Les universités des pays ayant durci leur politique migratoire voient leur attractivité décliner dans le classement mondial des établissements les plus internationaux, selon Courrier International. Une tendance déjà perceptible en 2026, avant même que les effets statistiques complets ne se manifestent, révèle une analyse du Times Higher Education.

Ce qu'il faut retenir

  • 10 universités parmi les plus internationales au monde figurent dans le classement 2026, avec une majorité basée à Hong Kong et au Royaume-Uni.
  • L’Australie, le Canada et les Pays-Bas, destinations majeures pour les étudiants étrangers, enregistrent un recul dans ce classement en raison de politiques migratoires restrictives.
  • La part d’étudiants et d’enseignants internationaux diminue dans ces pays, affectant leur performance académique globale.
  • Les restrictions sur les visas, les inscriptions et les séjours post-diplôme limitent l’accès aux établissements, fragilisant leur écosystème financier.
  • Certains pôles comme Hong Kong ou le Royaume-Uni parviennent à maintenir leur attractivité en ciblant une élite internationale très sélective.

Le classement 2026 du Times Higher Education révèle un lien direct entre les politiques migratoires restrictives et le recul des universités les plus internationales. Selon l’analyse, les établissements des pays ayant adopté des mesures strictes – comme l’Australie, le Canada ou les Pays-Bas – voient leur performance chuter dans ce palmarès, qui évalue notamment la proportion d’étudiants et d’enseignants étrangers.

Parmi les 10 premières universités mondiales en matière d’internationalisation, trois sont basées à Hong Kong (l’Université de la ville de Hong Kong, l’Université des sciences et des technologies de Hong Kong et l’Université de Hong Kong), deux au Royaume-Uni (Imperial College de Londres et l’Université d’Oxford, ex æquo avec l’Université d’Abou Dhabi), suivies par l’Université de Cambridge, l’École polytechnique fédérale de Zurich et de Lausanne, ainsi que l’Université technologique de Nanyang à Singapour. Ces établissements, souvent plébiscités pour leur ouverture, résistent mieux à la tendance.

« Les universités des pays qui ont introduit des politiques d’immigration restrictives ont vu leur performance décliner dans le classement international de cette année, avant même que les répercussions complètes des changements ne se reflètent dans les données », souligne l’analyse. Autrement dit, l’impact des restrictions se mesure déjà sur la réputation et l’attractivité des établissements, bien avant une baisse effective des effectifs.

Pour les étudiants étrangers, la situation se durcit : l’Australie, le Canada et les Pays-Bas, autrefois destinations phares, ont tous restreint l’accès aux visas étudiants et limité les possibilités de séjour après l’obtention du diplôme. Ces mesures, combinées à des plafonds d’inscriptions, entraînent un recul des universités de ces pays dans le classement 2026. « La majorité des universités classées en Australie, au Canada et aux Pays-Bas ont reculé », précise le rapport.

« Bien que la causalité ne puisse être définitivement établie, le calendrier coïncide avec des changements de politique affectant les flux d’étudiants internationaux en Australie, au Canada et aux Pays-Bas. »
Cathy Tushabe, analyste citée par Courrier International

Au-delà des chiffres, c’est la réputation même de ces pays qui se dégrade. Les étudiants potentiels, souvent attirés par la qualité des formations et l’environnement multiculturel, pourraient désormais privilégier des destinations perçues comme plus accueillantes. Cette perte d’image pourrait, à terme, avoir des conséquences économiques : les étudiants étrangers représentent en effet une manne financière importante pour les universités, dont les budgets pourraient être mis sous tension par leur baisse d’effectifs.

Nigel Healey, spécialiste des politiques éducatives, met en garde : « Un régime d’immigration moins accueillant affecte directement et négativement tous les indicateurs de performance liés à l’international : proportion d’étudiants et de personnel étrangers, et collaborations de recherche internationales. » Cette fragilisation des écosystèmes universitaires pourrait, selon lui, se répercuter sur la qualité globale de l’enseignement et de la recherche dans ces pays.

Pourtant, certains territoires parviennent à tirer leur épingle du jeu. Hong Kong et le Royaume-Uni, malgré un contexte général moins favorable, maintiennent leur attractivité en ciblant une clientèle étudiante haut de gamme. Leur stratégie repose sur une offre académique d’excellence et une capacité à attirer une élite internationale, malgré des conditions d’accueil parfois plus strictes. Cette sélectivité accrue redessine ainsi la géographie de l’expatriation étudiante, la rendant moins ouverte et plus dépendante des choix politiques nationaux.

Et maintenant ?

Les prochains mois devraient confirmer – ou infirmer – cette tendance. Les universités concernées pourraient ajuster leurs stratégies d’attractivité, tandis que les pays ayant durci leur politique migratoire pourraient revoir leur position en fonction des pressions économiques et académiques. Une chose est sûre : l’équilibre entre contrôle des flux migratoires et attractivité éducative reste un exercice délicat, dont les résultats se mesureront d’ici un à deux ans.

Cette évolution interroge : jusqu’où les pays sont-ils prêts à aller dans la restriction des flux étudiants sans risquer de s’isoler sur la scène académique mondiale ? Les prochaines éditions du classement Times Higher Education livreront des éléments de réponse, alors que les effets des politiques actuelles ne se mesureront pleinement qu’à moyen terme.

Le classement du Times Higher Education évalue plusieurs critères, dont la proportion d’étudiants et d’enseignants internationaux, les collaborations de recherche à l’étranger, ainsi que l’environnement multiculturel des établissements. Ces indicateurs reflètent l’ouverture et l’attractivité globale des universités sur la scène internationale.

D’après le classement 2026, la France ne figure pas parmi les pays enregistrant un recul marqué. Cependant, certaines universités françaises pourraient subir indirectement les effets de ces politiques, notamment si leurs partenaires internationaux (étudiants ou enseignants) sont contraints par des restrictions migratoires dans leur pays d’origine ou de destination.