Depuis le début de l’année 2026, l’Indonésie fait face à une crise environnementale majeure : la déforestation tropicale a atteint des niveaux historiques en 2025. Selon Courrier International, relayant les données de l’ONG environnementale indonésienne Auriga Nusantara, le pays a perdu 433 751 hectares de forêt l’an dernier, soit une augmentation de 66 % par rapport à 2024. Ce chiffre, équivalent à plus de six fois la superficie de Jakarta, la capitale, confirme une tendance alarmante.

Les images satellites et les rapports d’ONG révèlent des paysages ravagés par les flammes et les bulldozers. Le 18 janvier 2026, à Lamno, dans la province d’Aceh, des colonnes de fumée s’élevaient encore au-dessus de zones autrefois recouvertes de forêts denses, aujourd’hui converties en plantations de palmiers à huile. Un phénomène qui, pour les experts, n’est pas une simple statistique, mais le signe d’une pression croissante sur les écosystèmes indonésiens.

Ce qu'il faut retenir

  • 433 751 hectares de forêt disparus en 2025, un bond de 66 % par rapport à 2024, selon Auriga Nusantara.
  • Cette perte équivaut à plus de six fois la superficie de Jakarta (environ 664 km²).
  • Les îles les plus touchées sont Kalimantan, Sumatra et la Papouasie, avec une accélération record dans cette dernière (+348 % par rapport à 2024).
  • Les données officielles du ministère de l’Environnement et des Forêts, arrêtées en septembre 2025, sous-estimaient la déforestation de 267 301 hectares.
  • Kalimantan, partie indonésienne de Bornéo, reste le principal foyer de déforestation depuis 2013.

Une crise confirmée par les ONG, contestée par les autorités

Les chiffres publiés fin mars 2026 par Auriga Nusantara ont provoqué un débat national. Alors que l’ONG indiquait une déforestation massive de 433 751 hectares, le ministère de l’Environnement et des Forêts avait, lui, avancé le chiffre de 166 450 hectares dans ses données provisoires de septembre 2025. Un écart de près de 270 000 hectares, soit plus de 1,5 fois la superficie de Paris, que les autorités attribuent à des différences méthodologiques.

Pour The Conversation Indonesia, cité par Courrier International, « ce chiffre n’est pas qu’une statistique : il signale la pression considérable qui s’exerce sur les paysages indonésiens ». Les experts pointent du doigt les plantations industrielles, l’exploitation minière et l’agriculture intensive comme principales causes de cette dégradation accélérée. En Papouasie, où la déforestation a progressé de 348 % en un an, les projets d’infrastructures et l’ouverture de nouvelles zones agricoles jouent un rôle clé.

Des régions sous pression, des écosystèmes en danger

Toutes les grandes îles indonésiennes sont concernées, mais certaines subissent des pertes bien plus rapides que d’autres. À Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, la déforestation reste un phénomène endémique depuis plus d’une décennie. « Depuis 2013, Kalimantan est le principal moteur de la déforestation en Indonésie », soulignait récemment le quotidien Kompas, l’un des plus lus du pays. La région, riche en biodiversité, abrite des espèces emblématiques comme l’orang-outan de Bornéo, menacé par la fragmentation de son habitat.

En Papouasie, l’augmentation spectaculaire de la déforestation s’explique par des politiques de développement économique agressives. Les autorités locales misent sur l’extension des cultures, notamment du palmier à huile, et sur des projets miniers pour stimuler la croissance régionale. Résultat : des forêts primaires, parmi les plus anciennes au monde, disparaissent à un rythme sans précédent. Les communautés autochtones, qui dépendent de ces écosystèmes pour leur survie, voient leurs terres ancestrales grignotées par les activités industrielles.

Un débat national sur la fiabilité des données

L’écart entre les chiffres du gouvernement et ceux des ONG a ravivé les tensions autour de la transparence environnementale en Indonésie. En septembre 2025, le ministère de l’Environnement et des Forêts avait présenté des données jugées « rassurantes » par le gouvernement, mais rapidement contestées par les observateurs indépendants. Certains y voient une tentative de minimiser l’ampleur de la crise pour ne pas nuire à l’image économique du pays, premier producteur mondial d’huile de palme.

Pour Auriga Nusantara, la publication de ces données vise à alerter l’opinion publique et à pousser les décideurs à agir. « Les forêts indonésiennes ne sont pas des ressources inépuisables », rappelait l’ONG dans son rapport. « Leur disparition menace non seulement la biodiversité, mais aussi les moyens de subsistance de millions de personnes ». Face à cette urgence, des voix s’élèvent pour exiger une révision des politiques forestières et un renforcement des sanctions contre les entreprises responsables de déforestation illégale.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des décisions prises par le gouvernement indonésien dans les mois à venir. Une réunion interministérielle est prévue pour le mois de mai 2026 afin d’examiner les écarts de données et d’envisager des mesures correctives. Les ONG, elles, appellent à une réforme en profondeur de la gestion des forêts, avec un accent sur la protection des zones critiques et la lutte contre l’exploitation illégale. Reste à savoir si Jakarta parviendra à concilier croissance économique et préservation environnementale, dans un contexte où la pression des investisseurs et des marchés internationaux reste forte.

En attendant, les images de forêts en feu et de paysages dévastés continuent de circuler, rappelant que la crise environnementale en Indonésie n’est pas une menace lointaine, mais une réalité quotidienne aux conséquences déjà visibles. Pour les experts, le temps presse : chaque hectare préservé aujourd’hui pourrait faire la différence demain.

L’Indonésie subit une déforestation massive en raison de plusieurs facteurs : l’expansion des plantations de palmiers à huile, l’exploitation minière, l’agriculture intensive et les projets d’infrastructures. Le pays est le premier producteur mondial d’huile de palme, une industrie qui nécessite le défrichage de vastes zones forestières. De plus, les politiques de développement économique, notamment en Papouasie et à Kalimantan, favorisent l’ouverture de nouvelles terres au détriment des écosystèmes naturels.

Les communautés autochtones et les populations rurales dépendent directement des forêts pour leur alimentation, leurs médicaments et leurs revenus. Leur disparition menace leurs moyens de subsistance et leur culture. Par ailleurs, la déforestation aggrave les risques de glissements de terrain, d’inondations et réduit la qualité de l’air, avec des répercussions sur la santé publique. Enfin, elle contribue à l’émission de gaz à effet de serre, aggravant le changement climatique.