À Fukuoka, au Japon, une installation industrielle pionnière explore une piste originale pour diversifier le mix énergétique : exploiter l’osmose entre des eaux usées traitées et de l’eau de mer pour produire de l’électricité. Selon BFM Business, cette technologie, encore expérimentale, pourrait à terme offrir une source d’énergie renouvelable continue, indépendante des conditions météorologiques. Depuis août 2025, l’usine de dessalement de la ville, située dans le sud-ouest de l’archipel, teste ce système dont la capacité maximale théorique suffirait à alimenter 300 foyers par an.
Ce qu'il faut retenir
- Une usine à Fukuoka utilise le phénomène d’osmose entre eaux usées traitées et eau de mer pour générer de l’électricité
- Le système, opérationnel depuis août 2025, pourrait produire jusqu’à 880 000 kWh par an, soit l’équivalent de la consommation de 300 foyers
- Ce projet est porté par Kyowakiden Industry, une entreprise d’ingénierie basée à Nagasaki, en collaboration avec les autorités locales
- Le coût actuel de production reste bien supérieur à celui des énergies fossiles ou renouvelables classiques
- Les ingénieurs japonais visent une commercialisation à grande échelle d’ici cinq à dix ans, avec des installations cinq à dix fois plus grandes
- Cette technologie ne dépend pas des conditions climatiques, contrairement au solaire ou à l’éolien
Une technologie inspirée de la nature et des principes physiques
Le fonctionnement de cette installation repose sur un principe naturel bien connu : l’osmose. Lorsqu’une membrane semi-perméable sépare deux solutions de salinité différente, les molécules d’eau migrent spontanément du milieu le moins concentré vers le plus concentré. Dans le cas de l’usine de Fukuoka, ce mouvement crée une pression suffisante pour actionner une turbine et générer de l’électricité. Kenji Hirokawa, responsable de l’usine de dessalement, souligne auprès de l’AFP : « Si la technologie de production d’énergie osmotique progresse au point de pouvoir être utilisée concrètement avec de l’eau de mer ordinaire, cela représenterait une contribution majeure dans la lutte contre le dérèglement climatique. »
Bien que le concept ne soit pas nouveau, son application à grande échelle butait jusqu’ici sur la difficulté de concevoir des membranes suffisamment performantes et durables. Les ingénieurs japonais affirment avoir surmonté cet obstacle grâce à des membranes adaptées aux eaux usées traitées et à la saumure issue du dessalement. Le site de Fukuoka, dépourvu de grands fleuves, s’avère particulièrement adapté à cette expérimentation, car il dépend depuis 2005 d’une usine de dessalement pour son approvisionnement en eau potable.
Un potentiel énergétique encore limité, mais des perspectives ambitieuses
Pour l’heure, le système installé à Fukuoka ne couvre qu’une infime partie des besoins énergétiques du site, même à pleine capacité. Avec un coût de 700 millions de yens (soit environ 3,8 millions d’euros), l’installation est loin d’être rentable comparée aux énergies fossiles ou aux autres énergies renouvelables. Le pompage de l’eau consomme lui-même une partie de l’énergie produite, et aucun réseau électrique au monde n’intègre encore cette technologie à grande échelle.
Pourtant, Tetsuro Ueyama, directeur de la R&D chez Kyowakiden Industry, se montre optimiste. Il explique : « Lorsque notre entreprise lancera cette technologie à grande échelle, nous prévoyons de construire des installations environ cinq à dix fois plus grandes que celle-ci. » D’ici cinq ans, les dirigeants de l’usine devraient évaluer les performances du système, notamment la durabilité des membranes et la maintenance des équipements exposés au sel. Une phase cruciale pour déterminer si cette énergie osmotique peut devenir viable économiquement.
Une alternative aux énergies intermittentes et une piste pour les pays dessalants
Contrairement au solaire ou à l’éolien, l’énergie osmotique présente un avantage de taille : elle est disponible en continu, indépendamment des conditions météo. Cette caractéristique en fait une candidate sérieuse pour compléter le mix énergétique, surtout dans les régions où les ressources en eau douce sont limitées. Ueyama estime que la technologie japonaise pourrait intéresser des pays dotés de grandes unités de dessalement, comme l’Arabie saoudite ou d’autres nations du Moyen-Orient.
L’usine de Fukuoka n’est que la deuxième au monde à exploiter ce principe à l’échelle industrielle, après une installation en Norvège. Les experts soulignent que les coûts élevés actuels s’expliquent en partie par la nécessité de construire des infrastructures sur mesure. « Aucune installation osmotique n’a encore été déployée dans le monde à l’échelle d’un réseau électrique », rappelle Ueyama. Pour autant, les acteurs du secteur estiment que la filière a un avenir, d’autant que la demande en énergies propres et continues ne cesse de croître.
Cette avancée illustre la quête japonaise pour des solutions énergétiques locales, dans un contexte de dépendance historique aux importations d’hydrocarbures. Si l’énergie osmotique ne remplacera pas à elle seule les énergies fossiles, elle pourrait contribuer à diversifier le portefeuille énergétique du pays, tout en offrant une alternative aux nations confrontées à des défis similaires de dessalement et de production d’électricité stable.
À plus long terme, cette technologie pourrait aussi inspirer d’autres régions du monde, notamment celles confrontées à la raréfaction de l’eau douce ou à une forte demande énergétique. Pour l’heure, le Japon reste précurseur, mais le succès de cette expérimentation dépendra largement de sa capacité à réduire les coûts et à prouver sa fiabilité à l’échelle industrielle.
L’énergie osmotique est perçue comme une solution d’avenir car elle permet de produire de l’électricité en continu, sans dépendre des conditions météorologiques, contrairement au solaire ou à l’éolien. Elle exploite la différence de salinité entre deux types d’eau, une ressource abondante dans les zones côtières. De plus, elle peut être couplée à des infrastructures de dessalement existantes, comme c’est le cas à Fukuoka.
Les principaux obstacles sont le coût élevé des membranes performantes, la maintenance des équipements exposés au sel, et la nécessité de construire des installations adaptées. À cela s’ajoute la concurrence des énergies fossiles et renouvelables déjà établies, dont les prix restent bien inférieurs. Enfin, aucune installation osmotique n’a encore été testée à l’échelle d’un réseau électrique national.
