Le genre littéraire de la romance représente désormais 10 % du marché global du livre en France, selon Franceinfo - Culture. Une progression spectaculaire qui s'est illustrée lors du Festival du Livre, organisé du 17 au 19 avril 2026 à Paris, où plusieurs événements ont été consacrés à ce secteur en pleine expansion. Longtemps reléguée aux marges de l'édition, la romance moderne, ou « new romance », séduit désormais un lectorat toujours plus large, notamment parmi les jeunes femmes de 15 à 34 ans.
Ce qu'il faut retenir
- 11 millions d'exemplaires vendus en 2025, soit deux fois plus qu'en 2022, selon l'institut NielsenIQ BookData.
- La « new romance » structure ses récits autour de deux personnages principaux et d'une intrigue amoureuse, incluant des scènes de sexualité explicites mais justifiées par l'intrigue.
- Le succès du genre s'explique par son ancrage dans des thématiques sociétales contemporaines (harcèlement, grossophobie, violences sexistes) et par une identification forte des lectrices aux personnages.
- Les autrices émergent souvent via des plateformes collaboratives comme Wattpad ou des concours d'écriture organisés par les éditeurs.
- Les éditeurs multiplient les formats (poche, numérique, audio) et les stratégies de promotion sur les réseaux sociaux pour fidéliser un lectorat exigeant.
Un marché en pleine mutation, longtemps sous-estimé
Longtemps perçue comme un genre mineur, réservé à un public féminin et jugé peu exigeant, la romance a su se réinventer pour conquérir un public plus large. En 2025, 11 millions d'exemplaires ont été vendus en France, un chiffre qui double par rapport à 2022, d'après les données de NielsenIQ BookData rapportées par Franceinfo - Culture. Cette croissance fulgurante a poussé les grands groupes éditoriaux à créer des collections dédiées, comme BMR chez Hachette ou Nox chez Albin Michel.
Morgane Moncomble, figure de proue du genre, a même atteint la deuxième place du classement annuel du Figaro Littéraire en 2025, parmi les auteurs les plus vendus en France. « La littérature sentimentale a toujours été méprisée, considérée comme intrinsèquement féminine, forcément mal écrite et dépourvue d’intrigue intéressante », rappelle Adeline Florimond-Clerc, enseignante-chercheuse à l’université de Lorraine et co-autrice de l’ouvrage New Romance : anatomie d’un phénomène éditorial.
La « new romance » : entre réalisme et diversité des récits
Apparue il y a une dizaine d’années, la « new romance » se distingue de ses prédécesseurs par son ancrage dans la société contemporaine. Comme l’explique Adeline Florimond-Clerc, elle repose sur une structure narrative centrée sur deux personnages principaux, évoluant dans une histoire d’amour où les scènes de sexualité, bien que présentes, ne sont jamais gratuites. « Celles-ci ne sont jamais 'gratuites' et, si elles le sont, les lectrices s'en plaignent », souligne la chercheuse. Roxane Maffre, responsable éditoriale du label romance &H (HarperCollins), précise que les scènes de sexe doivent être justifiées par l’intrigue et contribuer à la compréhension du couple.
Cette évolution reflète aussi les changements sociétaux, notamment la libération de la parole autour du désir féminin. « Désormais, parler de sexe dans un livre est OK, et même nécessaire pour rendre les romans d'amour plus réalistes », indique Roxane Maffre. Un réalisme qui passe aussi par l’abord de thématiques sensibles, comme les violences sexistes ou la grossophobie, souvent intégrées en filigrane des récits.
Des lectrices qui se reconnaissent dans les personnages
Le cœur du lectorat de la romance est majoritairement féminin, âgé de 15 à 34 ans, et se reconnaît dans les personnages des romans. « Le processus d'identification se fait facilement, car les lectrices ont le même âge et les mêmes préoccupations qu'eux », explique Adeline Florimond-Clerc. Betz, 29 ans, grande lectrice du genre, confie : « J'ai l'impression de voir une partie de moi dans les personnages ». Cette identification est d’autant plus forte que les autrices, souvent issues du même public, écrivent des histoires inspirées de leur propre vécu.
Les éditeurs ont d’ailleurs adapté leur offre pour répondre à cette demande de diversité et de réalisme. Les quatrièmes de couverture mentionnent désormais la présence de thématiques sensibles, tandis que les réseaux sociaux permettent aux autrices de créer un lien direct avec leur lectorat. Marie, 25 ans, témoigne : « Les histoires ouvrent les yeux sur des choses qu'on a vécues, et sur lesquelles on n'arrivait pas à mettre de mots. Ça permet de comprendre nos relations, presque comme un guide ».
L’essor des plateformes collaboratives et des « influ-autrices »
Le succès de la romance moderne est aussi lié à l’émergence de nouvelles plateformes d’écriture, comme Wattpad, où des milliers de fans partagent leurs histoires et reçoivent des retours en temps réel. Les textes les plus lus sont ensuite récupérés par les maisons d’édition, qui y voient une garantie de succès commercial. « Ce sont des textes de qualité, déjà plébiscités par une communauté, qu'on va pouvoir retravailler : il y a moins de risques d'échecs à la sortie », explique Arthur de Saint Vincent, directeur général d’Hugo Publishing, le plus gros éditeur de romance en France.
Pour dénicher de nouveaux talents, Hugo Publishing a même lancé sa propre plateforme, Fyctia, et organise des concours d’écriture. Parallèlement, les « influ-autrices » — à la fois influenceuses et autrices — misent sur les réseaux sociaux (Instagram, TikTok) pour promouvoir leurs œuvres. Anita Rigins, 27 ans, juriste le jour et écrivaine la nuit, utilise ses comptes comme outil promotionnel principal : « Sur mes réseaux sociaux, j'essaie de plonger le lecteur dans l'ambiance de mon livre, et j'aime bien lui faire suivre mes avancées dans l'écriture. On passe chaque étape ensemble, et ça nous permet d'avoir un lien fort ».
Une concurrence accrue et des formats innovants
La popularité de la romance a engendré une concurrence accrue entre autrices. Pour capter l’attention du lectorat, les publications se multiplient : « À une époque, on publiait une série en quatre tomes avec un tome par an. Maintenant, il y a tellement d'offre sur le marché qu'on ne peut pas se permettre d'étaler la publication, car on va perdre l'attention du lectorat. Donc on privilégie les sorties très rapprochées. Un tome par mois, c'est super », détaille Roxane Maffre.
Les éditeurs explorent également de nouveaux formats pour fidéliser leur public. En mai 2026, l’un d’eux publiera un roman avec une « couverture olfactive », un objet collector inédit. Malgré la domination de la lecture numérique, les lectrices restent attachées aux versions physiques : « La part de la lecture numérique reste très importante, mais il y a encore cette envie d'avoir un objet à collectionner », observe Roxane Maffre. Certaines acheteuses multiplient même les versions d’un même livre, contribuant à booster les ventes.
La romance, autrefois reléguée aux rayons « loisirs » des librairies, s’impose désormais comme un pilier de l’édition française. Entre réalisme, diversité des récits et innovation marketing, le genre a su transformer les préjugés en atout commercial. Reste à savoir si cette dynamique se maintiendra, alors que la concurrence s’intensifie et que les attentes des lectrices évoluent.
La « new romance » se distingue par son ancrage dans des thématiques sociétales contemporaines (harcèlement, grossophobie, violences sexistes) et par une structure narrative centrée sur deux personnages principaux, avec des scènes de sexualité explicites mais justifiées par l’intrigue. Contrairement aux romances classiques, elle vise un public plus large et inclut une dimension réaliste et diversifiée.
Les éditeurs s’appuient sur des plateformes collaboratives comme Wattpad ou Fyctia (créée par Hugo Publishing), où les textes les plus lus sont repérés et retravaillés. Les concours d’écriture et les réseaux sociaux, où les « influ-autrices » promouvoient leurs œuvres, jouent également un rôle clé dans cette sélection.
