Un rapport parlementaire congolais, dont RFI a obtenu copie, révèle que les tensions aux frontières de la République démocratique du Congo (RDC) s’étendent bien au-delà du conflit avec le Rwanda. Ces incursions, impliquant aussi bien des armées étrangères que des groupes armés, dessinent une carte des frictions territoriales aussi complexe que préoccupante.
Ce qu'il faut retenir
- Des soldats zambiens occupent des localités dans la province du Tanganyika
- Des milices centrafricaines mènent des opérations dans le Bas-Uele
- L’armée sud-soudanaise réalise des incursions dans le Haut-Uele
- Des milliers de Congolais ont été expulsés d’Angola ces derniers mois
- Ces mouvements illustrent une multiplication des tensions frontalières en Afrique centrale
Un rapport qui éclaire l’ampleur des tensions régionales
Selon les informations recueillies par RFI, les difficultés aux frontières de la RDC ne se limitent pas au conflit avec Kigali, souvent mis en avant dans les médias. Le rapport parlementaire congolais met en lumière une diversité de menaces qui pèsent sur plusieurs provinces du pays, chacune confrontée à une forme d’intrusion étrangère ou de milice transfrontalière. « Les frontières de la RDC ne sont plus seulement un enjeu sécuritaire avec le Rwanda, mais un véritable puzzle géopolitique », a souligné un député congolais ayant participé à l’élaboration du document.
La province du Tanganyika, à l’est du pays, est notamment concernée par la présence de militaires zambiens, qui occupent désormais plusieurs localités. Une situation qui s’ajoute aux tensions récurrentes entre les deux pays, notamment autour de questions minières et territoriales. Dans le Bas-Uele, ce sont des milices centrafricaines qui opèrent, profitant de l’instabilité chronique de leur pays pour s’infiltrer en RDC et y commettre des exactions.
Des incursions qui s’intensifient dans le nord-est
Dans le Haut-Uele, c’est l’armée sud-soudanaise qui multiplie les incursions, officiellement pour traquer des groupes rebelles opérant de part et d’autre de la frontière. Ces opérations, bien que présentées comme des mesures de sécurité, sont dénoncées par Kinshasa comme des violations répétées de l’intégrité territoriale congolaise. « Ces incursions sont inacceptables et constituent une provocation », a réagi un porte-parole du gouvernement congolais, sans pour autant préciser les mesures envisagées pour y mettre fin.
Côté ouest, la situation n’est pas plus apaisée. Des milliers de Congolais ont été expulsés d’Angola ces derniers mois, dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays. Les raisons invoquées par Luanda restent floues, mais les associations de défense des droits de l’homme évoquent des expulsions massives sans garantie de retour ou de compensation. « Nous avons enregistré plus de 5 000 expulsions depuis le début de l’année », a déclaré un responsable local sous couvert d’anonymat.
La multiplication de ces incidents soulève une question centrale : comment la RDC, déjà en proie à des conflits internes, peut-elle gérer simultanément des menaces extérieures aussi diverses ? Les réponses dépendront en grande partie de la capacité de Kinshasa à obtenir des garanties diplomatiques, mais aussi à sécuriser durablement ses frontières.
Le Tanganyika (avec la présence de militaires zambiens), le Bas-Uele (milices centrafricaines) et le Haut-Uele (incursions sud-soudanaises) sont les provinces les plus concernées, selon le rapport parlementaire congolais.