Le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis un procès contre Armand Rajabpour-Miyandoab, l’auteur présumé de l’attaque au couteau ayant coûté la vie à un touriste germano-philippin près du pont de Bir-Hakeim, à Paris, en décembre 2023. Selon BFM - Faits Divers, qui cite des informations confirmées par Ouest France, l’homme de 33 ans, déjà déchu de la nationalité française, doit répondre devant la cour d’assises de Paris spécialement composée pour des faits d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste, en situation de récidive légale.

Ce qu’il faut retenir

  • Armand Rajabpour-Miyandoab, Franco-Iranien de 33 ans, est visé par un réquisitoire du PNAT pour assassinat et tentatives d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste, en état de récidive légale.
  • L’attaque, survenue le 2 décembre 2023 près du pont de Bir-Hakeim, a causé la mort d’un touriste germano-philippin et blessé deux autres personnes à coups de marteau.
  • L’homme, déjà condamné en 2016 à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs à visée terroriste, avait été libéré en mars 2020 sous injonction de soins psychiatriques, jusqu’au 26 avril 2023.
  • Lors de sa garde à vue, il avait affirmé avoir agi en réponse à un appel de Daech fin octobre 2023, invoquant également les illuminations de la tour Eiffel aux couleurs d’Israël après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023.
  • Il avait évoqué plusieurs cibles potentielles, dont le mémorial des enfants du Vel d’Hiv, avant de choisir le pont de Bir-Hakeim.
  • Son avocate, Clémentine Perros, n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire.

Un réquisitoire pour des faits qualifiés d’actes terroristes

Dans son réquisitoire rendu public ce 24 avril 2026, le PNAT a demandé que l’accusé soit jugé pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste en état de récidive légale » ainsi que pour « tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste en état de récidive légale ». Ces qualifications juridiques, particulièrement lourdes, reflètent la gravité des faits reprochés à Armand Rajabpour-Miyandoab. L’homme, déjà connu des services de police pour ses liens avec des réseaux djihadistes, avait été placé en détention provisoire à l’isolement dès son interpellation en décembre 2023.

Cette procédure s’inscrit dans un contexte judiciaire marqué par la lutte contre le terrorisme en France. Le parquet antiterroriste a souligné que les motivations de l’accusé, qu’il soit condamné ou non, relèvent bien d’une dimension idéologique et violente, typique des attentats perpétrés au nom de l’islam radical. La déchéance de sa nationalité française, effective depuis son jugement, illustre également la fermeté de l’État face aux individus radicalisés.

Le déroulement de l’attaque et les mobiles avancés par l’accusé

L’attaque s’est produite le 2 décembre 2023, vers 18 heures, sur le pont de Bir-Hakeim, un lieu emblématique situé à quelques centaines de mètres de la tour Eiffel. L’assaillant, armé d’un couteau et d’un marteau, a blessé deux personnes avant de poignarder mortellement un touriste germano-philippin de 65 ans, identifié comme étant Erwin Tep, selon les éléments communiqués par les enquêteurs. L’agresseur a ensuite été maîtrisé par des passants et remis aux forces de l’ordre.

Lors de sa garde à vue, Armand Rajabpour-Miyandoab a livré des explications détaillées aux enquêteurs. D’après des sources judiciaires citées par BFM - Faits Divers, il aurait évoqué un « appel fin octobre de Daesh, demandant à tuer des juifs », qu’il aurait interprété comme une incitation à commettre des actes violents. Il a également justifié son geste par son opposition aux illuminations de la tour Eiffel aux couleurs du drapeau israélien, après les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 contre Israël. « J’ai considéré que c’était un acte de soutien à Israël dans sa guerre contre les Palestiniens », aurait-il déclaré.

L’enquête a révélé qu’il avait envisagé plusieurs cibles potentielles avant de choisir le pont de Bir-Hakeim. Parmi les lieux cités figurent notamment le mémorial des enfants du Vel d’Hiv, en mémoire des victimes de la rafle du 16 et 17 juillet 1942, ainsi que d’autres sites symboliques juifs. « Il y avait des sites juifs envisagés, mais pas que », a précisé une source proche de l’enquête, sans détailler les autres cibles.

Un parcours déjà marqué par la radicalisation

Armand Rajabpour-Miyandoab, Franco-Iranien né en 1993, n’en était pas à son premier contact avec la justice pour des faits liés au terrorisme. En 2016, il avait été condamné à cinq ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs à visée terroriste ». Son projet ? Une action violente à La Défense, dans le quartier d’affaires à l’ouest de Paris, selon les éléments du dossier. Il avait purgé sa peine jusqu’en mars 2020, date à laquelle il avait été libéré sous contrôle judiciaire, assorti d’une injonction de soins psychiatriques.

Cette prise en charge psychiatrique, supervisée par un médecin coordinateur, devait se poursuivre jusqu’au 26 avril 2023, soit quelques mois avant l’attentat. Or, c’est précisément ce jour-là que cette mesure de contrôle a pris fin. Les enquêteurs s’interrogent désormais sur l’impact de cette interruption sur son parcours. Son profil, déjà suivi pour radicalisation, pose la question des failles dans le suivi des individus radicalisés après leur libération.

Sa déchéance de nationalité, prononcée en 2024, a été officialisée en raison de ses liens avec l’Iran et de son engagement présumé en faveur de causes djihadistes. Cette mesure administrative, bien que symbolique, renforce l’arsenal juridique français contre les binationaux radicalisés.

Un contexte politique et social sous tension

L’attentat du 2 décembre 2023 a constitué un nouveau choc dans une période déjà marquée par une série d’attaques terroristes en France. Deux mois plus tôt, le meurtre de l’enseignant Dominique Bernard à Arras (Pas-de-Calais) avait ébranlé le pays. Ces événements successifs ont placé les autorités sous une pression accrue pour renforcer les dispositifs de prévention et de répression contre la menace terroriste.

La tour Eiffel, symbole universel de Paris, avait déjà été ciblée symboliquement lors de cet attentat. Les illuminations aux couleurs d’Israël, en soutien à l’État hébreu après les attaques du Hamas, avaient suscité des débats houleux dans l’opinion publique. Pour l’accusé, ces gestes de soutien à Israël ont servi de déclencheur à son passage à l’acte, révélant une fois de plus la porosité entre les conflits internationaux et les actes de violence commis sur le sol français.

Et maintenant ?

Le procès d’Armand Rajabpour-Miyandoab devrait se tenir devant la cour d’assises de Paris spécialement composée pour les affaires terroristes. Aucune date n’a encore été fixée, mais les prochaines semaines devraient voir l’organisation des débats et la fixation du calendrier judiciaire. L’accusé, actuellement incarcéré, pourrait comparaître dans les prochains mois, selon les délais habituels pour ce type de procédure.

Cette affaire rappelle également les défis persistants liés à la prise en charge des individus radicalisés après leur libération. Les autorités pourraient être amenées à revoir les modalités de suivi des personnes sortant de prison, notamment en matière de suivi psychiatrique et de contrôle judiciaire. Enfin, ce procès devrait offrir une nouvelle occasion de mesurer l’impact des conflits internationaux sur la radicalisation en France.

En attendant, les proches de la victime et les associations de lutte contre le terrorisme suivront avec attention l’évolution de ce dossier, qui illustre une fois encore la menace persistante du djihadisme sur le territoire national.

Armand Rajabpour-Miyandoab a été déchu de sa nationalité française en 2024 en raison de ses liens présumés avec des réseaux djihadistes et de son engagement en faveur de causes radicales. Cette mesure administrative, prévue par le code civil, s’applique aux binationaux condamnés pour des faits liés au terrorisme, afin d’éviter qu’ils ne bénéficient de la protection du sol français.