Selon Euronews FR, la Bundeswehr a tiré la sonnette d’alarme concernant la hausse des actes de sabotage et des menaces hybrides visant les infrastructures stratégiques en mer du Nord, notamment les parcs éoliens offshore. Cette recrudescence s’inscrit dans un contexte où l’Allemagne et ses alliés de l’OTAN observent, depuis 2024, une augmentation difficile à attribuer des tentatives de déstabilisation ciblant des installations énergétiques et logistiques.
Ce qu'il faut retenir
- La Bundeswehr classe désormais les parcs éoliens offshore parmi les infrastructures critiques relevant de la défense nationale.
- Depuis 2024, les actes de sabotage contre les infrastructures énergétiques et de transport en Europe augmentent, sans attribution claire à un acteur précis.
- La loi-cadre KRITIS, entrée en vigueur récemment en Allemagne, renforce la protection des infrastructures critiques contre les attaques physiques et les cybermenaces.
- En dehors des situations de tension ou de défense, la Bundeswehr n’intervient qu’à titre limité sur le territoire national, sauf pour contrer des menaces extérieures comme les incursions de drones.
- La Marine allemande participe déjà à la protection des infrastructures maritimes via le Centre de sécurité maritime de Cuxhaven.
Une menace hybride en progression depuis le début de la guerre en Ukraine
Comme l’a confirmé un porte-parole du Commandement des opérations à Euronews FR, l’Allemagne fait face à une intensification des activités hybrides depuis le début de la guerre d’agression russe en Ukraine. Ces actions, difficilement attribuables à un acteur spécifique, visent à déstabiliser les sociétés occidentales, avec un impact direct sur la sécurité intérieure de la République fédérale. Le ministre fédéral de la Défense, Boris Pistorius (SPD), avait déjà alerté l’an dernier sur cette situation, soulignant que « nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus entièrement en paix ».
Parmi les méthodes employées figurent l’espionnage, la subversion, les cyberattaques et les campagnes de désinformation. Les infrastructures maritimes, et en particulier les parcs éoliens offshore, sont désormais considérées comme des cibles potentielles en raison de leur importance stratégique croissante.
Les parcs éoliens offshore désormais classés comme infrastructures critiques
La Bundeswehr a officiellement intégré les parcs éoliens en mer parmi les infrastructures sensibles pour la sécurité nationale. Selon le porte-parole du Commandement des opérations, « les composantes à caractère militaire des infrastructures dites critiques », dont font partie ces installations, sont désormais sous haute surveillance. Cette évolution reflète l’importance accrue de la mer du Nord dans la stratégie énergétique et militaire européenne.
La crainte d’attaques contre les infrastructures sous-marines s’est amplifiée depuis l’attentat contre les gazoducs Nord Stream en 2022. Depuis cette date, les États membres de l’OTAN multiplient les mises en garde contre d’éventuels sabotages visant câbles sous-marins, pipelines, lignes électriques ou installations offshore. La guerre en Ukraine a accéléré cette prise de conscience, faisant de la protection des infrastructures critiques une priorité absolue.
La Bundeswehr : un rôle limité dans la protection des infrastructures nationales
Interrogé par Euronews FR, le porte-parole du Commandement des opérations a rappelé que la responsabilité de la protection des infrastructures critiques incombe en premier lieu aux exploitants eux-mêmes. Cette obligation s’inscrit dans le cadre de la loi-cadre KRITIS, entrée en vigueur pour harmoniser la protection des installations essentielles contre les attaques physiques, le sabotage et les cybermenaces. L’objectif est de renforcer la résilience des infrastructures allemandes face à un environnement sécuritaire de plus en plus dégradé.
En temps normal, la Bundeswehr n’est autorisée à intervenir sur le territoire national qu’à titre limité, en apportant un soutien administratif aux autorités civiles. Elle ne dispose pas de pouvoirs policiers classiques, sauf en cas de catastrophe ou de menace directe contre la souveraineté du pays. En revanche, elle peut utiliser des moyens militaires pour contrer des menaces extérieures, comme des drones pénétrant l’espace aérien allemand. Ces prérogatives s’élargissent uniquement en situation de tension ou de défense.
Une coordination complexe entre autorités civiles et militaires
La protection des infrastructures maritimes relève principalement du ministère fédéral de l’Intérieur et des autres autorités de sécurité, ce qui restreint juridiquement les marges de manœuvre de la Bundeswehr à l’intérieur des frontières. Hors période de crise majeure, les forces armées ne peuvent intervenir que pour soutenir les autorités, par exemple via des missions d’assistance administrative. Leur rôle se limite alors à des actions de coordination ou à la lutte contre les perturbations illicites ciblant directement leurs propres installations ou celles des forces alliées.
Le porte-parole a également rappelé que la Bundeswehr peut engager des moyens militaires pour repousser « une atteinte à la souveraineté orchestrée depuis l’extérieur ». Cette disposition vise notamment à contrer des intrusions aériennes ou maritimes non autorisées, comme celles observées ces dernières années avec l’augmentation des survols de drones près des frontières européennes.
La Marine allemande déjà engagée dans la protection des zones maritimes
En pratique, la Marine participe déjà aux mesures de protection des infrastructures offshore. Elle contribue notamment à l’évaluation coordonnée de la situation au Centre de sécurité maritime de Cuxhaven, situé dans le Land de Basse-Saxe. Ce centre joue un rôle clé dans la surveillance des activités suspectes en mer du Nord et dans la coordination des réponses avec les autres acteurs de la sécurité maritime.
Pour des raisons de confidentialité opérationnelle, Euronews FR n’a pas obtenu de détails sur les capacités concrètes de la Marine en matière de lutte contre les drones, les sabotages ou les menaces sous-marines. Aucune information n’a non plus été communiquée sur d’éventuelles mesures supplémentaires de protection des infrastructures offshore, alors que les risques continuent de croître.
Alors que l’Europe reste sous la menace constante d’actions hybrides, la question de la répartition des rôles entre les autorités nationales et les forces armées pourrait faire l’objet de nouveaux débats au Bundestag. La prochaine réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, prévue en juin 2026, devrait aborder cette problématique dans le cadre plus large de la stratégie de dissuasion face aux menaces russes et aux risques de déstabilisation en mer du Nord.
Selon Euronews FR, la Bundeswehr classe parmi les infrastructures critiques les parcs éoliens offshore, les câbles sous-marins, les pipelines et les lignes électriques en mer du Nord. Ces installations sont désormais considérées comme stratégiques en raison de leur rôle dans l’approvisionnement énergétique et la sécurité nationale.
Hors situation de tension ou de défense, la Bundeswehr n’a pas de pouvoir coercitif pour protéger directement les parcs éoliens offshore. Sa mission se limite à un soutien administratif ou technique, comme la coordination au Centre de sécurité maritime de Cuxhaven. La protection relève en premier lieu des exploitants, conformément à la loi-cadre KRITIS.