Le mystère de l’orientation des pigeons voyageurs vient de prendre une nouvelle direction. Une équipe de chercheurs allemands affirme, dans une étude publiée le 28 mai 2026 dans la revue Science, que leur boussole interne ne résiderait ni dans les oreilles, ni dans le bec ou les yeux, mais dans leur foie. Cette découverte bouleverse les théories existantes sur la manière dont ces oiseaux perçoivent les champs magnétiques terrestres pour accomplir leurs migrations.
Ce qu'il faut retenir
- 34 pigeons voyageurs ont été testés dans le cadre de cette étude, dont la moitié a subi un traitement visant à éliminer leurs macrophages, des cellules immunitaires riches en fer.
- Les oiseaux privés de macrophages ont mis plus de 24 heures à rentrer à leur pigeonnier, contre 70 minutes pour ceux dont les macrophages étaient intacts, lors d’un test réalisé par temps couvert.
- Les macrophages, cellules du système immunitaire, pourraient jouer un rôle clé dans la détection des champs magnétiques grâce à leur teneur élevée en fer.
- Cette hypothèse reste controversée, mais la rigueur de l’étude est saluée par plusieurs experts, qui reconnaissent son importance malgré des questions persistantes.
- Les chercheurs doivent désormais déterminer comment ces cellules transmettent l’information au cerveau et si d’autres espèces utilisent un mécanisme similaire.
Une énigme vieille de plusieurs décennies
Les scientifiques savent depuis longtemps que de nombreuses espèces animales, des oiseaux aux baleines en passant par les tortues marines, sont capables de détecter les variations du champ magnétique terrestre. Ces « repères magnétiques invisibles » leur permettent de s’orienter sur de longues distances, que ce soit dans le ciel ou les océans. Pourtant, le mécanisme exact de cette perception reste l’un des grands mystères de la biologie, comme le rappelle National Geographic, cité par Courrier International.
Les hypothèses les plus répandues attribuaient jusqu’ici ce sixième sens aux yeux, au bec ou même aux oreilles des pigeons. Certaines études suggéraient que les cristaux de magnétite présents dans leur bec pouvaient servir de capteurs magnétiques. D’autres évoquaient le rôle des yeux, les oiseaux s’orientant principalement grâce à la position du soleil. Mais aucune de ces théories n’avait encore été validée de manière définitive.
Des macrophages chargés de fer comme détecteurs magnétiques
C’est dans ce contexte que l’équipe de chercheurs allemands, dirigée notamment par Christian Kurts, a proposé une nouvelle piste. Leurs travaux, publiés dans Science, se concentrent sur les macrophages, des cellules du système immunitaire particulièrement riches en fer. Cette concentration en fer pourrait leur permettre de détecter les champs magnétiques et de transmettre cette information au cerveau, comme l’explique le site Ars Technica, également cité par Courrier International.
Pour tester cette hypothèse, les scientifiques ont mené une expérience sur un groupe de 34 pigeons voyageurs. La moitié d’entre eux a reçu un traitement visant à éliminer leurs macrophages. Les oiseaux ont ensuite été transportés à 19 kilomètres de leur pigeonnier, équipés de balises GPS, dans des conditions où la position du soleil était masquée par un ciel couvert. Une condition essentielle pour évaluer leur sens de l’orientation, souligne Christian Kurts.
Des résultats probants, mais des questions en suspens
Les résultats de l’expérience sont sans appel. Les pigeons dont les macrophages étaient intacts ont retrouvé leur pigeonnier en 70 minutes environ. En revanche, ceux privés de macrophages ont erré dans toutes les directions pendant plus de 24 heures, ne rentrant chez eux que lorsque le ciel s’est dégagé, leur permettant de se repérer grâce au soleil. Une différence majeure qui plaide en faveur du rôle des macrophages dans l’orientation magnétique.
Pourtant, malgré ces résultats prometteurs, de nombreuses questions subsistent. Susanne Åkesson, écologue animalière à l’Université de Lund en Suède, non impliquée dans l’étude, rappelle qu’il reste à déterminer comment ces cellules transmettent l’information au système nerveux et quelles zones du cerveau sont sollicitées. Une tâche qui pourrait prendre des années.
Une découverte qui ouvre de nouvelles perspectives
Au-delà des pigeons, cette étude pourrait avoir des répercussions bien plus larges. En effet, d’autres espèces animales, comme les chauves-souris, les requins ou encore les papillons de nuit, possèdent également un sens magnétique. Les chercheurs devront désormais vérifier si ces animaux utilisent un mécanisme similaire dans leur foie. Une piste qui pourrait révolutionner la compréhension de la navigation animale.
Cependant, cette découverte reste sujette à caution pour certains experts. John Phillips, neuro-éthologue à l’institut Virginia Tech aux États-Unis, estime qu’il « y aura certainement des sceptiques ». Pourtant, il reconnaît que la rigueur scientifique de l’étude est telle que même les plus critiques « ne pourront l’ignorer ».
En attendant, la communauté scientifique reste en ébullition. Si l’hypothèse des chercheurs allemands est confirmée, elle pourrait non seulement résoudre une énigme vieille de plusieurs décennies, mais aussi inspirer de nouvelles technologies, notamment dans le domaine de la géolocalisation ou de la robotique. Une chose est sûre : le foie des pigeons n’a pas fini de faire parler de lui.
Les chercheurs ont masqué la position du soleil pour s’assurer que les pigeons ne pouvaient pas s’orienter grâce à la lumière, mais uniquement grâce à leur sens magnétique. Cela permettait d’isoler le rôle des macrophages dans la détection des champs magnétiques, comme l’a expliqué Christian Kurts, l’un des auteurs de l’étude.