Le gouvernement indien a confirmé, via son directeur général des Chemins de fer, Dharmendra Tewari, que le premier tronçon de la future ligne à grande vitesse entre Surat et Vapi devrait entrer en service dès 2027, selon BFM Business. Ce segment, long d’une centaine de kilomètres, constituera la première étape d’un projet bien plus ambitieux : une liaison de 508 kilomètres reliant les mégapoles de Bombay et Ahmedabad, avec une mise en service complète prévue en 2028. Une échéance cruciale pour New Delhi, alors que le pays mise sur ce chantier pour moderniser son réseau ferroviaire, hérité en grande partie de l’ère coloniale britannique.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Japon finance à hauteur de 10,9 milliards d’euros — soit 80 % du coût total — ce projet ferroviaire indien à grande vitesse, avec un taux d’intérêt exceptionnellement bas de 0,1 %.
  • Le coût global du projet est passé de 17 milliards de dollars en 2015 à la même somme aujourd’hui, malgré des retards majeurs et la pandémie de Covid-19.
  • La ligne, qui reliera Bombay à Ahmedabad en moins de deux heures à 320 km/h, est conçue pour reléguer les actuels trajets de neuf heures en train et de quatre à cinq heures en avion.
  • Les Vande Bharat, trains « made in India » lancés en 2019, ont déjà transporté 40 millions de passagers en 2025 à 180 km/h, mais cette nouvelle ligne vise une vitesse supérieure.
  • L’Inde prévoit à terme 4 000 kilomètres de voies à grande vitesse, avec un transfert de technologie japonais pour une production locale.

Un réseau ferroviaire à bout de souffle, une modernisation devenue urgente

Avec un réseau de 132 000 kilomètres de voies et 8 000 gares, l’Inde possède le quatrième plus vaste système ferroviaire au monde. Pourtant, ce réseau, en grande partie hérité de la colonisation britannique, est aujourd’hui surchargé et vétuste. Les trains, souvent bondés, circulent à des vitesses moyennes d’à peine 100 km/h, et les pannes, incidents et accidents sont fréquents. En 2025, le Premier ministre indien Narendra Modi, arrivé au pouvoir en 2014, avait fait de la modernisation des chemins de fer une priorité nationale. Une première étape a été franchie avec le lancement des trains Vande Bharat, entièrement fabriqués en Inde et capables d’atteindre 180 km/h.

Le Japon, partenaire technologique de choix pour un projet pharaonique

Pour doter l’Inde d’un réseau à grande vitesse, New Delhi s’est tourné vers le Japon, leader mondial en la matière avec son Shinkansen, mis en service en 1964. Un accord historique a été signé fin 2015 entre Narendra Modi et l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, alors que la ligne devait initialement ouvrir en 2024. « Ce chantier sera une révolution pour les chemins de fer indiens et accélérera la marche de l’Inde vers l’avenir », avait alors déclaré Modi. Le Japon a convaincu l’Inde en proposant un financement avantageux : un prêt de 10,9 milliards d’euros à un taux d’intérêt de 0,1 %, couvrant 80 % des coûts, via l’Agence japonaise de coopération internationale. Le Shinkansen, qui n’avait été exporté jusqu’alors qu’à Taïwan, fera son entrée en Inde avec cette ligne, une première pour Tokyo.

Des défis techniques sans précédent pour l’Inde

La construction de la ligne Bombay-Ahmedabad, longue de 508 kilomètres, représente un défi technique majeur. Les travaux ont nécessité le percement de deux tunnels : un de 21 kilomètres sous des montagnes et un autre de sept kilomètres sous la mer, une première pour le pays. S’ajoutent à cela la construction de ponts, de viaducs et d’infrastructures adaptées à une vitesse de 320 km/h. La pandémie de Covid-19 a également ralenti les chantiers, entraînant des retards significatifs. Malgré ces obstacles, le gouvernement indien maintient l’objectif d’une ouverture complète en 2028, une échéance stratégique alors que l’État du Gujarat, dont est originaire Modi, accueillera les Jeux du Commonwealth en 2030 et vise l’organisation des Jeux Olympiques en 2036.

Une ambition industrielle et géopolitique

Au-delà de la modernisation des transports, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large : faire de l’Inde un acteur majeur de la construction ferroviaire. Les futurs trains, inspirés du Shinkansen mais adaptés aux contraintes locales, devraient être produits en Inde grâce à un transfert de technologies négocié avec le Japon dans le cadre de la politique « Make in India ». L’objectif est clair : concurrencer le géant chinois CRRC (China Railway Rolling Stock Corporation), actuel leader mondial du secteur. Cette collaboration indo-japonaise, officialisée cette semaine lors d’une visite de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi en Inde, s’inscrit dans un renforcement des liens économiques entre les deux pays. Pékin, de son côté, a réagi en soulignant que ces accords ne devaient « pas viser la Chine ni nuire à ses intérêts ».

Et maintenant ?

Le premier tronçon Surat-Vapi, long d’une centaine de kilomètres, devrait être opérationnel dès 2027, marquant une étape symbolique pour ce projet. Le gouvernement indien a indiqué que cette ligne servirait de modèle pour d’autres projets de grande vitesse, avec l’ambition de construire 4 000 kilomètres de voies supplémentaires. Cependant, aucun calendrier précis n’a été communiqué pour ces futurs chantiers. La réussite de cette première phase sera déterminante pour valider la faisabilité technique et économique du projet, alors que son coût a déjà dépassé les prévisions initiales. Reste à voir si l’Inde parviendra à tenir ses échéances, dans un contexte où les retards et les surcoûts sont devenus la norme pour les grands projets d’infrastructure.

Ce TGV indo-japonais symbolise ainsi bien plus qu’un simple projet ferroviaire : il incarne la volonté de New Delhi de s’imposer comme une puissance industrielle et technologique, tout en consolidant son partenariat avec Tokyo face à la montée en puissance de Pékin dans la région. La mise en service de la ligne Bombay-Ahmedabad, prévue en 2028, pourrait bien marquer un tournant pour l’avenir des transports en Inde et pour l’équilibre géopolitique en Asie.

Le Japon a été choisi pour son expertise unique en matière de grande vitesse ferroviaire, avec son Shinkansen, ainsi que pour les conditions financières très avantageuses proposées : un prêt à 0,1 % d’intérêt couvrant 80 % du coût. De plus, l’accord s’inscrit dans une stratégie de renforcement des liens économiques entre les deux pays, alors que l’Inde cherche à diversifier ses partenariats pour réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.

Les autorités indiennes estiment que cette ligne permettra de réduire les temps de trajet entre Bombay et Ahmedabad de plus de sept heures, facilitant ainsi les déplacements professionnels et les échanges économiques. À plus long terme, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de 4 000 kilomètres de voies à grande vitesse, visant à désenclaver des régions clés et à soutenir la croissance. Le gouvernement qualifie ces futures lignes de « connecteurs de croissance ».