Selon France 24, la reproduction de l’ours brun dans les Pyrénées marque un tournant pour cette espèce classée en danger critique d’extinction en France. Trois oursons, dont deux mâles et une femelle, ont été observés cette année dans le massif pyrénéen, confirmant une dynamique de reproduction qui avait quasi disparu il y a encore quelques décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois oursons ont été identifiés cette année dans les Pyrénées, dont deux mâles et une femelle, signe d’une reproduction réussie.
  • L’espèce est classée en danger critique d’extinction en France, avec moins de 80 individus recensés en 2025.
  • Le programme de réintroduction, lancé en 1996, a permis d’atteindre un effectif stable malgré les défis persistants.
  • Les oursons sont nés dans le massif du Bearn, un territoire où la présence de l’ours est particulièrement surveillée.

Un programme de réintroduction qui porte ses fruits

La naissance de ces trois oursons s’inscrit dans le cadre du programme de réintroduction de l’ours brun, initié en 1996 par l’État français. Ce projet vise à rétablir une population viable dans les Pyrénées, où l’espèce avait presque disparu au début des années 1990. Depuis le lancement du programme, plus de 70 ours ont été réintroduits, principalement originaires de Slovénie, où la population est stable.

En 2025, les autorités avaient recensé 78 ours dans le massif pyrénéen, dont une majorité en Béarn et en Hautes-Pyrénées. Le succès de cette année confirme une tendance encourageante : malgré les critiques et les tensions locales, la population montre des signes de résilience. « Ces naissances sont un signe fort que le programme fonctionne », a déclaré Jean-François Donnard, directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet, spécialisée dans la protection de l’espèce.

Un espoir malgré les défis persistants

Cependant, le chemin reste semé d’embûches pour l’ours brun dans les Pyrénées. Les conflits avec les éleveurs, qui craignent pour leurs troupeaux, restent un obstacle majeur. En 2023, 12 attaques avaient été recensées contre des troupeaux, entraînant la mort de 23 brebis. Pour limiter ces tensions, des mesures de protection comme l’installation de chiens de protection ou de clôtures renforcées sont mises en place par les associations et les pouvoirs publics.

Autre enjeu : la fragmentation des habitats. Les ours doivent parcourir de longues distances pour trouver des zones propices à leur survie, ce qui les expose à des risques accrus, comme les collisions routières. En 2024, trois ours avaient été victimes de collisions, dont deux femelles adultes. « Il est crucial de renforcer les corridors écologiques pour permettre aux ours de se déplacer en toute sécurité », a souligné Marie-Laure Guillaumin, biologiste à l’Office français de la biodiversité (OFB).

Un suivi scientifique pour garantir la pérennité de l’espèce

Pour assurer le suivi des oursons et des adultes, des colliers émetteurs sont posés sur certains individus. Ces dispositifs permettent aux chercheurs de collecter des données précieuses sur les déplacements, les habitudes alimentaires et les interactions entre les ours. En 2025, 15 ours étaient équipés de ce type de matériel, un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes.

Les données recueillies ont permis d’identifier des zones de reproduction prioritaires, comme la vallée d’Ossau ou le massif de la Pierre-Saint-Martin. Ces secteurs, où la densité de troupeaux est faible, offrent un environnement plus favorable à la tranquillité des ours. « Les naissances de cette année prouvent que ces zones sont adaptées », a confirmé Guillaumin. Il faut maintenant protéger ces espaces des perturbations humaines. »

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour la survie à long terme de l’ours brun dans les Pyrénées. Une réunion est prévue en septembre 2026 entre les associations de protection, les éleveurs et les représentants de l’État pour évaluer l’efficacité des mesures actuelles et discuter de nouvelles actions. Parmi les pistes envisagées : le renforcement des aides financières pour les éleveurs qui adoptent des mesures de protection, ou encore l’extension des corridors écologiques.

Par ailleurs, un nouveau plan de gestion de l’espèce doit être adopté d’ici la fin de l’année 2026. Ce document, qui sera soumis à consultation publique, devrait définir les objectifs démographiques pour les dix prochaines années et les moyens à mobiliser pour les atteindre.

La naissance de ces trois oursons rappelle que, malgré les défis, la réintroduction de l’ours brun dans les Pyrénées est une entreprise qui, lentement mais sûrement, porte ses fruits.

Les colliers émetteurs permettent de localiser les ours en temps réel, de suivre leurs déplacements et d’étudier leurs comportements. Ces données sont essentielles pour adapter les mesures de protection, comme le tracé des corridors écologiques ou la gestion des zones de conflits avec les éleveurs.