Un verdict lourd de conséquences pour l’ancien ministre indonésien de l’Éducation et cofondateur de Gojek. Selon Courrier International, Nadiem Makarim a été condamné, le 30 juin 2026, à dix ans de prison par le tribunal anticorruption de Jakarta. L’accusation porte sur un abus d’autorité ayant causé un préjudice financier estimé à plus de 80 millions d’euros à l’État.

Ce qu'il faut retenir

  • Nadiem Makarim, cofondateur de Gojek et ancien ministre de l’Éducation indonésien, a été condamné à dix ans de prison pour corruption le 30 juin 2026.
  • Il est reconnu coupable d’avoir favorisé Google lors de l’attribution d’un marché public pour l’achat de Chromebooks pendant la pandémie de Covid-19.
  • Le préjudice financier pour l’État est évalué à plus de 80 millions d’euros, selon les estimations officielles.
  • En plus de sa peine de prison, il doit verser une amende de 50 000 euros et restituer 45 millions d’euros sous 30 jours, sous peine de cinq années supplémentaires de prison.
  • Le tribunal n’a pas retenu d’enrichissement personnel à son encontre.

L’affaire remonte à la période où Nadiem Makarim occupait le poste de ministre de l’Éducation, sous la présidence de Joko Widodo. À seulement 35 ans, il était alors le plus jeune ministre de l’histoire récente du pays. Cofondateur de Gojek — souvent présenté comme « l’Uber indonésien » et première licorne du pays — il incarnait une figure majeure du numérique indonésien. Son parcours ministériel s’est pourtant achevé sur un scandale judiciaire retentissant.

Les faits reprochés concernent l’attribution d’un contrat public pour l’achat de 270 000 ordinateurs Chromebook, destinés à l’enseignement à distance pendant la pandémie de Covid-19. Selon l’accusation, Nadiem Makarim aurait utilisé son influence pour favoriser Google, en échange des investissements que le géant américain avait réalisés dans Gojek plusieurs années auparavant. Une décision qui, selon les procureurs, a causé un préjudice financier massif à l’État indonésien.

Les pertes sont estimées à plus de 80 millions d’euros, une somme qualifiée d’astronomique par les médias locaux comme Times Indonesia. Pourtant, l’argumentaire de l’accusation s’appuierait davantage sur un « ensemble de suppositions » que sur une « véritable chaîne de preuves », soulignant ainsi les limites du dossier établi par les autorités.

Dans son verdict, le tribunal anticorruption de Jakarta n’a retenu aucune preuve d’un enrichissement personnel de Nadiem Makarim. Cependant, la condamnation repose sur la notion d’abus d’autorité ayant entraîné un préjudice financier pour l’État. La justice indonésienne a ainsi considéré que l’ancien ministre avait outrepassé ses prérogatives pour servir des intérêts privés, au détriment des finances publiques.

Outre la peine de prison, le tribunal a assorti sa décision d’une amende de 50 000 euros. Mais c’est la mesure de restitution qui frappe par son ampleur : Nadiem Makarim doit rembourser 45 millions d’euros, soit l’équivalent de 809 milliards de roupies indonésiennes. Ce montant doit être versé dans un délai d’un mois à compter du verdict. À défaut, une peine supplémentaire de cinq années de prison lui sera infligée, portant alors sa détention totale à quinze ans.

Cette affaire illustre les tensions persistantes entre les ambitions du secteur technologique indonésien et les exigences de transparence dans la gestion des fonds publics. Gojek, devenue un symbole de l’innovation numérique en Asie du Sud-Est, voit son image ternie par le scandale impliquant l’un de ses cofondateurs. Le procès de Nadiem Makarim intervient dans un contexte de renforcement des contrôles anti-corruption en Indonésie, où les autorités multiplient les enquêtes contre les élites politiques et économiques.

Pour l’opinion publique, cette condamnation envoie un signal fort : aucun profil, fussent-il celui d’un jeune prodige du numérique, ne sera épargné par la justice en cas de manquement grave. Les observateurs soulignent cependant que la procédure judiciaire a parfois peiné à établir des preuves tangibles, laissant planer un doute sur la solidité des charges retenues contre l’ancien ministre.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de cette affaire restent à préciser. Si Nadiem Makarim décide de faire appel du verdict, la procédure pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Par ailleurs, la restitution des 45 millions d’euros dans le délai imparti constituera un test pour les autorités, qui devront confirmer leur capacité à recouvrer des fonds publics dans des affaires de grande ampleur. Enfin, cette condamnation pourrait influencer les futures nominations ministérielles, dans un pays où les profils issus du secteur privé sont de plus en plus sollicités pour moderniser l’administration.

Cette décision judiciaire intervient dans un paysage politique indonésien déjà marqué par des tensions entre les partisans d’une réforme anticorruption et ceux qui défendent une approche plus pragmatique, notamment dans les secteurs stratégiques comme le numérique. Reste à voir si ce verdict marquera un tournant dans la lutte contre la corruption en Indonésie, ou s’il sera perçu comme une exception dans un système où les réseaux d’influence restent puissants.

Gojek est une plateforme indonésienne de services numériques, fondée en 2010, qui propose notamment des services de transport, de livraison de repas et de paiements électroniques. Elle est souvent comparée à « l’Uber indonésien » en raison de son modèle économique similaire. Gojek est devenue la première licorne indonésienne, c’est-à-dire une start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars, et un symbole de l’innovation technologique en Asie du Sud-Est.

Nadiem Makarim dispose d’un délai d’un mois pour verser la somme de 45 millions d’euros à l’État indonésien. À défaut, il devra purger cinq années supplémentaires de prison, portant sa peine totale à quinze ans. Par ailleurs, il peut faire appel du verdict dans les délais légaux, ce qui pourrait prolonger la procédure judiciaire de plusieurs mois.