Alors que la Géorgie célébrait le 26 mai son 35e anniversaire de l’indépendance, obtenue en 1991 après la chute de l’URSS, des milliers de manifestants se sont rassemblés dans les rues de Tbilissi pour dénoncer le gouvernement. Selon Le Figaro, ces mobilisations, organisées à l’occasion du jour de l’indépendance, ont pris une tournure politique avec l’accusation portée contre le pouvoir en place d’éloigner le pays de son objectif d’adhésion à l’Union européenne.
Les cortèges, rassemblant des citoyens brandissant des drapeaux géorgiens et européens, ont défilé dans le centre de la capitale avant de se regrouper devant le Parlement. Une forte présence policière a été déployée, comme l’a constaté un journaliste de l’AFP sur place. Ces manifestations surviennent dans un contexte de tensions persistantes depuis les élections législatives de 2024, remportées une nouvelle fois par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, mais contestées par l’opposition pro-européenne.
Ce qu'il faut retenir
- 35 ans d’indépendance célébrés le 26 mai 2026, dans un climat de crise politique persistante depuis 1991.
- Plusieurs milliers de manifestants ont défilé à Tbilissi pour dénoncer une dérive autoritaire du gouvernement, accusé d’entraver l’adhésion à l’UE.
- Les élections législatives de 2024, remportées par le parti du Rêve géorgien, restent contestées par l’opposition pro-européenne.
- Les manifestants réclament un rapprochement avec l’UE, brandissant des slogans comme « Nous sommes l’Europe » et des portraits de l’ancien président Mikhaïl Saakachvili, emprisonné.
- Le gouvernement rejette les accusations d’autoritarisme et affirme poursuivre son rapprochement avec Bruxelles, tout en dénonçant des tentatives de déstabilisation par l’opposition.
Un mouvement contestataire enraciné dans l’histoire récente du pays
La Géorgie, indépendante depuis 1991, traverse une période de troubles politiques depuis plus de deux ans. Les élections législatives de 2024, qui ont vu la victoire du parti au pouvoir, ont été vivement contestées par l’opposition pro-européenne. Cette dernière accuse le gouvernement de dérive autoritaire et de freiner les ambitions européennes du pays. Les manifestations, bien que moins massives qu’en 2024, restent régulières et symbolisent la fracture politique entre le pouvoir et une partie de la société civile.
Ces rassemblements s’inscrivent dans une dynamique plus large de mécontentement social. Les opposants dénoncent un gouvernement qui, selon eux, s’éloigne des valeurs démocratiques et des standards européens. « Nous sommes dans la rue depuis plus de 500 jours et nous continuerons à y descendre aussi longtemps qu’il le faudra pour défendre l’avenir européen de la Géorgie », a déclaré Maïa Khidecheli, une étudiante de 20 ans, à l’AFP.
Des revendications européennes et des figures emblématiques en arrière-plan
Les manifestants ont arboré des slogans clairs : « Nous sommes l’Europe ». Certains portaient des portraits de Mikhaïl Saakachvili, ancien président pro-occidental emprisonné depuis 2021 pour abus de pouvoir. Sa figure, malgré son incarcération, reste un symbole fort pour une partie de l’opposition. Les pancartes et banderoles reflétaient une volonté unanime : que la Géorgie s’aligne sur les valeurs européennes, notamment en matière de démocratie et de droits humains.
Parmi les participants, Irakli Nanadzé, un chimiste de 59 ans, a affirmé : « Le peuple finira par l’emporter. Aucun gouvernement autoritaire ne peut résister à un peuple uni – et nous sommes unis. » Ces déclarations illustrent l’espoir d’une victoire populaire face à ce que l’opposition considère comme un pouvoir illégitime. Les organisateurs, issus d’une alliance de partis d’opposition, tentent depuis peu de surmonter leurs divisions pour présenter un front uni face au gouvernement.
Un gouvernement qui rejette les accusations et pointe du doigt l’opposition
Le gouvernement géorgien, représenté par le parti du Rêve géorgien, rejette catégoriquement les accusations d’autoritarisme. Il affirme poursuivre une politique de rapprochement avec l’Union européenne, tout en dénonçant les tentatives de déstabilisation orchestrées par l’opposition. Selon les autorités, ces mobilisations visent à prendre le pouvoir par la force et à pousser le pays dans une confrontation inutile avec la Russie.
Depuis 2024, des manifestations de petite ampleur se déroulent régulièrement à Tbilissi. Leur fréquence et leur intensité ont diminué par rapport aux grandes protestations qui avaient suivi les élections contestées. Le gouvernement évoque un essoufflement naturel du mouvement, tandis que l’opposition y voit une stratégie pour minimiser la portée des revendications populaires.
Le gouvernement, de son côté, pourrait chercher à renforcer son discours pro-européen pour apaiser les critiques, tout en maintenant sa ligne politique. L’équilibre entre les aspirations européennes de la population et les orientations du pouvoir restera au cœur des débats dans les mois à venir.
Un pays tiraillé entre deux visions
La Géorgie se trouve aujourd’hui à un carrefour. D’un côté, une partie de la population, notamment les jeunes et les classes urbaines, aspire à une intégration rapide à l’Union européenne, perçue comme un gage de stabilité et de prospérité. De l’autre, le gouvernement, soutenu par une frange de la population, privilégie une approche plus prudente, soucieuse de ne pas heurter Moscou, dont l’influence dans la région reste forte.
Les récentes déclarations de Bruxelles, mettant en garde contre les lois jugées liberticides – comme celle sur les « agents de l’étranger » – montrent que l’adhésion de la Géorgie à l’UE n’est pas acquise. Alors que l’Ukraine avance dans son processus d’adhésion, la Géorgie semble, au contraire, s’éloigner de cet objectif. Ce décalage pourrait alimenter davantage les tensions internes dans les mois à venir.
Des mobilisations qui reflètent une société en quête de sens
Ces manifestations ne sont pas seulement politiques : elles traduisent une quête identitaire pour une partie de la population géorgienne. Le pays, situé à la croisée de l’Europe et de l’Asie, cherche depuis son indépendance à se définir entre ces deux influences. Les drapeaux européens brandis par les manifestants symbolisent cette volonté de s’ancrer dans l’espace démocratique occidental.
Pourtant, le chemin reste semé d’embûches. Les divisions politiques, les pressions extérieures et les incertitudes économiques rendent le paysage politique géorgien particulièrement complexe. Dans ce contexte, les prochaines échéances électorales et les décisions prises par Bruxelles seront déterminantes pour l’avenir du pays.
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La situation en Géorgie reste donc sous haute surveillance, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Entre espoirs européens et réalités politiques locales, les Géorgiens continuent de descendre dans la rue pour faire entendre leur voix, tandis que le pouvoir tente de maintenir son autorité. L’équilibre entre ces deux forces pourrait bien façonner l’avenir du pays pour les années à venir.
Bruxelles a plusieurs fois exprimé ses inquiétudes quant aux dérives autoritaires en Géorgie, notamment à travers la loi sur les « agents de l’étranger », jugée incompatible avec les standards démocratiques européens. L’UE a averti que cette loi mettait en péril les perspectives d’adhésion du pays, comme l’a rapporté Le Figaro.
Bien qu’emprisonné depuis 2021, Mikhaïl Saakachvili reste une figure emblématique pour l’opposition pro-européenne. Son portrait est régulièrement brandi lors des manifestations, symbolisant la lutte pour la démocratie et l’intégration européenne. Son nom est associé à une période de réformes pro-occidentales dans les années 2000.