Selon Ouest France, la question de la pertinence des découpages générationnels traditionnels se pose avec acuité. Alors que les catégories comme la génération Z ou Alpha sont couramment utilisées pour décrire des groupes d’âge aux caractéristiques supposées communes, leur cohérence et leur utilité réelles font débat. Pour éclairer ce sujet, la chercheuse Suzy Canivenc apporte son analyse, soulignant les limites de cette approche.
Ce qu'il faut retenir
- La notion de génération, bien qu’ancrée dans les discours médiatiques, manque souvent de fondement scientifique précis.
- Les catégories comme la génération Z ou Alpha sont fréquemment associées à des traits de personnalité ou comportementaux, sans preuve solide.
- Suzy Canivenc, chercheuse spécialisée, interroge la légitimité de ces découpages, jugés parfois artificiels.
- Les variations individuelles au sein d’une même génération rendent ces catégories peu représentatives.
Un concept ancré dans l’histoire, mais questionné par la science
Les découpages générationnels, popularisés au XXe siècle, reposent sur l’idée que des groupes d’âge partagent des expériences communes capables de façonner leur vision du monde. Pourtant, comme le rappelle Suzy Canivenc, ces catégories – de la génération silencieuse à la génération Alpha – reposent souvent sur des stéréotypes plutôt que sur des données tangibles. « Les générations sont des constructions sociales, non des réalités biologiques », précise-t-elle.
Selon les travaux de la chercheuse, ces découpages reflètent davantage des enjeux marketing ou médiatiques que des différences objectives. Par exemple, attribuer une « nature numérique » à la génération Z relève davantage d’un cliché que d’une observation rigoureuse. Les comportements varient en réalité bien plus selon l’éducation, le milieu social ou les trajectoires individuelles que par simple effet d’âge.
Les limites des critères traditionnels
Les générations sont généralement définies par des années de naissance précises : la génération X couvre par exemple les personnes nées entre 1965 et 1980. Or, comme le souligne Canivenc, ces intervalles arbitraires ne reflètent pas les bouleversements sociétaux contemporains, comme l’accélération des changements technologiques ou économiques. Un individu né en 1979 et un autre en 1981 peuvent ainsi avoir des parcours radicalement différents, malgré leur appartenance supposée à la même génération.
Autre écueil : l’homogénéité présumée des groupes. Les études montrent que les différences entre individus d’une même génération sont souvent plus marquées que celles observées entre générations distinctes. « On attribue à la génération Z une supposée familiarité avec le numérique, mais cette caractéristique masque des inégalités criantes d’accès aux technologies », explique la chercheuse.
Pourquoi ces catégories persistent-elles malgré tout ?
Malgré leurs faiblesses méthodologiques, les découpages générationnels restent utilisés pour leur simplicité et leur pouvoir évocateur. Les médias, les entreprises et même les institutions s’en servent pour cibler des publics, vendre des produits ou orienter des politiques publiques. « Ces catégories répondent à un besoin de classification dans un monde complexe », note Canivenc.
Cependant, leur persistance interroge. Dans un contexte où les inégalités sociales et territoriales prennent le pas sur les différences d’âge, leur utilité devient de plus en plus discutable. Certains sociologues proposent d’ailleurs d’abandonner ces étiquettes au profit d’analyses plus fines, centrées sur les trajectoires individuelles plutôt que sur des tranches d’âge prédéfinies.
Suzy Canivenc, dont les travaux sont cités par Ouest France, appelle à une réflexion collective sur la pertinence de ces découpages. « Plutôt que de s’en tenir à des étiquettes figées, il serait plus judicieux d’étudier comment les individus s’adaptent aux transformations de leur époque », conclut-elle. Une approche qui pourrait, à terme, rendre ces catégories obsolètes.
