Une enquête de l’Ifop, commandée par Espaceplaisir, révèle que la sexualité occupe une place moins centrale dans la vie des jeunes femmes françaises. Selon les résultats publiés le 27 mai 2026, seules 38 % des femmes âgées de 15 à 24 ans considèrent le sexe comme « très important, voire indispensable », contre 62 % en 1990. Dans cette même tranche d’âge, la part de celles pour qui le sexe est « essentiel » est passée de 14 % à 9 % en près de trois décennies.
Ce qu’il faut retenir
- Seules 38 % des femmes de 15 à 24 ans jugent le sexe « très important, voire indispensable », contre 62 % en 1990.
- 50 % des jeunes femmes de la génération Z estiment que le sexe n’a « pas une grande importance » dans leur vie, voire aucune.
- 52 % des femmes interrogées déclarent pouvoir envisager une relation platonique sans relations sexuelles avec un partenaire.
- L’usage des sex-toys a fortement progressé : 36 % des 18-24 ans en ont déjà utilisé seules, contre 30 % en 2017.
- Une proposition de loi visant à supprimer la notion de « devoir conjugal » en matière de relations sexuelles a été adoptée en janvier 2026.
D’après Euronews FR, cette étude s’inscrit dans un mouvement plus large de relativisation de la sexualité par la génération Z. François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualités de l’Ifop, y voit un « mouvement contre-cyclique » par rapport à l’hypersexualisation des années 1980 et 1990. « La nouvelle génération est davantage tournée vers la qualité que vers la quantité », précise-t-il, ajoutant que « les discours féministes ont aussi redonné une certaine légitimité au plaisir féminin ».
Parmi les autres enseignements de l’enquête, 62 % des femmes de 20 à 24 ans déclarent s’ennuyer parfois pendant les rapports sexuels, un chiffre en hausse par rapport à 1996 (42 %). Pourtant, 74 % des 18-24 ans se disent « satisfaites » de leur vie sexuelle. Un apparent paradoxe qui s’explique, selon l’Ifop, par « une intensification spectaculaire de l’usage des sex-toys ».
L’étude révèle également que la masturbation féminine a triplé en quarante ans, tandis que l’usage des sextoys s’est largement banalisé. 36 % des femmes de 18 à 24 ans ont déjà utilisé un sex-toy seules, contre 30 % en 2017. « Même lorsque les relations sexuelles avec un partenaire ne sont pas épanouissantes, les femmes disposent d’autres moyens de s’épanouir dans ce domaine », souligne François Kraus.
Une remise en question du « devoir conjugal »
L’enquête de l’Ifop intervient dans un contexte législatif marqué par la volonté de faire évoluer le cadre juridique du mariage. Une proposition de loi, adoptée en janvier 2026 par les députés et les sénateurs, vise à abroger la notion de « droits conjugaux », qui sous-entend qu’un mariage implique un devoir d’avoir des relations sexuelles. Le texte ajoute un article au code civil pour préciser que la « communauté de vie » n’emporte pas « obligation de relations sexuelles ».
Marie-Charlotte Garin, députée écologiste et auteure de la proposition, a justifié ce changement en déclarant : « En laissant perdurer un tel droit ou devoir, nous donnons collectivement notre aval à un système de domination et de prédation du mari sur sa femme. Le mariage ne peut pas être une bulle dans laquelle le consentement aux relations sexuelles serait considéré comme définitif et valable pour la vie. »
Une génération en quête d’autonomie et de qualité
Les résultats de l’étude reflètent une évolution des priorités chez les jeunes femmes. Près de 50 % des Françaises de la génération Z estiment que le sexe n’a pas une grande importance dans leur vie, voire aucune. Plus d’une femme sur deux (52 %) déclare pouvoir « continuer à vivre avec quelqu’un sans avoir de relations sexuelles ». Ce chiffre atteint 56 % chez les 18-24 ans, qui envisagent ainsi une relation platonique avec leur partenaire.
Cette tendance s’accompagne d’une recherche accrue de bien-être et d’autonomie dans la sexualité. L’usage des sextoys et la masturbation féminine, désormais plus ouvertement assumés, illustrent cette quête d’épanouissement personnel. « Les femmes disposent désormais d’autres moyens de s’épanouir dans ce domaine », note François Kraus, soulignant que ces pratiques ne sont plus perçues comme taboues.
En conclusion, cette enquête de l’Ifop confirme une évolution significative des mentalités chez les jeunes Françaises, où la sexualité perd progressivement son caractère central au profit d’une approche plus nuancée et personnalisée. Une tendance qui interroge autant qu’elle reflète les transformations sociétales en cours.