À Ravenne, en Émilie-Romagne, une mère de famille a saisi la justice en 2024 pour obtenir l’expulsion de son fils de 31 ans, resté vivre chez elle malgré un emploi stable. Selon Capital, cette affaire illustre une tendance croissante en Italie, où de nombreux jeunes adultes tardent à quitter le foyer parental en raison des difficultés économiques persistantes dans le pays. La justice italienne a finalement tranché : l’homme dispose désormais de trois mois pour quitter le logement familial, assorti du paiement des frais de justice à sa mère.
Ce qu'il faut retenir
- Un homme de 31 ans, employé en CDI comme serveur pour un salaire de 1 400 euros net par mois, a été contraint par la justice italienne de quitter le domicile de sa mère après une bataille judiciaire de deux ans.
- La mère avait saisi les tribunaux en 2024, invoquant une cohabitation impossible, son fils ne participant ni aux tâches ménagères ni aux factures, tout en refusant de contribuer financièrement malgré ses revenus.
- Pour éviter de payer son loyer et ses charges, l’homme a même obtenu une pension alimentaire de sa mère, avant de démissionner de son emploi pour dépendre entièrement d’elle.
- Le juge a estimé qu’à 31 ans, il était en âge de subvenir à ses besoins et a fixé un délai de trois mois pour quitter le domicile, assorti du remboursement des frais de justice de 3 000 euros.
- La justice italienne rappelle que l’autonomie à cet âge est présumée, malgré les difficultés économiques persistantes dans le pays.
Une cohabitation devenue insupportable pour la famille
La situation, rapportée par le Corriere della Sera et reprise par Capital, met en lumière les tensions générées par des adultes restés trop longtemps dans le giron familial. Dans ce dossier, la mère évoquait une cohabitation devenue « impossible » en raison du manque de participation de son fils. « Il travaille mais ne fait pas le ménage et ne paie pas les factures », avait-elle expliqué à la barre. Autant dire que, malgré un salaire stable, ses contributions au foyer se limitaient à presque rien.
Pour échapper à ses obligations, le jeune homme a poussé la logique à son paroxysme : il a quitté son emploi en 2024, privant sa mère de toute contribution financière directe. Pire, il a obtenu une pension alimentaire de sa propre mère, transformant ainsi un soutien ponctuel en une dépendance permanente. Un paradoxe qui n’a pas manqué de surprendre les magistrats en charge de l’affaire.
Une stratégie qui se retourne contre son auteur
Plutôt que de résoudre le problème, la démission et la demande de pension ont accéléré la procédure judiciaire. Le juge, saisi par la mère, a rappelé un principe fondamental : à 31 ans, un individu est présumé capable de subvenir à ses besoins. « Il a atteint un âge où on présume qu’il a acquis une autonomie de vie, avec une pleine capacité de travail », a souligné le tribunal dans ses attendus. Cette décision s’inscrit dans un contexte italien où le taux de jeunes adultes vivant encore chez leurs parents reste élevé, en partie à cause du coût de la vie et de l’instabilité économique.
Le tribunal a accordé un délai de trois mois à l’homme pour quitter le domicile, lui laissant ainsi le temps de retrouver un emploi et un logement. Il devra également régler les frais de justice, estimés à 3 000 euros, une somme qui s’ajoute aux dépenses déjà engagées par sa mère. La pension alimentaire, quant à elle, a été supprimée dès le rendu du jugement, mettant fin à cette situation ubuesque où l’enfant tirait profit de sa propre mère.
Un phénomène qui dépasse le cadre familial
Cette affaire n’est pas isolée en Italie, où le phénomène des « mammoni » – littéralement « grands garçons » – est particulièrement répandu. Selon l’Istat, près de 60 % des jeunes Italiens âgés de 18 à 34 ans vivent encore chez leurs parents, un taux parmi les plus élevés d’Europe. Les raisons sont multiples : prix de l’immobilier prohibitifs dans les grandes villes comme Rome ou Milan, précarité de l’emploi, et parfois simplement par confort ou manque de motivation à s’engager dans une vie indépendante.
Pourtant, la justice italienne semble de plus en plus ferme sur ce sujet. En 2023, un tribunal de Milan avait déjà condamné une mère à expulser ses deux fils de 35 et 38 ans, leur rappelant que l’âge légal de l’autonomie est fixé à 18 ans. Ces décisions s’inscrivent dans une volonté de responsabilisation, même si elles heurtent parfois les réalités socio-économiques du pays. Dans le cas présent, la mère a justifié sa démarche par un épuisement moral et financier, soulignant que la cohabitation devenait « ingérable » au quotidien.
Cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où la société et la justice doivent-elles aller dans la responsabilisation des adultes envers leurs parents ? Si les tribunaux italiens semblent prêts à sanctionner les comportements de dépendance prolongée, la réalité économique du pays reste un frein majeur à l’émancipation des jeunes générations. Entre solidarité familiale et obligation légale, la frontière reste mince – et souvent source de conflits.
En Italie, la loi considère qu’à partir de 18 ans, un individu est légalement capable de travailler et de subvenir à ses besoins. À 31 ans, cette présomption d’autonomie est encore plus forte. Le tribunal a donc estimé que l’homme devait quitter le domicile familial et assumer ses responsabilités, malgré les difficultés économiques persistantes dans le pays.
Plusieurs dispositifs existent, comme les aides au logement pour les jeunes actifs ou les colocations subventionnées. Cependant, ces solutions restent limitées dans les grandes villes où la demande dépasse largement l’offre. Certains optent pour des locations en périphérie, mais les loyers restent élevés par rapport aux revenus moyens.
