Les employeurs français recourent de plus en plus aux contrats à durée déterminée (CDD), une tendance qui alimente les débats sur la précarité du marché du travail. Deux économistes, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo, plaident dans une tribune publiée par Le Monde pour un renforcement du dispositif de bonus-malus sur les cotisations chômage, tout en appelant à assouplir certaines contraintes liées au CDI.
Ce qu'il faut retenir
- Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo publient une tribune dans Le Monde pour limiter le recours aux CDD via un bonus-malus sur les cotisations chômage.
- Ils estiment que cette mesure ne suffira pas à elle seule et préconisent des assouplissements des règles encadrant le CDI.
- Leur proposition s’inscrit dans un contexte de multiplication des contrats courts, jugée problématique pour la stabilité de l’emploi.
Un bonus-malus pour limiter les CDD, mais pas que
Selon les deux économistes, la généralisation des CDD fragilise les parcours professionnels et expose les salariés à une instabilité chronique. Dans leur tribune, Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo rappellent que le recours massif aux contrats courts a bondi ces dernières années, notamment dans certains secteurs comme la restauration ou le commerce. Pour y remédier, ils suggèrent d’étendre le système de bonus-malus sur les cotisations d’assurance-chômage, déjà en vigueur pour certains secteurs, afin de pénaliser financièrement les entreprises qui abusent des CDD.
« L’idée n’est pas de sanctionner systématiquement les employeurs, mais de les inciter à privilégier des contrats plus stables », a expliqué Pierre Cahuc à Le Monde. Selon lui, cette mesure pourrait réduire la précarité sans pour autant freiner l’embauche, à condition d’être bien calibrée.
Assouplir les règles du CDI pour encourager son usage
Toutefois, les deux spécialistes soulignent que le bonus-malus ne suffira pas à résoudre le problème à lui seul. Dans leur tribune, ils pointent du doigt les rigidités du CDI, souvent citées par les employeurs comme un frein à l’embauche. Parmi les pistes évoquées, on trouve notamment la simplification des procédures de licenciement pour motif économique, ainsi que la réduction des indemnités de licenciement dans certains cas.
« Il faut rendre le CDI plus attractif, sans pour autant supprimer les protections essentielles des salariés », a précisé Stéphane Carcillo. Pour lui, l’objectif est de trouver un équilibre entre flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les travailleurs, un débat qui anime régulièrement les discussions sur le marché du travail en France.
Un débat récurrent dans un marché du travail en mutation
La question de la précarité des contrats courts n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée avec la crise économique post-Covid et les transformations du marché du travail. D’après les dernières données de la Dares, près de 80 % des embauches en 2025 concernaient des CDD, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène. Face à cette situation, le gouvernement a déjà engagé des réflexions sur une réforme de l’assurance-chômage, avec l’objectif de réduire la durée d’indemnisation pour les travailleurs en CDD fréquents.
Pour autant, les propositions de Cahuc et Carcillo ne font pas l’unanimité. Certains syndicats y voient une nouvelle attaque contre les droits des salariés, tandis que le patronat estime que les contraintes actuelles sur le CDI restent un obstacle majeur à l’embauche. « La flexibilité ne doit pas se traduire par une précarité accrue », a réagi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans un communiqué.
En attendant, la question de la précarité des contrats courts reste au cœur des préoccupations, tant pour les salariés que pour les décideurs politiques.
Le bonus-malus est un mécanisme qui ajuste le taux de cotisations chômage d’une entreprise en fonction de son taux de recours aux CDD. Les employeurs qui multiplient les contrats courts paient plus, tandis que ceux qui privilégient les CDI bénéficient de réductions. Ce système vise à inciter les entreprises à stabiliser leurs effectifs.