Entre l'Antiquité et le XVIIe siècle, les couches de l'histoire de Toulon se superposent dans le secret des sols. Alors que la base navale de la Marine nationale s'apprête à accueillir un géant des mers, le futur porte-avions « France libre », des fouilles archéologiques préventives menées sur place depuis l'automne 2025 viennent d'offrir un aperçu inédit des premières occupations humaines de cette rade méditerranéenne. Selon Franceinfo - Culture, ces recherches, réalisées par l'Inrap dans une zone destinée à devenir le cœur opérationnel du futur bâtiment, ont permis de mettre au jour des vestiges remontant jusqu'au IIe siècle avant notre ère, bien avant même la fondation de Telo Martius, l'ancêtre de l'actuelle ville de Toulon.
Ce qu'il faut retenir
- Des fouilles archéologiques préventives sont en cours sur la base navale de Toulon, dans la zone où sera stationné le futur porte-avions « France libre » à partir de 2035.
- Les vestiges découverts remontent à l'époque antique, entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle ap. J.-C., révélant des habitations et des aménagements intérieurs comme des foyers.
- Parmi les objets découverts figurent une bague à incrustation d'ambre et une divinité ailée gravée, ainsi que des fragments de vaisselle et d'amphores en provenance d'Italie.
- Le futur porte-avions, d'un poids estimé à 80 000 tonnes, doit entrer en service en 2038.
- Ces fouilles, les premières de cette envergure dans cette enceinte militaire, s'achèveront dans quelques semaines avant de laisser place à de nouvelles investigations en mer.
Une zone militaire sous surveillance archéologique
La base navale de Toulon, l'une des plus importantes de la Marine nationale, s'apprête à vivre une transformation majeure. En 2035, elle accueillera le « France libre », le futur porte-avions qui remplacera le Charles-de-Gaulle. Mais avant que ce géant de près de 80 000 tonnes ne prenne place dans le paysage, une équipe d'archéologues de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ausculte le sol. « On se situe au sud-ouest de la base navale, explique Christophe Boucher, ingénieur en chef du service d'infrastructure de la Défense Méditerranée. Dans huit ans, le porte-avions se situera juste à côté de nous, le vaisseau amiral du futur de la Marine. » Une cohabitation temporelle entre passé et futur, où chaque strate archéologique raconte une page de l'histoire.
Le chantier, encore en friche avec ses cailloux et ses flaques de boue, abrite aujourd'hui les traces d'une occupation humaine continue depuis plus de 2 000 ans. Autour des soubassements de murs en pierre, les archéologues ont identifié plusieurs phases d'habitation, notamment entre le Ier et le IIIe siècle après J.-C. « Les constructions que l'on a sous les yeux sont des vestiges d'habitation, précise Thomas Navarro, responsable scientifique de la fouille pour l'Inrap. Leur fouille permet de révéler quelques aménagements intérieurs, notamment des foyers qui sont très régulièrement implantés dans les angles de pièce et qui témoignent probablement d'une répartition de noyaux familiaux dans chacun des modules mis en évidence. »
Des découvertes qui redessinent l'histoire de Toulon
Parmi les artefacts les plus remarquables figure une bague en métal, aujourd'hui brisée, ornée d'une incrustation probablement en ambre et d'une fine gravure représentant une divinité ailée. « On a notamment cette petite bague cassée qui est munie d'une incrustation probablement en ambre, et celle-ci est gravée d'une toute petite divinité ailée », décrit Thomas Navarro. Autre élément intrigant : la présence de fragments de vaisselle et d'amphores en terre cuite, dont certains proviennent d'Italie. Une découverte qui intrigue les chercheurs, comme l'explique Souen Fontaine, archéologue : « Ça redessine le paysage culturel de cette période-là. Ce sera bien évidemment à approfondir avec la fin de la fouille et puis avec toutes les études qui vont suivre pendant les deux années de post-opération, qui permettront de mieux définir comment ces Romains, venus de la péninsule italique, se sont installés sur cette île. »
Ces artefacts suggèrent que la région, alors dominée par les Grecs de Marseille, entretenait des liens commerciaux plus étroits avec l'Italie qu'on ne le pensait jusqu'à présent. « Ça montre une dynamique d'échanges plus large que ce qu'on imaginait pour cette zone », ajoute Souen Fontaine. Les fouilles, toujours en cours, devraient livrer de nouveaux indices sur la vie quotidienne des habitants de cette époque, ainsi que sur leur organisation sociale et économique.
Du XVIIe siècle à aujourd'hui : une île devenue forteresse
Longtemps avant de devenir une base navale stratégique, l'île de Toulon fut transformée en site militaire sous l'impulsion de Louis XIV. Les fouilles ont permis de redécouvrir des vestiges de cette époque, comme un magasin à poudre datant du XVIIe siècle, encore visible en bordure du chantier. Ce bâtiment, l'un des premiers de la base navale, témoigne de l'importance stratégique de la rade pour la couronne française. « Bien après cette époque antique, c'est au XVIIe siècle que cette île est devenue un site militaire, voulu par Louis XIV, et dont on peut encore admirer l'un des tous premiers bâtiments », rappelle un responsable des fouilles.
Le chantier actuel, qui s'achèvera dans quelques semaines, marquera une nouvelle étape : des investigations seront ensuite menées en mer, dans la rade de Toulon. Objectif ? Étudier les fonds marins avant le creusement nécessaire pour permettre le passage du « France libre ». Une opération complexe qui nécessitera une coordination entre archéologues, ingénieurs militaires et autorités locales.
Ces découvertes rappellent que l'histoire de Toulon ne se limite pas à sa vocation militaire. Elles offrent une fenêtre sur un passé méconnu, où cette rade méditerranéenne fut un carrefour de civilisations. « Ce sera bien évidemment à approfondir », soulignent les archéologues, conscient que chaque vestige apporte une nouvelle pièce au puzzle.
Les fouilles préventives actuellement menées sur la base navale de Toulon devraient s'achever d'ici quelques semaines. Elles seront suivies de deux années d'études post-opérationnelles, destinées à analyser les artefacts découverts et à publier les résultats des recherches.