La dépendance affective, un concept qui fait débat dans le monde de la santé mentale, est de plus en plus utilisé pour décrire des schémas relationnels obsessionnels et destructeurs, selon nos confrères de Courrier International. Cependant, cette notion est loin de faire l'unanimité auprès des professionnels de la santé mentale.

La dépendance affective n'apparaît pas dans l'ouvrage de référence des troubles psychologiques, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'Association américaine de psychiatrie, ou DSM-5, comme le rapporte le quotidien américain The New York Times. Pourtant, de plus en plus de gens recourent à cette notion pour décrire des schémas relationnels obsessionnels et destructeurs, mais aussi pour organiser une rébellion contre l'éternel discours qui voudrait que l'amour soit le summum d'une expérience humaine.

Ce qu'il faut retenir

  • La dépendance affective n'est pas reconnue comme un diagnostic dans le DSM-5.
  • La notion de dépendance affective est utilisée pour décrire des schémas relationnels obsessionnels et destructeurs.
  • La dépendance affective peut détourner l'attention des patients de problèmes sous-jacents, tels que les troubles de l'humeur.
  • Des programmes en douze étapes, inspirés des groupes de parole pour les alcooliques anonymes, voient le jour aux États-Unis pour aider les personnes dépendantes affectives.
  • La dépendance affective est souvent autodiagnostiquée, ce qui peut être problématique, car l'autodiagnostic n'est pas toujours fiable.

Les origines de la dépendance affective

Le concept de dépendance affective n'est pas nouveau, et il a été popularisé par des ouvrages tels que Vaincre la dépendance de Pia Mellody, publié en anglais en 1992. La personne dépendante est souvent une femme qui, en réaction à une blessure fondatrice, va s'accrocher à des personnes incapables de l'aimer en retour, comme le souligne Shane Lashey, thérapeute installée à Houston.

Les schémas émotionnels compulsifs dont font part les patients de Shane Lashey sont souvent attribués à des traumatismes subis dans l'enfance, tels que des abus, un abandon ou une négligence émotionnelle. Cependant, la notion de dépendance affective est loin de faire l'unanimité, et certains professionnels de la santé mentale estiment qu'elle peut détourner l'attention des patients de problèmes sous-jacents pour lesquels des traitements existent.

Les limites de la dépendance affective

La dépendance affective est souvent comparée à d'autres formes de dépendance, telles que la dépendance à l'alcool ou aux drogues. Cependant, comme le souligne David Ley, sexologue et psychologue clinicien, « l'amour qui serait comme de la cocaïne ? On est là dans des analogies à la truelle sur le circuit de la récompense. Notre cerveau réagit aussi de la même façon devant les chiots mignons. Est-ce que ça veut dire que les chiots mignons sont comme du crack ? »

La popularisation de la notion de dépendance affective peut avoir des effets négatifs, car elle peut pathologiser les sentiments amoureux et les rendre moins acceptables. Comme le souligne la journaliste Sophie Haigney dans les colonnes du New York Times, « cette focalisation de notre époque sur la dépendance affective, cette idée qu'il faut dompter le sentiment amoureux, cette volonté de le rendre moins risqué, moins troublant, moins subversif – tout cela est en train de façonner nos paysages mentaux ».

Et maintenant ?

Il est important de prendre en compte les limites de la notion de dépendance affective et de ne pas laisser cette notion détourner l'attention des patients de problèmes sous-jacents pour lesquels des traitements existent. Comme le souligne David Ley, « si quelqu'un vous dit que vous êtes un dépendant affectif, partez en courant ». Il est également important de prendre en compte les effets négatifs de la popularisation de cette notion sur les sentiments amoureux et les relations.

En conclusion, la dépendance affective est un concept controversé qui doit être abordé avec prudence et nuance. Il est important de prendre en compte les limites de cette notion et de ne pas laisser cette notion détourner l'attention des patients de problèmes sous-jacents pour lesquels des traitements existent.