Près de deux ans après le début du conflit entre Israël et le Hamas, la bande de Gaza s’apprête à célébrer l’Aïd al-Adha dans des conditions dramatiques. Selon Euronews FR, les déplacés de Khan Younis et de Deir al-Balah subissent de plein fouet l’inflation galopante et les pénuries, rendant impossible l’achat des animaux sacrificiels traditionnels.
Ce qu'il faut retenir
- Un mouton de 40 kg coûte jusqu’à 8 000 dollars à Gaza, un prix inabordable pour la majorité des familles déplacées.
- Avant la guerre, un mouton valait environ 100 dollars ; aujourd’hui, certains atteignent 10 000 dollars.
- Les animaux survivent en se nourrissant d’ordures, faute de fourrage accessible et abordable.
- Les organisations humanitaires alertent sur l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans l’enclave.
- Les déplacés peinent également à se procurer des vêtements pour leurs enfants avant les fêtes.
Des prix hors de portée pour les familles déplacées
Dans les marchés de Deir al-Balah et de Khan Younis, où se pressent chaque jour des habitants en quête de denrées, les étals de moutons et de chèvres restent désespérément vides de clients. Abdelrahman al-Farra, déplacé de Khan Younis, témoigne auprès d’Euronews FR : « Un mouton de 40 kilos coûte désormais jusqu’à 8 000 dollars. Avec les salaires gelés et les économies épuisées, personne ne peut se permettre d’en acheter. » Avant le conflit, un animal de cette taille s’achetait pour quelques centaines de dollars.
La situation s’est encore dégradée ces dernières semaines. Nabil Bassiouny, un autre habitant de Khan Younis, raconte : « Un mouton qui valait environ 100 dollars avant la guerre peut aujourd’hui atteindre 10 000 dollars. Les éleveurs, eux-mêmes touchés par la crise, refusent de brader leurs bêtes, faute de pouvoir les nourrir correctement. »
Des animaux réduits à se nourrir de déchets
Autour de Khan Younis, la scène est révélatrice de l’effondrement des chaînes d’approvisionnement. Dans un camp de déplacés, des moutons et des chèvres errent entre les tentes, fouillant les poubelles à la recherche de restes. « Les aliments pour bétail sont devenus si chers que plus personne ne peut en acheter », explique un observateur local. Les sacs de nourriture animale, autrefois vendus quelques dollars, coûtent désormais plusieurs centaines, un luxe inaccessible pour les familles comme pour les éleveurs.
Les conséquences sont immédiates : les animaux maigrissent, leur viande perd en qualité, et les risques sanitaires augmentent. Les organisations vétérinaires locales signalent une hausse des maladies animales, faute de soins et de vaccins.
Des fêtes sans tradition ni joie
Pour Eilat al-Othmana, mère de trois enfants installée dans un camp de tentes, l’Aïd al-Adha ne sera qu’un pâle reflet des célébrations passées. « Dans le nord de Gaza, avant la guerre, on se réunissait en famille, on partageait la viande avec nos voisins. Aujourd’hui, je fouille dans des vêtements déchirés pour habiller mes enfants. On ne parle même plus de viande. » La jeune femme se souvient des repas copieux, des vêtements neufs achetés pour l’occasion, et de l’ambiance festive qui régnait dans les rues. « Autant dire que tout cela appartient à un autre temps. »
Les distributions humanitaires, bien que présentes, ne suffisent pas à combler les besoins. Les colis alimentaires, souvent composés de denrées de base comme la farine ou le riz, n’incluent pas de viande. Les familles doivent choisir entre acheter un peu de viande pour l’Aïd ou nourrir leurs enfants pendant plusieurs jours.
Selon les dernières estimations de l’ONU, près de 80 % de la population de Gaza dépend aujourd’hui de l’aide humanitaire pour survivre. L’inflation, alimentée par la destruction des infrastructures et les restrictions d’accès aux marchandises, continue de s’aggraver, tandis que les stocks de denrées de base s’amenuisent. Les négociations en cours pour un cessez-le-feu durable pourraient, si elles aboutissent, permettre une réouverture progressive des points de passage et un retour partiel des approvisionnements. En attendant, les habitants de Gaza doivent composer avec un quotidien où chaque décision relève du sacrifice.
Comme le rappellent régulièrement les acteurs humanitaires sur place, la situation actuelle n’est pas seulement une crise alimentaire, mais un effondrement systémique des moyens de subsistance. Les familles de Gaza, privées de leurs revenus et de leurs foyers, doivent désormais faire face à une inflation record et à une pénurie de biens essentiels, alors que la saison des fêtes ne devrait apporter aucun répit à leur détresse.
Plusieurs facteurs expliquent cette flambée des prix. D’abord, la destruction des infrastructures agricoles et vétérinaires a réduit les capacités de production locale. Ensuite, les restrictions d’accès aux importations, aggravées par le conflit, limitent l’arrivée de nouveaux animaux ou de nourriture pour le bétail. Enfin, la monnaie locale, la livre égyptienne, a perdu une grande partie de sa valeur face au dollar, rendant les importations encore plus coûteuses. Les éleveurs, confrontés à des coûts de production exorbitants, répercutent ces hausses sur les prix de vente.
Plusieurs acteurs humanitaires sont mobilisés, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Unicef, la Croix-Rouge internationale et des ONG locales comme Islamic Relief ou Médecins du Monde. Leurs actions incluent des distributions de nourriture, d’eau potable, de kits d’hygiène et de vêtements, ainsi que des soins médicaux. Cependant, leurs ressources sont limitées face à l’ampleur des besoins, et une partie de la population reste inaccessible en raison des combats ou des restrictions de mouvement.