Une spécialiste de l’œuvre shakespearienne vient de lever l’un des plus grands mystères de l’histoire littéraire britannique. Lucy Munro, chercheuse au King’s College London, a identifié avec précision l’emplacement de la résidence londonienne de William Shakespeare, achetée en 1613 dans le quartier de Blackfriars. Cette découverte, rendue publique en mai 2026, s’appuie sur trois documents inédits retrouvés en avril de cette année, dont un plan de propriété et une cartographie du quartier datée de 1668, soit deux ans seulement après le Grand Incendie de Londres qui avait détruit l’édifice.

Selon Futura Sciences, cette localisation précise met fin à plus de trois siècles et demi de spéculations sur le lieu exact où vivait l’auteur de Roméo et Juliette et de Hamlet. Jusqu’à présent, les historiens ne pouvaient que situer approximativement la maison, grâce à une plaque commémorative située près de l’emplacement supposé, au 5 St. Andrew’s Hill. La redécouverte de ces archives permet désormais d’envisager des fouilles archéologiques dans ce secteur historique, susceptible de révéler des vestiges de l’époque élisabéthaine.

Ce qu'il faut retenir

  • Lucy Munro, spécialiste de Shakespeare au King’s College London, a localisé avec précision la maison londonienne du dramaturge, achetée en 1613 dans le quartier de Blackfriars.
  • Cette découverte s’appuie sur trois documents inédits retrouvés en avril 2026, dont un plan de propriété et une cartographie de 1668.
  • La maison a été détruite lors du Grand Incendie de Londres en 1666, après avoir été revendue par la petite-fille de Shakespeare en 1665.
  • Les archives révèlent une structure de 45 pieds (13,7 mètres) de long sur 13 à 15 pieds de large, pouvant être divisée en deux logements, suggérant une utilisation locative par l’auteur.
  • L’emplacement se situe à quelques pas du théâtre de Blackfriars, où Shakespeare travaillait, renforçant l’hypothèse d’une utilisation personnelle de la résidence.

Une énigme historique enfin résolue

Le mystère planait depuis que la maison avait été vendue en 1665 par Elizabeth Hall Nash Barnard, petite-fille de Shakespeare. L’incendie de 1666, qui avait ravagé près de 15 % des habitations de Londres, avait emporté avec lui toute trace physique de l’édifice. Pendant des siècles, les historiens se sont contentés d’estimations, faute de documents suffisamment précis. Lucy Munro a pourtant démontré que la réponse se trouvait sous leurs yeux depuis des décennies, enfouie dans les archives londoniennes.

Les trois pièces maîtresses de cette découverte sont : un plan d’étage de la propriété conservé aux London Archives, un rendu cartographique du quartier de Blackfriars daté de 1668, et deux documents complémentaires identifiés lors de recherches approfondies. Ces éléments ont permis de situer l’emplacement exact de la maison, à proximité immédiate du théâtre de Blackfriars, où Shakespeare était actif à la même époque.

Un investissement ou une résidence ? La question reste ouverte

L’analyse des documents révèle que la propriété, mesurant environ 13,7 mètres sur 4 à 4,5 mètres de large, était suffisamment spacieuse pour être divisée en deux logements distincts. Cette configuration suggère que Shakespeare pouvait l’utiliser à la fois comme résidence personnelle et comme source de revenus locatifs. « Il a parfois été supposé qu’il avait acheté cette propriété uniquement comme investissement, mais nous ne savons pas si c’est vrai, ni s’il ne l’a jamais utilisée pour lui-même », a déclaré Lucy Munro au Times Literary Supplement, où les résultats de ses recherches ont été publiés.

Le contexte historique renforce l’hypothèse d’une utilisation personnelle. En 1613, année de l’achat, Shakespeare cosigne Les Deux Nobles Cousins avec John Fletcher, un dramaturge londonien. Des archives indiquent également qu’il séjournait dans la capitale en novembre 1614. « N’est-il pas probable qu’il ait alors logé dans sa propre maison ? », s’interroge Munro. La proximité géographique entre la résidence et le théâtre de Blackfriars rend cette hypothèse d’autant plus plausible.

« Shakespeare passait la majeure partie de ses dernières années à Stratford-upon-Avon, mais cette double vie entre province et capitale correspond bien au profil d’un auteur à la notoriété grandissante, tiraillé entre ses racines et les exigences de la scène londonienne. »

Un site marqué par l’histoire et l’ironie du sort

L’emplacement exact de l’ancienne demeure se trouve aujourd’hui sous les fondations d’un quartier historique de Londres, ayant successivement abrité une imprimerie, un cabinet d’architecture, un grossiste en moquettes… et, de manière ironique, l’Association nationale du livre. Cette ironie du sort ajoute une touche symbolique à la redécouverte, près de quatre siècles après que Shakespeare y ait posé ses valises.

Les chercheurs espèrent désormais que des fouilles archéologiques pourront être menées sur le site, qui pourrait encore receler des fondations de l’époque élisabéthaine. Ces vestiges, s’ils sont découverts, pourraient offrir de nouvelles perspectives sur le mode de vie du dramaturge et son rapport à la capitale britannique. Pour l’instant, la localisation précise de la maison reste une avancée majeure pour les historiens de la littérature.

Et maintenant ?

Les autorités locales et les chercheurs du King’s College London devraient prochainement évaluer la faisabilité de fouilles archéologiques dans le quartier de Blackfriars. Si ces travaux sont autorisés, ils pourraient débuter d’ici la fin de l’année 2026, sous réserve des autorisations nécessaires. Parallèlement, une étude plus approfondie des documents retrouvés par Lucy Munro est en cours, afin d’affiner la compréhension de l’utilisation de cette résidence par Shakespeare.

Cette découverte rappelle que l’histoire littéraire, comme l’histoire tout court, réserve parfois des surprises enfouies dans des archives oubliées. Pour les passionnés de Shakespeare, elle offre surtout la possibilité de mieux cerner le quotidien d’un homme dont l’œuvre a traversé les siècles.

La maison a été vendue en 1665, puis détruite lors du Grand Incendie de Londres en 1666. Les historiens ne disposaient jusqu’ici que d’une plaque commémorative située « près » de l’emplacement supposé, au 5 St. Andrew’s Hill, sans preuve tangible. Les trois documents retrouvés en 2026 — un plan de propriété, une cartographie de 1668 et deux autres archives — ont permis de lever cette ambiguïté.