Lors du Congrès de la Fifa qui s’est tenu jeudi à Vancouver, au Canada, une tension a éclaté entre le président de la fédération palestinienne de football, Jibril Rajoub, et un dirigeant israélien du football, Basim Sheikh Suliman. Selon Le Figaro, Rajoub a refusé de serrer la main à son homologue israélien et de poser à ses côtés pour une photo, malgré l’insistance de Gianni Infantino, le président de la Fifa.

Ce qu'il faut retenir

  • Jibril Rajoub, président de la fédération palestinienne de football (PFA), a refusé toute interaction avec Basim Sheikh Suliman, dirigeant israélien, lors du Congrès de la Fifa à Vancouver.
  • Le refus a eu lieu malgré l’invitation répétée de Gianni Infantino, président de la Fifa, pour une photo officielle.
  • La PFA a déposé un recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour sanctionner Israël concernant ses clubs évoluant dans les colonies illégales de Cisjordanie.
  • En octobre 2024, des experts des Nations unies avaient exhorté la Fifa à respecter le droit international sur ce dossier.
  • Rajoub a justifié son refus en évoquant la destruction des infrastructures sportives à Gaza et la mort de sportifs palestiniens.

Un incident diplomatique lors d’un événement sportif international

Le Congrès de la Fifa à Vancouver a été marqué par un moment de friction entre les représentants palestiniens et israéliens du football. Après que Jibril Rajoub et Basim Sheikh Suliman se sont chacun adressés aux délégués depuis la tribune, Gianni Infantino a tenté de les réunir pour une photo symbolique. Malgré ses multiples invitations, Rajoub a systématiquement décliné, refusant même de serrer la main à son homologue israélien.

L’incident survient dans un contexte où les relations entre les deux fédérations sont déjà tendues. La PFA reproche à la Fifa de ne pas avoir sanctionné Israël pour la présence de clubs israéliens dans les colonies de Cisjordanie, jugées illégales au regard du droit international. Une position que Rajoub a rappelée lors de son discours, soulignant l’injustice perçue dans le traitement réservé aux clubs palestiniens.

La Cisjordanie, terrain de conflit qui dépasse le cadre sportif

La Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, est le théâtre de violences quotidiennes et de tensions persistantes. Selon la PFA, au moins huit clubs israéliens évoluent dans des colonies situées en Cisjordanie, ce qui constitue une violation des statuts de la Fifa, censés garantir l’équité sportive et le respect du droit international.

En octobre 2024, des experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies avaient appelé la Fifa à « respecter le droit international » et à sanctionner Israël pour ces clubs. Ces mêmes experts avaient identifié plusieurs clubs israéliens évoluant dans les colonies, une situation que la PFA considère comme une entrave à la pratique du football palestinien.

Les arguments de Rajoub : justice et équité pour le football palestinien

Interrogé par des journalistes après son refus de poser avec Basim Sheikh Suliman, Jibril Rajoub a réitéré ses revendications. « Ce qu’il se passe en Palestine est horrible : la destruction de toutes les installations sportives à Gaza, les meurtres de centaines de sportifs palestiniens, des employés… Il est temps de rendre justice », a-t-il déclaré. « La personne qui parlait au nom d’Israël ne faisait même pas attention à toutes ces souffrances. J’ai refusé de lui serrer la main. Comment aurais-je pu prendre une photo avec une telle personne ? »

Rajoub a également demandé à la Fifa d’appliquer ses statuts « avec équité et logique », soulignant que la situation actuelle favorisait les clubs israéliens au détriment des clubs palestiniens, contraints de jouer dans des conditions précaires. Pour lui, ce refus symbolique s’inscrit dans une lutte plus large pour la reconnaissance des droits du football palestinien.

La réponse de la Fifa et les enjeux à venir

Gianni Infantino, dont la réélection à la tête de la Fifa est prévue pour 2027, a tenté de désamorcer la tension en insistant sur la nécessité de dialogue entre les deux parties. Cependant, le président de la Fifa n’a pas encore pris position publiquement sur la demande de sanction de la PFA concernant les clubs israéliens en Cisjordanie.

Le dossier devrait revenir sur le devant de la scène lors des prochaines réunions du Conseil de la Fifa. La décision du Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi par la PFA, pourrait également influencer l’issue du conflit. Pour l’instant, la Fifa reste en position de médiation, tout en évitant de trancher publiquement sur un sujet aussi sensible.

Et maintenant ?

La PFA pourrait intensifier ses actions juridiques et médiatiques pour faire pression sur la Fifa. Une décision du TAS est attendue dans les prochains mois, ce qui pourrait contraindre l’instance dirigeante à revoir sa position sur la participation des clubs israéliens en Cisjordanie. Quant à Gianni Infantino, il devra naviguer entre les attentes des fédérations membres et les impératifs de neutralité politique, un exercice délicat dans un contexte aussi polarisé.

Le Congrès de Vancouver a ainsi mis en lumière les divisions persistantes au sein du football international, où les enjeux sportifs se mêlent à des questions géopolitiques bien plus larges. Si la Fifa parvient à éviter une crise ouverte, le dossier des clubs en Cisjordanie reste un sujet explosif, susceptible de resurgir à tout moment.

La PFA considère que ces clubs, situés dans des colonies jugées illégales par le droit international, violent les statuts de la Fifa. Elle demande leur exclusion des compétitions israéliennes et une sanction contre la fédération israélienne pour non-respect des règles d’équité sportive.

La Fifa devra examiner la décision du Tribunal arbitral du sport (TAS), saisie par la PFA. Une réunion du Conseil de la Fifa est également attendue dans les prochains mois pour statuer sur l’avenir des clubs israéliens en Cisjordanie.