La justice québécoise a rendu un verdict historique en condamnant l’ex-producteur Gilbert Rozon à verser 880 780 dollars canadiens (environ 550 000 euros) à huit des neuf plaignantes qui l’accusaient d’agressions sexuelles. Ce jugement, prononcé le 31 mars 2026 par la Cour supérieure du Québec, marque la conclusion d’une saga judiciaire de plus de deux décennies, comme le rapporte Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Condamnation à 880 780 dollars canadiens (environ 550 000 euros) pour huit plaignantes sur neuf.
  • Les faits reprochés couvrent des agressions sexuelles commises entre les années 1980 et le milieu des années 2010.
  • Les victimes, âgées de 15 à 35 ans au moment des faits, étaient rassemblées sous le collectif « Les Courageuses ».
  • Le montant octroyé reste bien inférieur aux 14 millions de dollars réclamés par les plaignantes.
  • Gilbert Rozon, 71 ans, est une figure connue du milieu de l’humour québécois et français, notamment pour sa participation à l’émission « La France a un incroyable talent » sur M6.

La somme allouée, bien que significative, reste en deçà des demandes des victimes, qui réclamaient un total de 14 millions de dollars canadiens (environ 8,7 millions d’euros). Selon Le Devoir, cité par Courrier International, cette décision est perçue comme une « victoire majeure » par les plaignantes, réunies sous la bannière du collectif « Les Courageuses ».

Ces femmes accusent Gilbert Rozon de harcèlement et d’agressions sexuelles sur une période s’étendant des années 1980 au milieu des années 2010. Leurs témoignages, regroupés pour la première fois dans un même procès, ont permis de mettre en lumière des faits remontant parfois à plusieurs décennies. Pourtant, malgré la mobilisation du collectif, la justice québécoise n’a pas donné suite à une action collective contre l’ex-producteur, qui a toujours nié les accusations portées à son encontre.

Ce verdict intervient plus de cinq ans après l’acquittement de Gilbert Rozon dans une affaire de viol, prononcée en décembre 2020. À l’époque, l’ex-magnat de l’humour québécois, également connu pour avoir fondé le festival Juste pour rire, avait été innocenté. Cette décision avait suscité une vive émotion parmi les associations féministes et les victimes d’agressions sexuelles, avant que de nouvelles plaintes ne soient déposées et que ce procès groupé ne soit finalement engagé.

« Ce jugement est une victoire majeure, pour nous comme pour l’ensemble des victimes de violences sexuelles. » — Collectif « Les Courageuses »

Pour les neuf plaignantes, ce procès représentait une opportunité de faire reconnaître les violences subies, malgré les difficultés inhérentes à la prescription des faits anciens. Leur combat, porté par la solidarité et la résilience, a permis de briser l’omerta autour de pratiques systématiques au sein du milieu du divertissement. Le collectif « Les Courageuses » avait tenté, sans succès, de faire reconnaître une action collective, mais cette condamnation individuelle marque nonetheless un tournant dans leur quête de justice.

Gilbert Rozon, qui a exercé une influence majeure dans le paysage culturel québécois et français, reste une figure controversée. Sa participation à des émissions télévisées en France, comme « La France a un incroyable talent » sur M6, avait contribué à sa notoriété internationale. Pourtant, derrière cette image publique se cachaient des allégations de comportements prédateurs, aujourd’hui partiellement reconnus par la justice.

Et maintenant ?

Cette condamnation ouvre la voie à d’éventuelles actions en justice supplémentaires de la part des victimes, bien que le délai de prescription ait limité le nombre de plaignantes entendues. Le collectif « Les Courageuses » pourrait également poursuivre son engagement pour faire évoluer la législation québécoise sur les violences sexuelles, notamment en facilitant la reconnaissance des victimes dont les traumatismes se sont manifestés tardivement. Une audience de détermination de la peine est attendue dans les prochaines semaines, sans que la date exacte n’ait encore été communiquée.

Ce jugement s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des abus de pouvoir dans le milieu artistique, où les victimes osent désormais briser le silence. Pour Gilbert Rozon, cette condamnation pourrait entraîner des répercussions sur sa réputation et ses activités professionnelles, bien que ses avocats aient déjà annoncé leur intention de faire appel.

La Cour supérieure du Québec a estimé que les preuves présentées ne justifiaient pas l’intégralité des 14 millions de dollars réclamés par les plaignantes. Le tribunal a appliqué les règles en vigueur concernant l’évaluation des dommages et intérêts, en tenant compte des preuves disponibles et des critères juridiques applicables.

Les plaignantes pourraient demander des indemnisations supplémentaires pour des préjudices non couverts par ce jugement, ou engager des poursuites individuelles complémentaires. Leur avocat a indiqué qu’elles restaient déterminées à faire reconnaître l’ampleur des violences subies, malgré les limites imposées par la prescription.