Des locomotives à vapeur d’époque sillonnent depuis ce week-end les paysages majestueux des Alpes suisses pour marquer les cent ans d’une ligne ferroviaire historique. Selon Euronews FR, les festivités, qui s’étendent jusqu’à dimanche, mettent à l’honneur le chemin de fer de la Furka, reliant les gares de Realp (canton d’Uri) et d’Oberwald (canton du Valais), à travers un trajet de 18 kilomètres à plus de 2 400 mètres d’altitude.

Ce qu'il faut retenir

  • Le premier train à vapeur a circulé sans interruption le 3 juillet 1926, reliant Uri au Valais via le col de la Furka, à 2 431 mètres d’altitude.
  • La ligne, fermée dans les années 1980 après l’ouverture d’un tunnel, a été entièrement restaurée et remise en service en 2010 par des bénévoles surnommés les « pionniers du chemin de fer ».
  • Les trains à vapeur ne circulent plus aujourd’hui qu’en été, entre Realp et Oberwald, pour des trajets touristiques à bord de voitures d’époque.
  • Le billet d’entrée commence à 46 francs suisses (soit environ 50 euros) pour un trajet d’environ deux heures et demie.
  • Les célébrations du centenaire, lancées vendredi, se poursuivent tout au long du week-end.

Une ligne mythique née il y a un siècle

Le col de la Furka, l’un des plus hauts cols alpins de Suisse, est devenu célèbre bien au-delà des frontières helvétiques après avoir servi de décor à une scène mythique du film « Goldfinger », sorti en 1964. Mais bien avant cette séquence culte où Sean Connery, dans le rôle de James Bond, mène une course-poursuite automobile à bord d’une Aston Martin, un train à vapeur avait pour la première fois franchi ce passage escarpé en un trajet ininterrompu, le 3 juillet 1926.

Cette inauguration marquait le début d’une liaison ferroviaire essentielle entre les régions d’Uri et du Valais, traversant des paysages d’altitude où se mêlent rivières, prairies alpines et pâturages verdoyants, parsemés de plaques de neige même en été. Selon les archives, la ligne était alors l’une des plus techniques et spectaculaires du pays, avec des virages en épingle à cheveux qui défiaient les lois de la physique.

Une renaissance grâce à des passionnés

Au début des années 1980, la construction d’un tunnel ferroviaire au pied des Alpes a rendu obsolète l’itinéraire historique, entraînant la fermeture de la ligne. Pourtant, cette décision n’a pas signé la fin de l’aventure. Des centaines de bénévoles, surnommés les « pionniers du chemin de fer », se sont mobilisés pour restaurer les voies et les locomotives, redonnant vie à ce patrimoine industriel.

Le premier tronçon a rouvert en 1992 en tant que chemin de fer historique. Il a fallu près de deux décennies pour que l’ensemble de la ligne, longue de 18 kilomètres, soit entièrement remis en service en 2010. Aujourd’hui, ces bénévoles, souvent des passionnés de mécanique et d’histoire ferroviaire, assurent l’entretien des locomotives et des voies, garantissant aux touristes une expérience authentique.

Un voyage dans le temps à bord de locomotives d’époque

Les visiteurs peuvent désormais embarquer à bord de la « Dampflokomotive », ces trains à vapeur dont le fonctionnement repose sur un savoir-faire artisanal. Le trajet, qui dure un peu moins de deux heures et demie, offre une plongée dans le passé, avec des voitures d’époque et des paysages alpins à couper le souffle. Le mois dernier, des touristes ont déjà pu profiter de cette expérience unique. Stephan Willareth, l’un d’eux, a qualifié son voyage de « merveilleux », tandis que Kurt Guldemann, ancien employé des chemins de fer suisses, a souligné l’importance historique de ces machines.

Pour Bernhard Lang, bénévole et conducteur de locomotive, maîtriser ces engins relève presque de l’instinct. « C’est un peu comme une machine vivante, a-t-il expliqué. Il faut apprendre à la ressentir : son comportement, ses mouvements, son odeur, son bruit. Chaque détail compte. »

« C’est un peu comme une machine vivante, il faut donc apprendre à la ressentir. Sentir comment elle se comporte, comment elle bouge, son odeur, son bruit. »
— Bernhard Lang, bénévole et conducteur de locomotive à vapeur

Des passionnés contaminés par le « virus de la Furka »

Jacob Kallert, étudiant allemand de 21 ans en ingénierie des transports et plus jeune chef de train de la ligne, insiste sur l’importance de l’écoute. « On entend chaque bruit, on perçoit immédiatement si tout va bien, a-t-il indiqué. On peut presque ressentir comment c’était à l’époque et comment c’est aujourd’hui. »

Sergio Rovelli, autre bénévole, décrit avec humour cette passion contagieuse. « En allemand, nous disons que tous ceux qui travaillent ici ont le “virus de la Furka”, la “maladie de la Furka”. Une fois qu’on vient ici, on s’y plaît et on reste. » Une formule qui résume l’engagement de ces passionnés, prêts à consacrer des années à préserver ce patrimoine.

Une attraction touristique au service du patrimoine

Depuis sa réouverture, la ligne de la Furka attire chaque été des milliers de visiteurs, avides de découvrir une Suisse authentique et préservée. Les billets, proposés à partir de 46 francs suisses (50 euros), donnent accès à un trajet panoramique où se succèdent gorges, cascades et sommets enneigés. Les célébrations du centenaire, lancées vendredi 5 juillet 2026, se poursuivent tout au long du week-end, avec des animations spéciales et des passages supplémentaires de trains à vapeur.

Cette ligne, bien plus qu’une attraction touristique, incarne la résilience et l’ingéniosité humaine face aux défis techniques. Elle rappelle aussi l’importance de préserver les vestiges du passé, surtout lorsque ceux-ci racontent une partie de l’histoire ferroviaire européenne.

Et maintenant ?

Si les célébrations du centenaire s’achèveront dimanche, la ligne de la Furka devrait continuer à fonctionner chaque été, sous réserve de conditions météorologiques favorables. Les bénévoles, qui forment le cœur de ce projet, prévoient de maintenir et d’améliorer encore les infrastructures pour les années à venir. Une réflexion est également en cours pour étendre la saison touristique, voire développer des partenariats avec d’autres sites patrimoniaux en Europe.

Avec près d’un siècle d’histoire derrière elle, la ligne du col de la Furka reste un symbole de la Suisse alpine, où technique et nature se rencontrent pour offrir aux voyageurs une expérience inoubliable.

Non, les trains à vapeur ne circulent que pendant la saison estivale, entre Realp et Oberwald. La ligne est fermée en hiver en raison des conditions météorologiques extrêmes.