Selon BFM Business, le programme du chasseur furtif F-35, souvent présenté comme le fleuron de l'aviation américaine, traverse une crise de disponibilité opérationnelle sans précédent. Un rapport publié le 11 juin 2026 par le Bureau de la responsabilité gouvernementale des États-Unis (GAO) révèle que ces appareils, acquis pour près de 2 000 milliards de dollars, sont incapables d'accomplir la totalité de leurs missions dans 75 % du temps.

Ce qu'il faut retenir

  • Taux de disponibilité opérationnelle en chute libre : passé de 67 % en 2021 à 44 % en 2025, selon le GAO.
  • Taux de pleine capacité opérationnelle également en baisse : 38 % en 2021 contre 25 % en 2025.
  • Les retards logiciels, la rareté des pièces et la corrosion expliquent en partie cette dégradation.
  • Le coût de maintenance explose : 13,7 milliards de dollars nécessaires pour atteindre un taux de disponibilité de 65 % d'ici 2030.
  • 800 F-35 sont déjà en service dans l'armée américaine, avec un objectif de 2 500 appareils d'ici 2045.

Un programme en difficulté malgré son statut de référence

Le F-35, conçu comme l'avion de combat le plus avancé au monde, accumule les déboires opérationnels. BFM Business rapporte que son taux de disponibilité opérationnelle — qui mesure la capacité des appareils à accomplir au moins une de leurs missions assignées — est passé de 67 % en 2021 à seulement 44 % en 2025. Pire encore, le taux de pleine capacité opérationnelle, qui exige que l'appareil puisse mener l'intégralité de ses missions, a chuté de 38 % à 25 % sur la même période. Autant dire que l'avion, qui devait incarner la supériorité technologique américaine, peine désormais à remplir ses missions de base.

Ces chiffres, issus d'un rapport du GAO publié le 11 juin 2026, soulignent un échec cuisant des objectifs fixés par le Pentagone. Le document précise que « le programme F-35 n'a pas atteint les objectifs de performance fixés, ces derniers étant même en baisse ». Une situation d'autant plus préoccupante que l'appareil représente le programme d'armement le plus coûteux de l'histoire des États-Unis, avec un budget global estimé à 2 000 milliards de dollars.

Des causes multiples à cette dégradation

Plusieurs facteurs expliquent cette chute de performance. D'après le rapport, la baisse de 2025 s'explique notamment par « l'acceptation de nouveaux aéronefs non opérationnels en raison de retards logiciels », ainsi que par « des difficultés persistantes liées à la rareté des pièces et aux inspections et réparations de la corrosion ». Ces problèmes techniques, couplés à une maintenance complexe, ont pour conséquence de clouer au sol une part croissante de la flotte.

Autre élément critique : le coût du maintien en condition opérationnelle. Entre 2021 et 2025, ces dépenses n'ont cessé d'augmenter, atteignant des niveaux difficilement soutenables pour le budget américain. Pour redresser la situation, le GAO estime qu'il faudrait investir 13,7 milliards de dollars supplémentaires afin d'atteindre un taux de disponibilité complète de 65 % d'ici 2030. Parmi les pistes avancées figurent l'amélioration de l'approvisionnement en pièces de rechange, la priorisation des composants les plus critiques et la rationalisation des programmes de maintenance pour réduire les temps d'arrêt.

Des primes contractuelles inefficaces et des coûts qui explosent

Le rapport pointe également un autre dysfonctionnement : le recours aux primes contractuelles n'a pas permis d'améliorer la disponibilité des appareils. « Les primes versées n'ont pas atteint leurs objectifs », souligne le GAO, ajoutant que cette pratique pourrait « récompenser des prestations qui ne contribuent pas à la réalisation de ses objectifs ». Face à ce constat, le Bureau recommande l'adoption de sanctions en cas de performance insuffisante et la réévaluation des seuils d'incitation financière pour aligner les intérêts des contractants avec les besoins opérationnels.

Parallèlement, les coûts estimés du F-35 continuent de grimper. Le Pentagone devra ainsi faire face, chaque année, à un écart de plus d'un milliard de dollars entre les dépenses réelles de maintenance et les objectifs budgétaires fixés pour le milieu des années 2030. Une situation qui interroge sur la viabilité économique d'un programme déjà critiqué pour son manque de transparence et ses retards répétés.

Un avenir incertain malgré la demande internationale

Malgré ces difficultés, les États-Unis maintiennent leur objectif d'acquérir 2 500 F-35 d'ici 2045, alors que 800 appareils sont déjà en service. Pourtant, le programme accumule les rapports critiques depuis plusieurs années, sans que les problèmes structurels ne semblent résolus. Le GAO rappelle d'ailleurs que « la dépendance au secteur privé pour la fourniture de plus de 7 milliards de dollars de pièces et matériels supplémentaires » complique toute amélioration rapide.

Cette situation n'a pas pour autant freiné l'enthousiasme de plusieurs pays clients. Malgré des coûts explosifs et des retards persistants, le Danemark, la Suisse, le Canada et plusieurs nations européennes ont choisi d'intégrer le F-35 à leur flotte. Aux États-Unis, la question d'un éventuel retour de la Turquie dans le programme, exclue en 2019 après l'achat du système russe S-400, pourrait rebondir. Donald Trump a récemment indiqué qu'il comptait « rendre le président turc Recep Tayyip Erdogan très heureux » sur ce dossier, bien que les détails restent flous.

Et maintenant ?

Pour l'instant, aucune solution miracle n'est envisagée pour inverser la tendance à court terme. Les prochaines échéances, comme la révision des contrats en 2027, pourraient apporter des éléments de réponse, mais le GAO insiste sur la nécessité de réformes structurelles. D'ici là, la flotte de F-35 restera en partie paralysée, avec des répercussions potentielles sur la stratégie de défense américaine, notamment en cas de conflit majeur.

Reste à voir si le prochain cycle de maintenance, prévu pour fin 2026, permettra une amélioration tangible. En attendant, le Pentagone devra composer avec un avion dont les performances réelles peinent à suivre les promesses technologiques.

Le programme F-35 cumule des coûts de développement, d'achat et de maintenance estimés à 2 000 milliards de dollars sur sa durée de vie. Ce montant inclut non seulement la production des appareils (plus de 2 500 prévus d'ici 2045), mais aussi les dépenses liées à la logistique, aux mises à jour logicielles, aux pièces détachées et aux réparations. Ces coûts élevés s'expliquent par la complexité technologique de l'avion, son système de maintenance décentralisé et les retards accumulés depuis son lancement.

Parmi les pays déjà équipés ou en cours d'acquisition figurent les États-Unis (800 appareils), le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, le Danemark, la Suisse et le Canada. Plusieurs pays européens envisagent également son acquisition, tandis que la Turquie, initialement exclue en 2019 pour des raisons géopolitiques, pourrait revenir dans le programme sous l'administration Trump. D'autres nations, comme la Finlande et la Pologne, ont également manifesté leur intérêt.