Près de huit Français sur dix accordent désormais une importance significative aux risques climatiques lors de l’achat d’un bien immobilier. Selon une étude OpinionWay pour le réseau Orpi, 77 % des sondés déclarent que ces aléas — canicules, inondations ou érosion côtière — « entrent en compte dans leur décision d’achat au sein de leur territoire ».
Ce qu'il faut retenir
- 77 % des Français prennent en compte les risques climatiques dans leur recherche immobilière, dont 36 % « beaucoup » et 41 % « un peu »
- Les seniors (78 % des 65 ans et plus) sont plus sensibles à ces enjeux que les jeunes (69 % des 18-24 ans)
- Les habitants des zones rurales (78 %) et urbaines (75 %) accordent une importance similaire à ces critères
- Face à la pénurie de logements, 72 % des Français acceptent au moins une concession majeure : réduction de surface, budget augmenté, éloignement du centre-ville ou travaux
- L’étude OpinionWay, réalisée sur 1 000 répondants, présente une marge d’incertitude de 1,4 à 3,1 points
Cette sensibilité accrue s’explique notamment par la volonté des ménages de s’inscrire dans une démarche durable. « Les risques climatiques ne sont plus un sujet marginal, mais un critère central pour une majorité de Français », analyse un porte-parole d’Orpi. Les données, publiées ce 29 mai 2026, reflètent une évolution marquante dans les attentes des acheteurs, alors que le marché immobilier traverse une période de tension avec une offre de logements limitée.
Une sensibilité plus marquée chez les plus âgés
Le sondage révèle un clivage générationnel inattendu : les 65 ans et plus sont 78 % à intégrer ces risques dans leur choix, contre seulement 69 % chez les 18-24 ans. Un écart qui s’explique par des logiques distinctes. « Les seniors, souvent propriétaires depuis plusieurs décennies, ont une vision de long terme », souligne l’étude. Pour eux, l’achat d’un bien vise à assurer une transmission familiale ou à garantir un habitat stable pour les années à venir, d’où une attention accrue aux phénomènes climatiques durables comme l’élévation du niveau de la mer ou la multiplication des épisodes de canicule.
À l’inverse, les jeunes acheteurs, parfois primo-accédants, semblent moins prioriser ces critères — même si près de sept sur dix y restent attentifs. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette différence : des projets immobiliers plus modestes, une mobilité professionnelle plus forte ou une perception moindre des risques à long terme, moins ancrée dans les pratiques.
Pas de clivage rural-urbain, mais des attentes distinctes
Contrairement aux idées reçues, la localisation géographique n’influence pas significativement la prise en compte des risques climatiques. Que ce soit en milieu rural (78 %) ou en grande ville (75 %), les Français adoptent une approche similaire. En revanche, les préoccupations varient selon les zones : les habitants des littoraux s’inquiètent davantage des submersions marines, tandis que ceux des grandes agglomérations craignent davantage les îlots de chaleur urbains.
« Le critère climatique devient universel, transcendant les clivages territoriaux », commente un expert en immobilier. Cette uniformisation reflète une prise de conscience collective, amplifiée par les alertes répétées des scientifiques et des médias sur les conséquences du réchauffement climatique.
Des concessions inévitables sur le marché actuel
Face à une offre immobilière insuffisante et à des prix élevés, les acheteurs sont prêts à faire des compromis. 72 % des sondés admettent accepter au moins une concession majeure pour concrétiser leur projet. Parmi les ajustements les plus fréquents :
- 31 % accepteraient de réduire la surface souhaitée pour trouver un logement adapté aux risques climatiques
- 30 % augmenteraient leur budget initial pour accéder à une zone moins exposée
- 30 % s’éloigneraient du centre-ville ou de leur lieu de travail pour privilégier un environnement plus sûr
- 25 % opteraient pour un bien nécessitant des travaux de rénovation ou de protection
« Ces concessions montrent que le critère climatique est devenu un impératif, mais qu’il se heurte à la réalité économique du marché », précise l’étude. Les ménages doivent arbitrer entre leurs aspirations et les contraintes du terrain, dans un contexte où les biens parfaitement adaptés restent rares.
Une étude sous haute vigilance statistique
Réalisée par OpinionWay auprès de 1 000 répondants, cette enquête présente une marge d’incertitude allant de 1,4 à 3,1 points. Un chiffre à prendre en compte pour interpréter les résultats, même si la tendance générale — une sensibilité croissante aux risques climatiques — apparaît solidement établie. « Les marges d’erreur sont classiques pour ce type de sondage, mais elles ne remettent pas en cause la dynamique observée », tempère un statisticien d’OpinionWay.
Les données ont été collectées dans un contexte où les phénomènes climatiques extrêmes — canicules précoces, inondations dévastatrices ou tempêtes à répétition — se multiplient en France. Ces événements, de plus en plus médiatisés, renforcent la crédibilité des craintes exprimées par les Français.
Pour l’heure, les acteurs de l’immobilier devront composer avec cette nouvelle donne. « Le marché doit s’adapter, sous peine de voir une partie de la demande se tourner vers la location ou reporter ses projets », avertit un agent immobilier parisien.
Cette étude, publiée alors que la France s’apprête à connaître un été potentiellement marqué par des épisodes caniculaires, rappelle que l’adaptation au changement climatique dépasse désormais le cadre des politiques publiques pour s’imposer comme un enjeu individuel.
Selon l’étude, les principaux risques pris en compte par les acheteurs sont les vagues de chaleur (mentionnées par 68 % des sondés), les inondations (59 %) et l’érosion côtière (32 %). Les risques sismiques ou les feux de forêt, bien que réels dans certaines régions, arrivent en retrait dans les préoccupations.