La Knesset israélienne examine ce lundi 1er juin 2026 un projet de loi visant à dissoudre le Parlement et à convoquer des élections anticipées dans un délai de trois mois. Cette initiative survient alors que les tensions au sein de la coalition gouvernementale, dirigée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’intensifient, notamment sous la pression de son allié d’extrême droite, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. Selon BMF - International, cette dynamique s’inscrit dans un contexte de pré-campagne électorale marquée par des dissensions internes et des attaques ciblant le gouvernement.

Ce qu'il faut retenir

  • La Knesset examine ce 1er juin 2026 un projet de loi pour dissoudre le Parlement et organiser des élections anticipées sous trois mois.
  • Itamar Ben Gvir, leader d’Otzma Yehudit, revendique 26 lois adoptées en quatre ans, dont l’instauration de la peine de mort pour les terroristes, adoptée le 30 mars 2026.
  • Ben Gvir a récemment multiplié les provocations, comme l’interdiction de territoire en Europe pour ses vidéos moquant des militants d’une flottille pour Gaza.
  • Les sondages créditent son parti de 10 sièges, dépassant ainsi l’allié de Netanyahu, Bezalel Smotrich, et son Parti national religieux.
  • L’opposition centriste, menée par Yaïr Lapid et Naftali Bennett, talonne le Likoud avec 22 sièges dans les projections.
  • Netanyahu, en proie à des affaires judiciaires, cherche à obtenir un ultime mandat malgré un procès pour corruption en cours.

Itamar Ben Gvir, héritier du mouvement extrémiste juif Kahane et condamné dans sa jeunesse pour soutien au terrorisme, a marqué cette semaine sa stratégie électorale en publiant une liste de 26 lois portées par son parti, Otzma Yehudit, depuis quatre ans. Parmi ces textes, Ben Gvir met en avant l’adoption de la peine de mort pour les terroristes, votée le 30 mars 2026 mais toujours en attente de validation par la Cour suprême israélienne. Il se félicite également d’avoir bloqué des projets de loi jugés défavorables aux colons en Cisjordanie ou d’avoir restreint l’action de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens. Ces réalisations, selon lui, illustrent son engagement en faveur de la sécurité et des thèmes régaliens.

Le ministre de la Sécurité nationale a récemment attiré l’attention par des provocations médiatisées. Dans des vidéos virales, il se moquait de militants d’une « flottille pour Gaza », agenouillés et menottés, un épisode qui lui a valu des interdictions d’entrée dans plusieurs pays européens, dont la France. Ces agissements ont suscité une réaction officielle de Benjamin Netanyahu, qui a déclaré : « La façon dont le ministre Ben Gvir a traité les activistes de la flottille n’est pas conforme aux valeurs d’Israël. » Une prise de position inhabituelle de la part du Premier ministre, qui évite généralement de commenter les frasques de son allié. Selon Myriam Shermer, spécialiste de la politique israélienne interrogée par BMF - International, cette remontrance s’expliquerait par des calculs politiques : « Il fait campagne sur le dos du gouvernement. Netanyahu pourrait se séparer de lui pour avoir fait cela, ce serait bienvenu pour beaucoup d’Israéliens qui ont critiqué ce comportement. Cependant, le Premier ministre préfère un Ben Gvir dans sa coalition jusqu’au bout plutôt qu’un Ben Gvir tout feu, tout flamme, sans limites, qui pourrait l’attaquer directement. »

Ben Gvir en tête des sondages, Smotrich en difficulté

Les récents sondages des instituts indépendants placent désormais Otzma Yehudit, le parti de Ben Gvir, en tête des projections avec 10 sièges, dépassant ainsi le Parti national religieux de Bezalel Smotrich — son allié de coalition — qui ne compterait plus que 7 députés. Smotrich, également ministre des Finances, est critiqué par une partie de son électorat pour son alignement trop marqué sur Netanyahu et son obsession pour la colonisation de la Cisjordanie, au détriment d’autres priorités. « Smotrich se trouve autour du seuil d’éligibilité à 3,25 % des voix. Il pourrait ne même pas être représenté à la Knesset. C’est Ben Gvir aujourd’hui qui tient les rênes », analyse Myriam Shermer.

La coalition d’extrême droite religieuse, qui compte 14 élus à la Knesset au cours de cette mandature, a été un pilier essentiel de la majorité parlementaire de Netanyahu, disposant de 68 députés sur 120. « Depuis 2009, les sionistes religieux ont participé à tous les gouvernements dirigés par Netanyahu, qui a toujours dépendu de leur soutien pour maintenir sa coalition au pouvoir », confirme David Chemla, écrivain et observateur de la vie politique israélienne. Cependant, il souligne que les électorats restent très segmentés : « Aujourd’hui, si vous prenez le demi-million d’Israéliens habitant en Cisjordanie et les 220 000 personnes vivant dans les territoires annexés de Jérusalem, vous avez un bloc de 10 % du corps électoral qui pourrait voter pour Ben Gvir. »

Netanyahu en quête d’un dernier mandat malgré ses déboires judiciaires

Benjamin Netanyahu, âgé de 76 ans et recordman de longévité à la tête du gouvernement depuis 1996, brigue un ultime mandat alors qu’il est empêtré dans un procès pour corruption en cours et dans l’attente d’une éventuelle grâce présidentielle. Le Likoud, son parti, reste en tête des sondages avec 25 sièges projetés, mais cette avance pourrait être trompeuse. « Le Likoud a aujourd’hui trente députés. Juste après le 7 octobre, les sondages ne lui en donnaient plus que la moitié », rappelle Myriam Shermer. « Les électeurs étaient déçus car ce parti s’est toujours présenté en garant de la sécurité. Beaucoup sont revenus parce qu’ils ont reconnu son échec colossal, mais aussi parce qu’ils ont été satisfaits de la manière dont il a conduit la guerre contre le Hamas, l’Iran et le Hezbollah. Cependant, une partie de ses voix est partie et ne reviendra jamais. »

Selon David Chemla, le Likoud est un parti construit autour de Netanyahu par allégeance personnelle, à l’image de l’emprise de Donald Trump sur le Parti républicain aux États-Unis : « S’il ne se représentait pas, cela entraînerait un éclatement du Likoud en plusieurs partis. » Certains membres du parti envisageraient d’ailleurs un recentrage politique. « Ce qui pourrait aider Benjamin Netanyahu et le Likoud dans cette campagne, c’est d’obtenir une séquence diplomatique forte qui consolide la position géopolitique d’Israël dans la région », ajoute la journaliste.

L’opposition centriste se structure face à Netanyahu

L’alliance centriste Beyahad, formée par Yaïr Lapid (Yesh Atid, 22 députés) et Naftali Bennett, est créditée de 22 sièges dans les sondages et talonne le Likoud. Elle propose une alternative à la politique de Netanyahu, comme en témoignent les déclarations de Lapid : « Ce seront des élections pour choisir entre l’espoir et la peur, entre ceux qui servent et ceux qui se dérobent, entre l’intégrité et la corruption, entre ceux qui assument leurs responsabilités et ceux qui ne font que rejeter la faute sur les autres. » Bennett, quant à lui, a lancé un ultimatum au Premier ministre sortant : « J’ai deux mots à dire au Premier ministre sortant : c’est fini, tu peux lâcher. »

Cependant, cette alliance devrait composer avec d’autres forces pour former une majorité stable. Yaïr Lapid et Naftali Bennett ont régulièrement tendu la main à Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major brièvement ministre dans le gouvernement Netanyahu et critique virulent du Premier ministre. Son parti, Yashar, est crédité de 15 à 18 sièges dans les projections. Les partis ultra-orthodoxes, représentant 14 % du corps électoral, pourraient également jouer un rôle clé avec une quinzaine de sièges attendus. Dernièrement, ils se sont opposés à une loi visant à intégrer des juifs ultra-orthodoxes dans l’armée, un texte bloqué par Netanyahu et ses alliés au Parlement.

Et maintenant ?

La dissolution de la Knesset et l’organisation d’élections anticipées sous trois mois devraient intensifier les tensions au sein de la coalition actuelle. Les prochains sondages, attendus d’ici la fin du mois, pourraient révéler des mouvements de voix significatifs, notamment en faveur de Ben Gvir ou de l’opposition centriste. La capacité de Netanyahu à maintenir son alliance dépendra de sa capacité à naviguer entre les exigences de ses partenaires et les attentes d’un électorat divisé. Une séquence diplomatique réussie, comme un accord de cessez-le-feu avec le Hezbollah ou une avancée dans les négociations avec les Palestiniens, pourrait renforcer sa position. Reste à voir si ces élections permettront de dégager une majorité claire ou si Israël devra à nouveau composer avec un Parlement fragmenté.

D’autres partis pourraient également tirer leur épingle du jeu dans ce scrutin proportionnel, comme Yisrael Beiteinu de l’ancien ministre ultranationaliste Avigdor Lieberman (une dizaine de sièges projetés) ou Hademocratim, le parti social-démocrate de Yair Golan, crédité de résultats similaires. Ces forces pourraient jouer un rôle d’arbitre dans la formation d’une nouvelle coalition.

Alors que les raids israéliens se poursuivent au Liban ce week-end, Ben Gvir a durci le ton en déclarant qu’il fallait « raser les banlieues de Beyrouth » pour « détruire complètement » le Hezbollah. Il a également reproché à Smotrich de « retarder » le financement d’un plan de protection du nord d’Israël, illustrant ainsi sa stratégie de confrontation pour s’imposer comme l’alternative la plus radicale au sein de la droite.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour Netanyahu, dont la survie politique dépendra autant de sa capacité à gérer les dissensions internes que de l’évolution du contexte sécuritaire régional. Les Israéliens, eux, devront choisir entre la continuité d’un leadership contesté et une opposition qui promet un changement, mais dont la cohésion reste à prouver.