Depuis un an, l’atelier familial Guillot, installé à Aubusson en Creuse, travaille à la reconstitution d’une section disparue de 25 mètres carrés de la tapisserie de Bayeux. Ce projet, mené dans le cadre du Millenium 2027 célébrant les 1 000 ans de Guillaume le Conquérant, a été sélectionné par la Région Normandie pour compléter cette œuvre médiévale majeure.
Ce qu'il faut retenir
- La famille Guillot, basée à Aubusson (Creuse), reconstitue un morceau manquant de 25 m² de la tapisserie de Bayeux depuis mai 2025.
- Ce travail s’inscrit dans le cadre des célébrations du Millenium 2027, marquant les 1 000 ans de Guillaume le Conquérant.
- La nouvelle section, financée par la Région Normandie, sera exposée à l’abbaye de Westminster avant d’être installée au château de Falaise en décembre 2027.
- Les historiens estiment que la tapisserie originale, longue de 69 mètres, manque notamment la scène du couronnement de Guillaume à Westminster.
- L’atelier utilise plus de 300 fils de couleurs différentes et produit environ un mètre carré par mois, avec des techniques mêlant tradition et modernité.
- Le design de la scène, imaginé par l’artiste Hélène Delprat, sera dévoilé lors de l’exposition.
Une œuvre médiévale incomplète depuis dix siècles
La tapisserie de Bayeux, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, retrace la conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, devenu « le Conquérant » après 1066. Selon les spécialistes, cette broderie du XIe siècle, longue de 69 mètres, présente une lacune majeure : l’absence de la scène du couronnement de Guillaume à l’abbaye de Westminster. C’est précisément cette partie que la famille Guillot s’emploie à reconstituer.
« On sait par les textes que cette scène existait à l’origine, mais elle a disparu au fil des siècles », explique un historien cité par Franceinfo - Culture. La tapisserie, commandée probablement par l’évêque Odon de Bayeux, demi-frère de Guillaume, reste l’un des rares témoignages iconographiques de la conquête normande.
Un défi technique et artistique pour l’atelier Aubussonnais
Le couple Guillot et leur fils Luc, installés à Aubusson — capitale historique de la tapisserie — ont remporté l’appel d’offres lancé par la Région Normandie pour ce projet ambitieux. Leur atelier, spécialisé dans les techniques traditionnelles revisitées, a été choisi pour son expertise et son approche innovante. « On utilise plus de 300 fils de couleurs différentes », précise Luc Guillot. « Avec ces nuances, on peut obtenir entre 1 000 et 2 000 combinaisons, ce qui demande une concentration extrême. À la fin de la journée, on est épuisés, mais satisfaits. »
Leur méthode repose sur un mélange de savoir-faire ancestral et de techniques contemporaines. « On superpose des couches, on joue avec les textures et les couleurs pour créer du relief », détaillent Marie et Luc Guillot. « Cela donne une impression de profondeur, comme un trompe-l’œil. Selon l’angle de vue, la tapisserie semble différente. »
Une création contemporaine pour une scène historique
Le design de la nouvelle section n’a pas encore été révélé. Il a été imaginé par l’artiste Hélène Delprat, qui a confié la réalisation à l’atelier Guillot. « Elle a souhaité une interprétation plus contemporaine, moins sobre et plus chargée que l’original », indique ICI Normandie, partenaire de l’opération. Le résultat final sera dévoilé lors de l’exposition prévue à l’abbaye de Westminster, avant d’être installé définitivement au château de Falaise en décembre 2027.
Cette restitution s’inscrit dans un programme plus large de célébrations du Millenium 2027, qui commémore un millénaire de l’histoire de Guillaume le Conquérant. Plusieurs événements sont prévus en Normandie et en Angleterre pour marquer cet anniversaire, dont des conférences, des expositions et des reconstitutions historiques.
La tapisserie de Bayeux, déjà l’objet de nombreuses études, continue de fasciner par son mystère. Cette initiative, portée par une famille d’artisans creusois, pourrait offrir un éclairage inédit sur l’une des périodes les plus marquantes du Moyen Âge.
Les historiens n’ont pas de réponse définitive. Plusieurs hypothèses sont avancées : une destruction partielle au fil des siècles, un vol, ou simplement une détérioration naturelle. Les textes médiévaux mentionnent bien cette scène, mais aucun fragment n’a été conservé, d’où l’intérêt de cette reconstitution.