La guerre en Iran, qui s’est intensifiée depuis plusieurs mois, continue de produire des répercussions économiques et sociales en Asie du Sud-Est. Selon Courrier International, les pays de la région, très dépendants des ressources en hydrocarbures du Golfe arabo-persique, subissent désormais une inflation accrue due aux perturbations des approvisionnements. À cela s’ajoute une nouvelle menace : la baisse des transferts financiers des travailleurs expatriés installés au Moyen-Orient, un équilibre déjà précaire du marché du travail.
Les Philippines figurent parmi les nations les plus exposées. Premier pourvoyeur de main-d’œuvre d’Asie du Sud-Est pour le Moyen-Orient, le pays comptait en janvier 2026 quelque 1,1 million de Philippins vivant dans cette région. Les transferts des expatriés y représentaient 8 % du PIB en 2024, un apport financier essentiel pour des milliers de familles. Pourtant, la guerre a déjà fait deux victimes philippines en Israël, tandis que 4 200 Philippins ont été rapatriés depuis le début du conflit.
Ce qu'il faut retenir
- 1,1 million de Philippins vivaient au Moyen-Orient en janvier 2026, selon le ministère des Travailleurs migrants philippin.
- Les transferts des expatriés représentaient 8 % du PIB des Philippines en 2024.
- 4 200 Philippins ont été rapatriés depuis le début de la guerre en Iran.
- En Indonésie, 2 300 ressortissants sur les 32 000 enregistrés ont été rapatriés.
- Un salaire mensuel de 500 dollars pour une employée de maison philippine au Qatar équivaut à quatre ou cinq fois un revenu local.
- Le gouvernement philippin explore des alternatives pour ses travailleurs, avec plus de 200 000 emplois potentiels en Asie, Afrique, Europe ou Amériques.
Une dépendance économique mise à mal par la guerre
L’inflation et les perturbations des chaînes d’approvisionnement en hydrocarbures ont déjà fragilisé les économies d’Asie du Sud-Est. Les pays de la région, dont la croissance dépend fortement des exportations de pétrole et de gaz en provenance du Golfe, subissent désormais une hausse des prix des carburants et des produits de base. « Une baisse des transferts de fonds risque d’éroder le pouvoir d’achat des ménages et de peser sur la consommation privée », met en garde Toru Nishihama, économiste en chef chargé des économies émergentes à l’Institut de recherche Dai-ichi Life à Tokyo. Pour les Philippines, où la consommation privée est l’un des principaux moteurs de la croissance, cette situation pourrait aggraver une économie déjà affectée par la hausse des coûts énergétiques.
Les transferts financiers des travailleurs expatriés constituent un filet de sécurité pour des millions de familles. « Les employés de maison philippins gagnent un salaire minimum de 500 dollars par mois au Qatar, soit de quatre à cinq fois plus que ce qu’ils pourraient espérer chez eux », explique Norma Tactacon, une employée de maison philippine interrogée par la BBC. Son choix de rester sur place, malgré les risques liés aux bombardements, s’explique par la nécessité de financer les études de ses trois enfants restés aux Philippines.
Des rapatriements en hausse, mais une majorité reste sur place
Malgré les dangers, la plupart des travailleurs philippins et d’autres pays d’Asie du Sud-Est ont choisi de demeurer au Moyen-Orient. Selon Nikkei Asia, seulement une minorité a opté pour un retour anticipé. En Indonésie, où 32 000 ressortissants étaient enregistrés au Moyen-Orient en début d’année, 2 300 personnes ont déjà été rapatriées. « De nombreux autres Indonésiens sans papiers seraient actuellement dans les pays du Golfe », souligne le quotidien The Nation.
Le cas des Philippines illustre cette tendance. « Les travailleurs migrants sont guidés par la nécessité économique », souligne Ryszard Cholewinski, spécialiste des questions migratoires au bureau régional de l’Organisation internationale du travail à Beyrouth. « Ils doivent continuer à subvenir aux besoins de leurs familles restées au pays grâce aux transferts de fonds. » Une pression financière qui explique pourquoi beaucoup préfèrent affronter l’incertitude plutôt que de renoncer à un revenu vital.
La recherche de destinations alternatives
Face à l’insécurité croissante, certains gouvernements prennent des mesures pour protéger leurs ressortissants. Le ministère de l’Emploi thaïlandais a ainsi suspendu les départs de travailleurs vers le Moyen-Orient, selon The Nation. De son côté, le gouvernement philippin tente de diversifier les destinations pour sa main-d’œuvre. Le ministre des Travailleurs migrants, Hans Leo Cacdac, négocie actuellement l’ouverture de plus de 200 000 emplois en Asie, en Afrique, en Europe ou sur le continent américain, rapporte Sun Star.
Cette stratégie soulève cependant des défis logistiques et culturels. « Nous devrons peut-être examiner la volonté des Philippins de s’essayer à des marchés encore peu explorés, comme l’Asie centrale, l’Europe de l’Est, l’Afrique ou l’Amérique latine », estime Jeremaiah Opiniano, directeur exécutif de l’Institut pour la migration et les enjeux de développement à Manille. Les critères tels que la langue, l’affinité culturelle ou la distance joueront un rôle clé dans ces nouvelles orientations.
Quant aux pays du Golfe, leur capacité à rassurer les travailleurs étrangers sur leur sécurité dépendra en grande partie de l’évolution du conflit en Iran. Une issue diplomatique ou un apaisement des tensions pourrait inciter certains expatriés à rester, tandis qu’une escalade du conflit risquerait d’accélérer les départs définitifs.
Les salaires proposés dans les pays du Golfe, comme le Qatar ou l’Arabie saoudite, sont bien plus élevés que ceux disponibles localement. Pour des familles entières, ces revenus représentent une manne financière indispensable, souvent supérieure à ce qu’elles pourraient gagner en restant dans leur pays d’origine. Malgré les dangers liés à la guerre en Iran, la nécessité économique prime pour la majorité des travailleurs.
Manille explore actuellement des opportunités d’emploi dans des régions moins exposées aux conflits, comme l’Asie, l’Afrique, l’Europe ou les Amériques. Plus de 200 000 postes potentiels sont en cours de négociation, mais des critères comme la langue, la culture ou la distance devront être pris en compte pour faciliter l’intégration des travailleurs.