Autrefois réservée aux enseignes de restauration rapide et aux brasseries de quartier, la petite couronne parisienne – composée des départements des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne – attire désormais des figures emblématiques de la gastronomie française. Selon Libération, des chefs renommés, dont certains issus de l’émission « Top Chef », y ouvrent désormais des établissements, un phénomène qui s’inscrit autant dans une logique financière que dans une dynamique de gentrification des territoires limitrophes de la capitale.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois chefs étoilés ou passés par « Top Chef » ont récemment ouvert ou prévoient d’ouvrir des restaurants dans la petite couronne : Mohamed Cheikh, Danny Khezzar et Emilien Rouable.
  • Leur installation répond à des contraintes économiques, notamment des loyers moins élevés qu’à Paris intra-muros, mais aussi à une volonté de toucher une clientèle diversifiée.
  • Ce mouvement participe à la transformation des quartiers périphériques, certains y voyant une opportunité de dynamisation, d’autres une accélération de la gentrification.

Des adresses prestigieuses qui quittent le centre de Paris

Mohamed Cheikh, connu pour son parcours dans « Top Chef » et son restaurant parisien primé, a récemment annoncé l’ouverture d’un nouvel établissement à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Une décision qui surprend dans un département souvent associé à des clichés de précarité urbaine, mais qui s’inscrit dans une stratégie claire : réduire les coûts tout en capitalisant sur l’attractivité croissante de ces territoires. « Le marché parisien est saturé, et les loyers y sont exorbitants. La banlieue offre un cadre différent, avec une énergie nouvelle », a-t-il expliqué à Libération.

Danny Khezzar, finaliste de « Top Chef » en 2022, a pour sa part choisi Nanterre (Hauts-de-Seine) pour son projet. Son restaurant, axé sur une cuisine méditerranéenne revisitée, mise sur une carte où les produits locaux occupent une place centrale. « On a voulu créer un lieu où la banlieue n’est pas un choix par défaut, mais une volonté assumée », précise-t-il. Emilien Rouable, lui, a jeté son dévolu sur Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), où il propose une expérience culinaire mêlant tradition et modernité.

Un choix stratégique lié aux coûts et à l’image

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à Paris, un mètre carré commercial peut atteindre jusqu’à 20 000 euros dans certains quartiers, contre 5 000 à 8 000 euros en petite couronne. Cette différence de prix explique en partie l’exode des restaurateurs vers la périphérie. « Quand on doit choisir entre payer un loyer de 10 000 euros par mois pour 50 m² ou 3 000 euros pour 100 m², le calcul est vite fait », confie un restaurateur sous couvert d’anonymat.

Mais l’aspect financier n’est pas le seul moteur. Ces chefs misent aussi sur l’image d’une banlieue en pleine mutation. Les municipalités des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne investissent massivement dans la rénovation urbaine, les transports et la culture, attirant une population plus aisée. « Les gens viennent de plus en plus travailler dans ces territoires, alors pourquoi ne viendraient-ils pas y manger ? », s’interroge un observateur du secteur.

Un phénomène qui divise les observateurs

Si certains y voient une opportunité de désenclaver ces territoires et de créer des emplois, d’autres craignent une accélération de la gentrification. « Quand des chefs étoilés s’installent en banlieue, cela peut faire monter les prix et chasser les commerces locaux », met en garde une association de défense des droits au logement en Seine-Saint-Denis. À l’inverse, des élus locaux saluent cette dynamique, estimant qu’elle contribue à « casser les préjugés » sur la périphérie parisienne.

Les trois chefs concernés assurent, pour leur part, avoir à cœur de s’impliquer dans leur quartier. Mohamed Cheikh collabore avec une association locale pour former des jeunes en cuisine, tandis que Danny Khezzar a noué un partenariat avec un maraîcher de Nanterre pour approvisionner son restaurant en légumes de saison. « On ne veut pas être perçus comme des parachutés. L’ancrage local est essentiel », souligne-t-il.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année, plusieurs autres projets pourraient voir le jour dans la petite couronne. Un chef étoilé parisien, qui souhaite rester anonyme, a indiqué à Libération étudier la possibilité d’ouvrir une antenne à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) d’ici 2027. Les pouvoirs publics, de leur côté, pourraient renforcer leurs dispositifs d’accompagnement pour les nouveaux restaurateurs, afin d’éviter une bulle spéculative. Reste à savoir si cette tendance se confirmera dans les années à venir, ou si elle restera marginale.

En attendant, les gourmets peuvent déjà se rendre à Montreuil, Nanterre ou Vitry pour découvrir ces nouvelles adresses, qui bousculent les codes de la gastronomie francilienne.

Le principal argument est économique : les loyers y sont jusqu’à quatre fois moins élevés qu’à Paris intra-muros. De plus, la petite couronne bénéficie d’une desserte en transports en commun améliorée et d’une population active en hausse, ce qui en fait un terrain propice pour capter une clientèle diversifiée. Enfin, certains chefs y voient une opportunité de s’impliquer dans des projets urbains innovants.