Un important terminal pétrolier russe situé sur la mer Noire, à Novorossiisk, a été la cible d’une attaque de drones ukrainiens dans la nuit du dimanche 5 au lundi 6 avril 2026. Selon The Moscow Times, relayé par Courrier International, les incendies qui en ont résulté ont été confirmés par des images satellitaires de la Nasa, tandis que l’agence Bloomberg a documenté une chute brutale des exportations pétrolières russes en mars.

Ce qu'il faut retenir

  • Le terminal pétrolier de Sheskharis, à proximité du port de Novorossiisk, a été touché par une attaque ukrainienne de drones dans la nuit du 5 au 6 avril 2026, provoquant un incendie majeur.
  • Ce terminal, exploité par Transneft, traite entre 3,5 et 4,5 millions de tonnes de pétrole brut par mois, soit environ 1 million de barils par jour.
  • Les exportations maritimes de pétrole russe ont chuté de 43 % entre le 22 et le 29 mars 2026, passant de 4,072 à 2,318 millions de barils par jour.
  • L’Ukraine cible délibérément ces infrastructures pour réduire les revenus énergétiques de Moscou, exploitant la flambée des prix du brut depuis le début de la guerre en Iran.
  • Depuis novembre 2025, le terminal de Novorossiisk a été visé à deux reprises, et début mars 2026, des frappes avaient déjà stoppé les chargements de pétrole.

Une attaque ciblée contre un pilier des exportations russes

Le terminal de Sheskharis, situé à proximité du port de Novorossiisk, est le plus grand port pétrolier russe de la mer Noire. Exploité par Transneft, il joue un rôle clé dans les exportations de Moscou, avec un traitement mensuel de 3,5 à 4,5 millions de tonnes de pétrole brut. « Novorossiisk est le point d’arrivée du réseau d’oléoducs russe », rappelle Bloomberg, soulignant son importance stratégique.

L’attaque ukrainienne, menée à l’aide de drones de grande envergure, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à perturber les infrastructures énergétiques russes. The Kyiv Independent confirme que Kiev a récemment bombardé plusieurs terminaux pétroliers russes, tant sur les côtes de la mer Baltique que de la mer Noire. L’objectif affiché est clair : « réduire la capacité du Kremlin à exporter du pétrole et à tirer des profits exceptionnels de la flambée mondiale des prix du brut », précise le média ukrainien.

Une chute historique des exportations en mars

Les calculs de Bloomberg révèlent une baisse sans précédent des exportations maritimes russes de pétrole en mars 2026. La semaine du 22 au 29 mars, les exportations sont tombées à 2,318 millions de barils par jour, contre 4,072 millions la semaine précédente, soit une chute de 43 %. Seuls 22 pétroliers ont été affrétés durant cette période, soit 15 de moins que la semaine précédente. « Les frappes incessantes de drones sur les ports pétroliers ont fait chuter les exportations à leur plus bas niveau depuis deux mois », analyse l’agence.

Cette baisse s’ajoute à une tendance déjà marquée : depuis le début de la guerre en Iran, qui a exacerbé les tensions géopolitiques et fait flamber les prix du brut, l’Ukraine multiplie les attaques contre les infrastructures pétrolières russes. En novembre 2025, le terminal de Novorossiisk avait déjà été visé, entraînant l’arrêt temporaire des chargements. Début mars 2026, de nouvelles frappes avaient provoqué des incendies et perturbé les opérations.

Un enjeu économique et géopolitique majeur

Les attaques ukrainiennes ne se limitent pas à une réponse militaire : elles visent aussi à frapper économiquement la Russie. « Kiev cherche à réduire la capacité du Kremlin à exporter du pétrole et à tirer des profits exceptionnels de la flambée mondiale des prix du brut », explique The Kyiv Independent. Depuis le début du conflit, Moscou a largement financé sa guerre en Ukraine grâce aux revenus tirés des exportations d’hydrocarbures, malgré les sanctions internationales.

Le terminal de Novorossiisk, qui représente jusqu’à 20 % des exportations maritimes de pétrole russe, est un maillon essentiel de cette chaîne. Son interruption, même temporaire, pèse sur les capacités logistiques de Moscou. « Il traite entre 3,5 et 4,5 millions de tonnes de pétrole brut par mois, soit environ 1 million de barils par jour », précise The Moscow Times. Une interruption prolongée pourrait donc avoir des répercussions significatives sur les recettes budgétaires russes.

« Ces frappes s’inscrivent dans une stratégie délibérée pour asphyxier les revenus énergétiques de la Russie. Chaque terminal détruit ou endommagé réduit un peu plus la capacité de Moscou à financer sa guerre. »
– Analyse de Bloomberg, citée par Courrier International

Un contexte régional marqué par les tensions

Ces attaques surviennent dans un contexte où les tensions énergétiques mondiales restent élevées. La guerre en Iran, qui a éclaté il y a deux ans, a provoqué une flambée des prix du pétrole, offrant à Moscou des marges de manœuvre financières malgré les sanctions. En ciblant les infrastructures portuaires russes, l’Ukraine tente de fragiliser ce levier économique, d’autant que les routes maritimes traditionnelles de la Russie sont déjà sous surveillance accrue.

Les images satellitaires de la Nasa, consultées par Bloomberg, confirment l’ampleur des incendies à Novorossiisk. Astra, un média indépendant russe, avait été le premier à signaler les frappes dans la nuit. Ces attaques illustrent aussi l’évolution des méthodes ukrainiennes, qui misent de plus en plus sur des drones de longue portée pour frapper en profondeur le territoire russe.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’impact réel de ces frappes sur les exportations russes. Si les perturbations se prolongent, Moscou pourrait être contraint de réorienter ses flux logistiques, ce qui prendrait plusieurs semaines. Par ailleurs, la réponse russe – militaire ou diplomatique – pourrait s’intensifier, notamment après une série d’attaques aussi ciblées. La communauté internationale surveillera aussi de près les réactions des marchés pétroliers, déjà volatils en raison des tensions au Moyen-Orient. Enfin, l’Ukraine pourrait accentuer ses opérations dans les prochains mois, en ciblant d’autres infrastructures stratégiques.

L’incendie de Novorossiisk rappelle que le conflit en Ukraine dépasse désormais le cadre militaire pour s’étendre à une guerre économique où chaque infrastructure énergétique devient un enjeu. Pour l’heure, les dégâts restent localisés, mais leurs conséquences pourraient se faire sentir bien au-delà des frontières russes.

L’Ukraine cherche à réduire les revenus énergétiques de la Russie, qui financent en grande partie sa guerre en Ukraine. En ciblant les ports pétroliers, Kiev perturbe les exportations de Moscou et affaiblit sa capacité à générer des profits, notamment depuis la flambée des prix du brut liée à la guerre en Iran.

La chute des exportations pétrolières en mars 2026 (-43 % en une semaine) réduit les recettes de l’État russe, déjà sous pression en raison des sanctions. Une interruption prolongée des terminaux comme celui de Novorossiisk pourrait aggraver la crise budgétaire et limiter la capacité de Moscou à financer sa guerre.