Au nord de l’Inde, les monts Aravallis, dont la végétation luxuriante abritait autrefois une biodiversité riche, jouent un rôle écologique et climatique essentiel pour New Delhi. Selon RFI, ces reliefs, encore peuplés de léopards, d’hyènes et d’antilopes, agissent comme une barrière naturelle contre les vents brûlants en provenance du désert du Rajasthan. Leur dégradation progressive, liée à l’expansion des carrières et à l’urbanisation galopante, menace désormais l’équilibre de cette protection naturelle.
Ce qu'il faut retenir
- Les monts Aravallis protègent New Delhi des vents du Rajasthan, réduisant ainsi l’impact des vagues de chaleur.
- Leur écosystème abrite encore léopards, hyènes et antilopes, malgré une dégradation progressive.
- L’expansion des carrières minières et de l’urbanisation fragilise durablement cette barrière naturelle.
- New Delhi, capitale densément peuplée, dépend fortement de ce rempart pour son climat.
Un écosystème unique sous pression
Les monts Aravallis, s’étendant sur plus de 690 kilomètres à travers les États du Rajasthan, du Haryana, du Pendjab et du Gujarat, forment l’un des plus anciens massifs montagneux du monde. Selon RFI, leur couverture végétale, autrefois dense, a reculé de près de 40 % en un demi-siècle, en raison des activités humaines et des prélèvements de ressources. Les espèces emblématiques, comme le léopard indien ou l’hyène rayée, voient leur habitat se réduire comme une peau de chagrin, tandis que les sols, autrefois stables, s’érodent rapidement.
New Delhi : une capitale sous l’influence des Aravallis
New Delhi, enclavée dans une région semi-aride, bénéficie directement de l’effet tampon des Aravallis. Comme le rapporte RFI, ces reliefs atténuent la force des vents désertiques, limitant ainsi l’ensablement et la hausse des températures en ville. Sans cette protection, la capitale indienne serait exposée à des vagues de chaleur encore plus intenses, déjà parmi les plus élevées au monde. Les données météorologiques montrent que les températures maximales à New Delhi ont augmenté de 1,5 °C en moyenne depuis 2010, un phénomène partiellement atténué par la présence des Aravallis.
Les spécialistes rappellent que les monts jouent aussi un rôle dans la régulation des précipitations. Leur déforestation progressive pourrait, à terme, perturber le régime des moussons, vitales pour l’agriculture du nord du pays. — Une modification du climat local qui, selon les experts, serait difficilement compensable par des infrastructures artificielles.
L’urbanisation et les carrières, principaux ennemis des Aravallis
L’exploitation minière, notamment pour l’extraction de marbre, de granite et de sable, a pris une ampleur alarmante dans les Aravallis. D’après RFI, plus de 1 200 carrières y sont recensées aujourd’hui, contre une centaine il y a vingt ans. Ces activités non seulement dégradent les sols, mais fragmentent aussi les habitats naturels, isolant les populations animales. Par ailleurs, l’urbanisation incontrôlée, avec la construction de nouvelles zones résidentielles et industrielles autour de New Delhi, accentue la pression sur ces écosystèmes fragiles.
Les autorités locales tentent de freiner cette tendance. En 2021, la Cour suprême indienne a ordonné la fermeture de plusieurs centaines de mines illégales, mais le respect des décisions reste inégal. Les rapports environnementaux soulignent que moins de 30 % des carrières opèrent avec une autorisation légale, révélant un système de contrôle défaillant. — Autant dire que l’équilibre entre développement économique et préservation écologique reste précaire.
Les réactions et perspectives
Le ministre indien de l’Environnement, M. Bhupender Yadav, a indiqué lors d’une conférence de presse en mai 2026 que « la protection des Aravallis est une priorité nationale, mais que cela nécessite une approche collaborative entre les États concernés ». Il a ajouté que des fonds supplémentaires seraient alloués pour la restauration des sols, sans préciser de calendrier. Du côté des scientifiques, comme le Dr Anil Patel, écologiste basé à Jaipur, le constat est sans appel : « Sans une action immédiate, les Aravallis pourraient perdre 70 % de leur couverture végétale d’ici 2035 ».
En attendant, les habitants de New Delhi continuent de subir les conséquences indirectes de cette dégradation. Les pics de pollution, déjà parmi les plus élevés au monde, pourraient s’aggraver avec la disparition progressive du filtre naturel que constituent les Aravallis. Une équation complexe où l’urgence écologique se heurte aux impératifs économiques.