Lors d’une interview accordée à Europe Today sur Euronews FR, Xavier Bettel, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, a confronté Viktor Orbán au sujet de la loi hongroise de 2021 ciblant les personnes LGBT. « Être gay n’est pas un choix, mais être homophobe est un choix », a-t-il déclaré, résumant l’affrontement verbal qui a opposé les deux dirigeants lors d’une réunion des dirigeants de l’UE à Bruxelles.
Ce qu'il faut retenir
- Xavier Bettel, ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, a accusé Viktor Orbán de promouvoir une loi « homophobe » lors d’une interview sur Euronews FR.
- Cette loi, adoptée en Hongrie en 2021, interdit la diffusion de contenus liés à l’homosexualité ou à la transidentité, au nom de la « protection de l’enfance ».
- La Cour de justice de l’UE a jugé cette semaine que cette législation « stigmatise et marginalise » les personnes LGBTQ+, violant les traités européens.
- Bettel a comparé cette politique à celles des régimes fascistes, évoquant un parallèle avec les persécutions antisémites et anti-Roms du passé.
- Orbán n’a pas répondu lors de l’échange, selon Bettel, qui a souligné l’absence de réaction dans une salle où régnait un « silence » gêné.
Une loi hongroise au cœur des tensions européennes
Adoptée en 2021 par le Parlement hongrois, la loi anti-LGBT de Viktor Orbán interdit la diffusion de contenus montrant des personnes homosexuelles ou transgenres à la télévision, dans les écoles ou les médias publics. Le gouvernement hongrois justifiait cette mesure par la nécessité de « protéger les mineurs », une rhétorique que Bettel a qualifiée de fallacieuse. « J’ai dit à Viktor à ce moment-là que je n’étais pas devenu gay parce que je regardais la télévision », a-t-il rétorqué lors de son intervention, rapporte Euronews FR.
Cette législation, largement condamnée par les institutions européennes et les organisations de défense des droits humains, a donné lieu à une procédure juridique inédite. Dès son adoption, la Commission européenne et 15 États membres ont saisi la Cour de justice de l’UE pour violation des traités européens. Parmi les griefs retenus : l’atteinte aux valeurs fondamentales de l’UE, notamment la dignité humaine, la liberté et l’égalité, garanties par l’article 2 du traité de Lisbonne.
La Cour de justice européenne donne raison aux détracteurs de Budapest
Dans un arrêt rendu le 21 avril 2026, la plus haute juridiction européenne a statué que la loi hongroise « stigmatise et marginalise » les personnes LGBTQ+, enfreignant ainsi les principes mêmes de l’Union. Les juges ont souligné que cette réglementation, en plus de limiter la liberté d’expression, portait atteinte à l’égalité et aux droits des minorités, des principes inscrits dans les fondements de l’UE. « Faire de la politique en blâmant quelqu’un me rappelle sérieusement comment cela a commencé avec le peuple juif, puis avec les Roms, etc. », a commenté Bettel, établissant un parallèle historique avec les mécanismes de stigmatisation des minorités.
Cette décision intervient alors que les ministres des Affaires étrangères des États membres se réunissaient à Luxembourg pour discuter, entre autres sujets, des valeurs européennes. La veille de cette réunion, la Cour de justice a rendu son verdict, marquant une étape supplémentaire dans le bras de fer entre Bruxelles et Budapest. La loi hongroise, qualifiée de « dangereusement similaire » à une législation russe adoptée en 2013, avait déjà suscité l’indignation de nombreux pays, dont les dirigeants avaient dénoncé une dérive autoritaire et discriminatoire.
Un silence éloquent à Bruxelles
L’échange entre Bettel et Orbán lors du Conseil européen de 2021 reste gravé dans les mémoires. Selon le ministre luxembourgeois, lorsque ce dernier a interpellé directement Orbán sur les conséquences de cette loi, le Premier ministre hongrois est resté silencieux. « C’était une réponse très claire de la part de Viktor, car d’habitude il répond toujours et il n’a pas répondu », a expliqué Bettel. « Dans la salle de réunion, il y a eu un silence lorsque j’ai pris la parole, car la question n’était pas à l’ordre du jour. » Cette absence de réaction, inhabituelle pour un dirigeant connu pour son franc-parler, a été interprétée comme un aveu de faiblesse par plusieurs observateurs.
Bettel, qui fut lui-même Premier ministre du Luxembourg de 2013 à 2023, a rappelé que son engagement pour les droits des minorités ne découlait pas de son orientation sexuelle, mais de la conviction que « c’est toujours plus facile de se battre contre le plus petit groupe dans certains pays ». « Ce n’est pas parce que je suis gay que je me bats pour les droits des homosexuels, mais c’est parce que je me bats pour les minorités », a-t-il précisé. Une position qui tranche avec les discours conservateurs portés par Orbán, dont la politique a souvent été pointée du doigt pour son hostilité envers les communautés LGBTQ+.
Un débat qui dépasse la Hongrie
Les déclarations de Bettel surviennent alors que l’Union européenne tente de concilier respect des droits fondamentaux et souveraineté nationale, un équilibre de plus en plus fragile. La loi hongroise n’est pas un cas isolé : plusieurs États membres, comme la Pologne avec ses « zones sans idéologie LGBT », ont adopté des mesures similaires, bien que moins restrictives. Ces politiques interrogent sur la capacité de l’UE à faire respecter ses valeurs face aux montées des discours populistes et conservateurs dans certains pays.
Pour les associations de défense des droits humains, l’arrêt de la Cour de justice représente une victoire, mais elles appellent les États membres à aller plus loin. « Les mots doivent maintenant se traduire par des actes », a souligné une responsable d’ILGA-Europe, citée par Euronews FR. La pression sur Budapest va-t-elle s’intensifier, ou l’UE préférera-t-elle temporiser pour éviter une crise majeure ? La réponse pourrait façonner l’avenir même de la construction européenne.
Alors que les ministres des Affaires étrangères se réunissaient à Luxembourg, le débat sur l’homophobie d’État en Europe a pris une dimension nouvelle. La condamnation juridique de la loi hongroise rappelle que les valeurs de l’UE ne sont pas de simples déclarations d’intention, mais des principes devant être défendus. Reste à savoir si cette victoire juridique suffira à faire évoluer les mentalités dans un continent où les droits des minorités restent un champ de bataille politique.
La procédure la plus directe serait l’activation de l’article 7 du traité de Lisbonne, qui permet de suspendre certains droits d’un État membre en cas de violation grave et persistante des valeurs européennes. Cependant, cette mesure nécessite l’unanimité des autres États, ce qui est peu probable compte tenu du soutien dont bénéficie Viktor Orbán. Une autre option serait des amendes financières, bien que leur efficacité reste limitée sans une volonté politique forte de Bruxelles.
Plusieurs États membres ont adopté des mesures restrictives envers les personnes LGBTQ+, bien que moins radicales que la loi hongroise. En Pologne, plus de 100 collectivités locales se sont déclarées « zones sans idéologie LGBT » depuis 2019. En revanche, la condamnation juridique de Budapest pourrait freiner ces initiatives, du moins temporairement, en renforçant le cadre légal de l’UE contre les discriminations.