Un document interne du Pentagone, révélé par Reuters et analysé par Le Figaro, révèle que l’administration américaine envisage de reconsidérer son soutien historique à la souveraineté britannique sur les îles Malouines. Cette option s’inscrit dans une série de mesures de pression diplomatique envisagées contre certains alliés de l’Otan jugés insuffisamment coopératifs lors du récent conflit avec l’Iran. Parmi les pistes évoquées, la remise en cause du soutien américain à la présence britannique dans l’archipel, situé dans l’Atlantique Sud, pourrait devenir un levier de négociation.
Ce qu'il faut retenir
- Une note interne du Pentagone, rédigée par Elbridge Colby, conseiller politique de l’administration, suggère de revoir le soutien américain à la souveraineté britannique sur les Malouines pour faire pression sur des alliés de l’Otan jugés réticents.
- Le président argentin Javier Milei, allié de Donald Trump, a salué cette perspective, réaffirmant sa volonté de récupérer les îles pour l’Argentine.
- Le gouvernement britannique, par la voix d’un porte-parole de Keir Starmer, a immédiatement réaffirmé que « la souveraineté appartient au Royaume-Uni » et que le droit à l’autodétermination des habitants est « primordial ».
- Un référendum organisé en 2013 avait vu 99,8 % des votants se prononcer en faveur du maintien sous souveraineté britannique, avec une participation de 92 %.
- Les relations entre le Royaume-Uni et l’Argentine restent tendues depuis le conflit de 1982, malgré la restauration des liens diplomatiques et des négociations au point mort.
Une pression diplomatique ciblée sur les alliés de l’Otan
Selon Le Figaro, la note du Pentagone, rédigée par Elbridge Colby, principal conseiller politique du département à la Défense, reflète l’irritation croissante de Washington face à l’attitude de plusieurs partenaires européens. Ces derniers, perçus comme peu solidaires lors des opérations américaines contre l’Iran, auraient restreint l’accès de leurs bases militaires aux forces américaines. « C’est tout simplement le strict minimum pour l’Otan », souligne Colby dans ce document interne, cité par un responsable américain sous couvert d’anonymat. L’administration Trump envisage donc des représailles, dont la suspension de certains droits au sein de l’Alliance atlantique, voire une remise en cause du soutien américain à des questions de souveraineté jugées « impériales » par Washington.
Parmi les cibles potentielles, les îles Malouines, territoire britannique revendiqué par l’Argentine depuis des décennies, figurent en bonne place. Une telle décision marquerait un tournant dans la politique américaine, qui n’a pas officiellement pris position sur le statut de l’archipel depuis 1982. Jusqu’ici, les États-Unis se contentaient de mentionner les deux revendications — britannique et argentine — sans trancher. Cette fois, Washington pourrait utiliser cette question comme un outil de négociation avec Londres, déjà critiqué pour son manque de soutien logistique lors des frappes contre l’Iran.
Londres et Buenos Aires campent sur leurs positions
Face à cette possible volte-face américaine, le gouvernement britannique a immédiatement réagi. Un porte-parole de Keir Starmer a rappelé, dans un communiqué transmis à Le Figaro, que « la souveraineté appartient au Royaume-Uni » et que « le droit à l’autodétermination des habitants est primordial ». Londres insiste sur la constance de sa position, « clairement et régulièrement exprimée aux différentes administrations américaines ». Une fermeté qui contraste avec les critiques répétées de Donald Trump envers le Premier ministre britannique, qu’il a qualifié de « lâche » pour son refus d’autoriser l’utilisation des bases britanniques contre l’Iran. Le président américain avait également moqué les porte-avions britanniques, les décrivant comme des « jouets » dans un tweet.
De son côté, l’Argentine, soutenue par la Chine sur la scène internationale, maintient sa revendication sur les Malouines. Le président Javier Milei, proche de Donald Trump, a salué l’hypothèse d’un revirement américain dans une interview radiophonique, affirmant : « Nous faisons tout ce qui est humainement possible pour que les Malouines argentines (...) reviennent entre les mains de l’Argentine. Nous progressons comme jamais auparavant. » Buenos Aires mise sur un soutien accru de Washington pour faire pression sur Londres, alors que les négociations bilatérales restent dans l’impasse depuis des décennies.
Un référendum de 2013 comme argument central de Londres
Pour justifier sa souveraineté, le Royaume-Uni s’appuie sur un référendum organisé en 2013, où 99,8 % des votants — sur une participation de 92 % — se sont prononcés en faveur du maintien sous administration britannique. Ce scrutin est présenté comme l’expression de la volonté des habitants, dont la majorité est d’origine britannique. Londres rappelle que toute discussion sur le statut de l’archipel doit passer par leur consentement, conformément au principe d’autodétermination. Une position qui trouve un écho auprès de l’ONU, qui classe le territoire comme « non autonome » sans trancher sur la souveraineté.
L’Argentine, en revanche, conteste la légitimité de ce référendum. Buenos Aires argue que la population actuelle des Malouines a été « installée » après la prise de contrôle britannique de 1833, et que le territoire lui appartient historiquement. La Chine, alliée de l’Argentine, apporte un soutien diplomatique régulier, notamment au sein des instances internationales, sans pour autant obtenir de résultats concrets. Les deux pays ont rétabli leurs relations après le conflit de 1982, marqué par la mort de 650 soldats argentins et 255 militaires britanniques avant la reddition de Buenos Aires.
Des tensions transatlantiques exacerbées par le conflit iranien
Ce bras de fer diplomatique s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre les États-Unis et plusieurs alliés européens. Depuis le début des opérations contre l’Iran, Washington a multiplié les reproches envers ses partenaires de l’Otan, les accusant de ne pas apporter un soutien suffisant. Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a reconnu que le conflit avait « mis en lumière les fragilités de l’Alliance ». « Vous n’avez pas vraiment d’alliance si certains pays ne sont pas prêts à vous soutenir quand vous en avez besoin », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par Le Figaro.
Parmi les mesures envisagées contre les pays jugés peu coopératifs, la note du Pentagone mentionne la possibilité de suspendre l’Espagne de certaines instances de l’Otan, ou encore de revoir le soutien américain à des questions de souveraineté jugées secondaires. L’administration Trump semble prête à utiliser tous les leviers à sa disposition pour obtenir une implication plus forte de ses alliés, quitte à bousculer des équilibres historiques. La question des Malouines, bien que symbolique, pourrait ainsi devenir un enjeu central dans les négociations à venir.
En attendant, les habitants des Malouines restent sous haute surveillance. La base aérienne de Mount Pleasant, principal symbole de la présence britannique dans l’archipel, continue d’accueillir des milliers de soldats. Leur mission ? Assurer la défense du territoire, dans un contexte où l’incertitude diplomatique pourrait, à tout moment, se transformer en crise ouverte.
Selon Le Figaro, cette mesure s’inscrit dans une stratégie de pression diplomatique contre des alliés de l’Otan jugés insuffisamment coopératifs lors du conflit avec l’Iran. Washington cherche à obtenir un soutien logistique plus marqué de ses partenaires, quitte à utiliser des leviers symboliques comme la souveraineté des Malouines.
Londres s’appuie sur le référendum de 2013, où 99,8 % des votants se sont prononcés en faveur du maintien sous administration britannique. Le gouvernement britannique insiste également sur le droit à l’autodétermination des habitants, majoritairement d’origine britannique, et refuse toute discussion sur le statut de l’archipel sans leur accord.