en quelques jours, ou même en quelques mois, un système comparable à celui établi durant la dernière décennie précisément pour ce genre de situation. »

— Craig Spencer, spécialiste de santé publique à l’université Brown

Pour ce médecin, les risques de perte de chances pour les malades seraient bien réels, d’autant que certains patients initialement destinés à l’Europe pourraient se voir redirigés vers le Kenya.

Un contexte épidémique en expansion

Cette décision intervient alors que l’épidémie d’Ebola s’étend en Afrique centrale. En République démocratique du Congo, le nombre de cas suspects a fortement augmenté, et quelques cas ont également été signalés en Ouganda. À ce jour, aucun cas n’a été recensé au Kenya, mais les autorités américaines cherchent à anticiper toute propagation.

Pour éviter l’arrivée de porteurs du virus sur le sol national, l’administration Trump a déjà pris des mesures drastiques : l’entrée aux États-Unis est désormais interdite aux ressortissants étrangers ayant séjourné récemment en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud, y compris aux résidents permanents.

Et maintenant ?

L’issue de cette stratégie dépendra en grande partie de l’accord du gouvernement kényan, dont la réponse était attendue mardi 26 mai 2026. Si elle est validée, la mise en place des infrastructures de quarantaine pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, selon les experts. Dans l’immédiat, les autorités américaines maintiennent leur politique de restriction d’accès pour les voyageurs en provenance des pays touchés par l’épidémie.

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’efficacité de cette approche inédite. Les spécialistes continueront de suivre de près l’évolution de la situation, tant sur le plan sanitaire que logistique.

Le Kenya a été sélectionné en raison de sa position géographique en Afrique de l’Est, jugée stratégique pour une évacuation rapide des ressortissants en provenance de RDC. Les autorités américaines assurent que des infrastructures de pointe y seront déployées, bien que cette affirmation soit contestée par certains experts.