Le bastion historique de la rébellion touarègue, Kidal, est repassé sous le contrôle de groupes armés après une offensive conjointe menée par des factions jihadistes et indépendantistes. Selon Libération, cette perte intervient moins de trois ans après la « reconquête » de la ville par l’armée malienne et ses alliés russes du groupe Wagner – aujourd’hui remplacé par des unités affiliées à Moscou. Une chute qui illustre l’affaiblissement progressif de l’autorité de la junte malienne, au pouvoir depuis 2020.
Ce qu'il faut retenir
- Kidal, bastion touareg, a été repris par des groupes armés moins de trois ans après sa « reconquête » par l’armée malienne et ses alliés russes
- L’offensive a été menée conjointement par des factions jihadistes et indépendantistes, selon Libération
- Cette perte marque un revers stratégique pour la junte de Bamako, qui s’appuie sur un soutien militaire extérieur controversé
- La ville était un symbole de la rébellion touarègue depuis des décennies
Un front commun inattendu contre Bamako
L’assaut sur Kidal a été mené par un front composite regroupant d’une part les groupes indépendantistes du Cadre stratégique permanent (CSP), issus de la rébellion touarègue, et d’autre part des factions jihadistes liées à l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et à Al-Qaïda. « Cette alliance de circonstance entre des mouvements aux idéologies opposées montre l’urgence pour les groupes armés de profiter de la faiblesse des forces maliennes », explique un analyste de la région. Selon Libération, les combats ont débuté il y a une semaine, avec des affrontements intenses autour de la ville, avant que les défenses maliennes ne s’effondrent.
Le rôle des mercenaires russes, un atout devenu encombrant
Kidal avait été « reconquise » en novembre 2023 par l’armée malienne, avec l’appui logistique et opérationnel du groupe Wagner – alors encore présent au Mali. Depuis le remplacement de Wagner par des unités affiliées au ministère russe de la Défense (après la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023), le soutien russe s’est recentré sur la formation et l’équipement des forces maliennes. Pourtant, « les retards dans les livraisons d’armes et les divergences tactiques ont affaibli la capacité de résistance », souligne un responsable sécuritaire malien sous couvert d’anonymat. La junte de Bamako, qui compte sur ce partenariat pour stabiliser le pays, voit aujourd’hui ce soutien remis en question.
Un symbole de la rébellion touarègue depuis 40 ans
Kidal n’est pas une ville comme les autres au Mali. Fondée dans les années 1980, elle est devenue le cœur politique et militaire des mouvements indépendantistes touaregs, comme le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). En 2012, lors de la première rébellion touarègue d’envergure, la ville était tombée aux mains des rebelles avant d’être reprise par l’armée malienne en 2014, puis de nouveau en 2023. « Kidal symbolise à elle seule les revendications autonomistes des Touaregs, qui réclament un statut spécial pour le nord du Mali », rappelle une chercheuse spécialiste des conflits sahéliens. Sa perte est donc un camouflet politique autant que militaire pour Bamako.
« Cette chute montre que la junte malienne, malgré ses alliances internationales, peine à imposer son autorité sur l’ensemble du territoire. Le nord du Mali reste une zone de friction permanente. »
— Une source diplomatique à Bamako
Cette nouvelle donne pourrait aussi relancer les négociations de paix, gelées depuis 2023. Le gouvernement malien, qui avait jusqu’ici refusé toute discussion avec les groupes armés, pourrait se voir contraint de revoir sa position – à moins que l’escalade ne se poursuive. Une chose est sûre : la chute de Kidal change la donne et ouvre une nouvelle phase d’incertitude pour le Sahel.
Plusieurs facteurs expliquent cette défaite. D’abord, l’alliance inattendue entre groupes jihadistes et indépendantistes a surpris les défenses maliennes. Ensuite, le soutien russe, autrefois efficace, s’est avéré moins réactif ces derniers mois, avec des retards dans les livraisons d’armes et des divergences tactiques. Enfin, l’armée malienne, déjà fragilisée par des années de conflits, peine à tenir tous les fronts.