Paris, 27 mai 2026 — Le ministre de la Justice, Éric Darmanin, et l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, désormais candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, ont tous deux détaillé ces derniers jours des propositions en matière d’immigration. Ces annonces, qui s’inscrivent dans un contexte politique tendu, se heurtent à des obstacles constitutionnels et pratiques, selon Le Monde.
Ce qu'il faut retenir
- Un « moratoire » sur les régularisations est évoqué, mais son application reste floue et potentiellement anticonstitutionnelle.
- Le regroupement familial ferait l’objet d’un durcissement des conditions, notamment sur les critères de ressources et de logement.
- Les deux personnalités, aux ambitions présidentielles opposées, défendent des mesures similaires sur le papier, mais avec des nuances.
- Le Conseil constitutionnel pourrait être saisi pour trancher sur la conformité de ces propositions à la Constitution.
- Ces annonces interviennent alors que le débat sur l’immigration occupe une place centrale dans la campagne électorale.
Des propositions phares, mais aux contours incertains
Éric Darmanin, en poste au ministère de la Justice, a relancé l’idée d’un moratoire sur les régularisations de sans-papiers, une mesure déjà évoquée par certains responsables politiques ces dernières années. D’après Le Monde, cette proposition viserait à suspendre temporairement les régularisations pour « reprendre le contrôle » des flux migratoires. Cependant, son application se heurterait à un obstacle de taille : le Conseil constitutionnel a déjà rappelé à plusieurs reprises que les régularisations, encadrées par la loi, ne peuvent être suspendues sans base juridique solide.
Gabriel Attal, quant à lui, a mis en avant un renforcement des conditions pour le regroupement familial, un dossier récurrent dans les discussions sur l’immigration. Le candidat a notamment insisté sur la nécessité de vérifier les ressources financières des familles et la stabilité du logement des demandeurs. « Les conditions actuelles ne garantissent pas une intégration réussie », a-t-il déclaré lors d’un meeting à Lyon le 20 mai. Ces mesures s’inscrivent dans une logique de « responsabilité collective », a-t-il ajouté.
Un débat constitutionnel qui s’annonce
Les deux propositions, bien que portées par des personnalités politiques de bords différents, soulèvent des questions similaires sur leur faisabilité juridique. Le Conseil constitutionnel, saisi à plusieurs reprises sur des sujets migratoires, a déjà invalidé des textes jugés trop restrictifs. Comme le rapporte Le Monde, l’un des arguments avancés par les opposants à ces mesures est que le droit à une vie familiale normale, protégé par la Constitution, pourrait être menacé par un durcissement des critères.
— Autant dire que la route sera semée d’embûches pour ces propositions. — Certains constitutionnalistes estiment même qu’un moratoire sur les régularisations pourrait être considéré comme une rupture du principe d’égalité devant la loi, ce qui en ferait une mesure anticonstitutionnelle. D’autres soulignent que le regroupement familial, déjà strictement encadré par le code de l’entrée et du séjour des étrangers, ne nécessite pas de nouvelles restrictions.
Un enjeu politique majeur en vue de 2027
Ces annonces interviennent à moins d’un an de l’élection présidentielle, un calendrier qui n’est sans doute pas étranger à leur timing. Éric Darmanin, fils du ministre de l’Intérieur, et Gabriel Attal, figure montante de la majorité présidentielle jusqu’en 2024, misent tous deux sur une ligne dure en matière d’immigration pour séduire leur électorat. Selon Le Monde, leurs propositions s’inscrivent dans une stratégie de « recentrage » après des années de débats houleux sur le sujet.
Les deux hommes ont d’ailleurs multiplié les prises de parole ces dernières semaines pour marquer leur position. Darmanin a évoqué la nécessité de « lutter contre les abus » dans les demandes d’asile, tandis qu’Attal a insisté sur la « responsabilité de la France à accueillir dignement, mais sans naïveté ». Bref, autant de formules destinées à rassurer une partie de l’opinion publique, tout en évitant de braquer les défenseurs des droits humains.
Pour l’heure, aucune date n’a été avancée pour un éventuel dépôt de projet de loi. Reste à voir si ces annonces, plus symboliques que concrètes, suffiront à marquer durablement le paysage politique avant 2027.
Pour un regroupement familial, l’étranger doit justifier de ressources stables et suffisantes, disposer d’un logement décent répondant aux normes de salubrité, et prouver la filiation ou le lien familial avec le demandeur. Le délai d’instruction est généralement de 6 à 12 mois, selon le préfet.
Non. Plusieurs gouvernements ont évoqué l’idée, notamment en 2023, mais aucun moratoire général n’a été instauré. Les régularisations se font au cas par cas, selon des critères définis par la loi.