Alors que l'Iran s'engage dans une intensification de ses opérations militaires et de sa stratégie régionale, Mohammad Bagher Ghalibaf s'impose comme l'une des figures les plus influentes du régime de Téhéran. Selon nos confreres de BFM Business, ce lundi 23 mars 2026, le président du Parlement iranien a été reçu en entretien par Annalisa Cappellini dans le cadre de sa chronique quotidienne pour l'émission Good Morning Business. Une séquence médiatique qui intervient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, marqué par une escalade des tensions avec Israël, une implication accrue dans les conflits en Syrie et au Yémen, ainsi qu'une crise économique persistante liée aux sanctions internationales. Autant dire que la trajectoire de Ghalibaf, ancien commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la révolution et plusieurs fois ministre, cristallise les enjeux de pouvoir au sein d'un régime à la fois isolé sur la scène internationale et déterminé à préserver son influence au Moyen-Orient.
Ce qu'il faut retenir
- Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien depuis 2020, est une figure centrale du pouvoir à Téhéran, cumulant des fonctions clés dans les domaines sécuritaires, économiques et diplomatiques.
- Son rôle actuel inclut la supervision des opérations militaires et de la stratégie de guerre de l'Iran, dans un contexte d'escalade régionale et d'affaiblissement économique.
- L'Iran, sous le régime des mollahs, maintient une ligne dure face à l'Occident et à Israël, tout en cherchant à contourner les sanctions via des alliances avec la Russie, la Chine et des groupes armés régionaux.
- La présence médiatique de Ghalibaf ce 23 mars s'inscrit dans une stratégie de communication visant à renforcer la légitimité du régime, alors que les tensions internes et externes s'intensifient.
- Les analystes s'interrogent sur l'avenir de cette stratégie, dans un contexte où les crises économiques et sociales pourraient fragiliser la cohésion du pouvoir iranien.
Ghalibaf : un parcours au cœur du pouvoir iranien
Mohammad Bagher Ghalibaf, né en 1961 dans le nord-est de l'Iran, incarne l'ascension d'une génération de responsables issus des Gardiens de la révolution islamique. Ancien pilote de chasse pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), il a gravi les échelons militaires avant de se tourner vers la politique. Entre 2005 et 2017, il a occupé le poste de maire de Téhéran, où il a mis en place des réformes controversées, comme la modernisation des transports en commun, tout en renforçant son réseau d'influence au sein du pouvoir. Selon les observateurs, son passage à la tête de la mairie lui a permis de se forger une réputation de technocrate pragmatique, capable de concilier rigueur administrative et loyauté envers le système.
En 2017, il tente sans succès de se présenter à l'élection présidentielle, avant de devenir, en 2020, président du Parlement iranien — une fonction qui lui confère un rôle clé dans la validation des lois et le contrôle des institutions. Depuis 2024, son influence s'étend bien au-delà du législatif : il supervise désormais la stratégie de guerre de l'Iran, un mandat qui le place au plus près du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Comme le rappelle l'expert en géopolitique Adel Bakawan, directeur de l'European Institute for Studies on the Middle East and North Africa, « Ghalibaf incarne la synthèse entre les factions dures du régime — militaires et clergé — et les technocrates prêts à négocier avec l'extérieur, du moins en apparence ».
L'Iran face à ses défis : guerre, sanctions et isolement
Le contexte dans lequel évolue Ghalibaf est celui d'une République islamique en difficulté. Depuis 2022, le pays est secoué par une crise économique sans précédent, aggravée par le retrait des États-Unis de l'accord nucléaire de 2015 (JCPOA) sous l'administration Trump et le maintien des sanctions américaines. Le taux de chômage, officiellement à 9,6 % en 2025 (contre 10,3 % en 2024), masque une réalité bien plus sombre dans les zones rurales et parmi les jeunes diplômés, où il dépasse les 25 %. L'inflation, quant à elle, a atteint 45 % en glissement annuel en février 2026, selon les dernières estimations de la Banque centrale iranienne, poussant des millions de ménages sous le seuil de pauvreté.
Sur le plan militaire, l'Iran a considérablement étendu son empreinte régionale. Depuis 2023, Téhéran fournit un soutien accru au Hamas à Gaza, au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, ainsi qu'à des milices en Irak et en Syrie. Ces groupes, regroupés sous l'appellation « Axe de la résistance », servent de proxys pour déstabiliser les alliés des États-Unis et d'Israël. En réponse, Israël a multiplié les frappes ciblées contre des positions iraniennes en Syrie et en Iran même, comme l'attaque du 19 février 2026 contre une usine de drones à Ispahan. Selon un rapport du International Crisis Group, ces opérations ont causé la mort d'au moins 12 hauts responsables iraniens depuis 2024, dont plusieurs généraux des Gardiens de la révolution.
Dans ce contexte, la stratégie de Ghalibaf repose sur deux piliers : une posture défensive — avec le renforcement des capacités de dissuasion iraniennes (missiles balistiques, drones) — et une tentative de diversification des alliances. L'Iran a ainsi resserré ses liens avec la Russie, qui lui fournit des technologies militaires, et avec la Chine, premier partenaire commercial de Téhéran. En janvier 2026, les deux pays ont signé un accord de coopération stratégique pour une durée de 25 ans, incluant des investissements chinois dans les secteurs pétrochimique et minier. « Ces alliances permettent à l'Iran de contourner partiellement les sanctions, mais elles ne suffisent pas à relancer l'économie », souligne Adel Bakawan.
Chronologie récente des tensions impliquant l'Iran
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